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Violences conjugales : "Laisse-les venir, je vais te faire passer pour folle"

Victime de son ex-conjoint violent, Anna a dû quitter son domicile en décembre 2019. Elle témoigne aujourd'hui de son expérience douloureuse, qui la poursuit encore aujourd'hui et impacte sa vie et celle de son fils.
Violences conjugales : "Laisse-les venir, je vais te faire passer pour folle"
©DR - En 2020, 102 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire. (source : ministère de l'Intérieur)

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Le 7 décembre 2019, Anna* s'en souvient comme hier : cette ancienne habitante de l'agglomération de Villefranche a appelé les gendarmes ce soir-là, suite au comportement violent de son conjoint.

Ce soir du 7 décembre, une dispute éclate entre le couple, lorsque Anna inverse deux préparations du dîner. "Il a commencé à me rabaisser, comme il le faisait souvent", explique cette aide-soignante. "Son fils a ensuite parlé du stage qu'il effectuait au sein de mon service ; mon ex conjoint s'est mis à critiquer mon travail et celui de mes collègues".

Quand elle lui réplique que son fils n'a qu'à trouver un autre stage si celui-ci ne lui convient pas, l'ex conjoint d'Anna monte en pression. "Il est parti au frigo se servir du rosé pamplemousse, comme à son habitude : il pouvait descendre trois litres en deux jours tout seul. Ensuite il s'est approché de moi et m'a mis un coup de tête". Anna s'énerve et renverse des objets présents sur le sol ; son mari commence à l'attraper par le col, devant leur fils Léon – alors âgé de 4 ans - et les deux adolescents du père. "Aucun des deux grands n'a voulu appeler les gendarmes : j'ai réussi à me défaire de son emprise et je suis sortie le faire, sous les hurlements de mon fils".

Lorsqu'elle rentre, son conjoint ne se démonte pas "Laisse-les venir, je vais te faire passer pour folle". Trois officiers se déplacent alors au domicile.

Anna commence à faire une crise d'angoisse, les gendarmes appellent les pompiers. "Ils m'ont mis dans le camion et j'ai eu une prise de conscience avec un des pompiers qui m'a dit : "ce n'est pas la première fois que vous venez pour ça, vous avez un travail, une voiture, vous êtes autonome : partez avant de vous retrouver entre quatre planches"". Son conjoint, alcoolisé, restera au domicile avec les enfants.

Le lendemain, Anna dépose plainte et est auditionnée par les gendarmes. Son conjoint est lui aussi entendu et placé en garde à vue 22 h durant. "À ce moment, j'ai demandé aux gendarmes si c'était possible que mes parents aillent chez moi pour récupérer mon fils et des affaires. Ils ont dit oui". Lorsqu'elle sort, elle les rejoint pour rassembler le nécessaire et quitte définitivement le domicile. La plainte déposée sera classée sans suite.

"Nous sommes des abandonnés de la justice"

Si cet incident a été celui de trop pour Anna, ce n'était pas la première fois que son conjoint était violent avec elle. Trois ans après le début de leur relation, en 2013, elle rapporte que son conjoint l'avait passé à tabac puis séquestré.

Elle avait alors quitté le domicile pendant deux semaines, avant de décider d'y retourner. "J'étais sous son emprise, et à l'époque, on était beaucoup moins informé et sensibilisé sur le sujet des violences conjugales, souligne Anna. "Quand je l'ai rencontré, c'était un prince charmant. Je le voyais boire, mais comme nous sommes dans le Beaujolais, je me disais que c'était normal. Sauf qu'il buvait beaucoup, tous les jours. Petit à petit, il a commencé à me rabaisser quotidiennement". Depuis qu'elle est partie, elle ne converse plus que par email avec son ex-conjoint, qui continue de voir leur fils et de la menacer.

Anna a déposé deux plaintes, une la concernant et une pour son fils, sur lequel elle affirme avoir retrouvé un hématome à l'oreille.

D'après les informations en sa possession, la plainte concernant l'enfant aurait été classée sans suite (Anna n'a pas reçu l'avis), celle la concernant est encore à l'étude. "On est des abandonnés de la justice. Je ne vis plus, je survis, ce qui se passe est délétère, pour moi comme pour mon fils. Je trouve que les classements sans suite sont un peu récurrents surtout quand nous, victimes, connaissons la vérité".

*Le prénom a été modifié pour préserver l'anonymat de la victime.

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