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Travailleurs saisonniers étrangers : le vignoble beaujolais va-t-il manquer de bras ?

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Travailleurs saisonniers étrangers : le vignoble beaujolais va-t-il manquer de bras ?
Franck CHAPOLARD - A l'image des ressortissants polonais, les saisonniers étrangers sont nombreux à venir chaque année en Beaujolais.

Si les saisonniers européens, à commencer par les Polonais, devraient bientôt être autorisés à rejoindre les vignes du Beaujolais, toutes les inquiétudes ne sont pas levées en vue des vendanges 2020.

Au-delà des nombreuses incertitudes qui planent au-dessus du vignoble beaujolais en cette période troublée par la crise sanitaire liée au coronavirus, il en est une qui revient avec insistance : sera-t-il à nouveau possible d'accueillir prochainement dans la région des travailleurs saisonniers étrangers ?

Les responsables de la filière ont alerté les pouvoirs publics dès la fin du mois de mars quant à la nécessité de trouver une solution pour éviter une pénurie de main d'œuvre. Une inquiétude relayée par certains élus locaux, à l'image du député Bernard Perrut (LR). En fin de semaine dernière, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a confirmé que l'arrivée de saisonniers originaires de l'Union européenne allait être rendue possible.

"IL NOUS MANQUE UNE DATE !"

Audrey Charton, viticultrice à Fleurie et présidente de l'Organisme de défense et de gestion (ODG) des crus du Beaujolais, y voit une avancée considérable. Mais attend avec impatience des précisions. "Il nous manque tout de même un élément majeur, une date !"

Mercredi 13 mai, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume s'est voulu rassurant, soulignant que le gouvernement rendrait ses arbitrages dans les prochaines heures. Mais les annonces tant attendues se font encore attendre et des saisonniers sont régulièrement refoulés ou patientent aux frontières.

"IL Y A URGENCE"

"La vigne ne s'arrête pas de pousser malgré le virus !", résume Audrey Charton.

Pour Audrey Charton, il y a urgence à agir. "Beaucoup d'exploitations se retrouvent en difficulté dans une période où les travaux "en vert" à effectuer sont considérables. La vigne ne s'arrête pas de pousser malgré le virus ! Il faut aller vite et débloquer la situation", appelle de ses vœux la responsable viticole.

Au fil des années, nombre de domaines viticoles ont pris l'habitude de s'appuyer sur une main d'œuvre souvent originaire d'Europe du sud et de l'est, les Polonais formant le contingent le plus important. Et pas uniquement pour les vendanges. Pour autant, c'est bien cette échéance majeure qui se profile à l'horizon, sans doute dès la fin août.

"La vigne ne s'arrête pas de pousser malgré le virus !", résume Audrey Charton.

LA CRAINTE D'UNE SURENCHÈRE POUR LES VENDANGES

"Nous nous retrouvons en concurrence avec d'autres pays tels que l'Allemagne ou la Suisse, qui ont été plus vite que la France sur ce dossier. Si les saisonniers ne viennent pas chez nous dès le printemps et trouvent du travail dans d'autres pays, nul doute qu'ils ne seront pas là non plus pour les vendanges dans trois mois", grimace la responsable viticole.

Audrey Charton craint une surenchère sur les paies pour attirer la main d'œuvre, hypothèse qui ne serait pas à l'avantage de la France. En Beaujolais, les vendanges nécessitent environ 30 000 personnes selon Pôle Emploi.

Un mécanisme que certains observateurs espèrent ne pas retrouver à l'intérieur même du vignoble, les domaines pouvant eux-mêmes entrer en concurrence pour constituer des troupes et assurer la récolte.

Photo : Franck Chapolard

MAIN D'OEUVRE LOCALE

D'autres avancent une lecture différente de la situation, à l'instar de Jean-Baptiste Duperray, jeune vigneron installé à Blacé. "Pour les travaux à mener dans les vignes actuellement, nous disposons du personnel habituel. J'entends beaucoup de collègues dire qu'ils sont inquiets pour les vendanges, ce n'est pas mon cas. La situation a encore le temps de se décanter. Et je pense que nous trouverons plus facilement de la main d'oeuvre locale ou régionale", analyse-t-il.

Si la précocité du millésime 2020 se confirme dans les prochaines semaines, étudiants français et habitants de la région secoués par la crise économique pourraient bien selon eux effectuer un retour en force dans les rangs.

Julien VERCHÈRE

A BELLEVILLE-EN-BEAUJOLAIS, LA MAISON FESSY FACE À L'INCONNUE DES VENDANGES

Ébourgeonnage, épamprage, relevage, les travaux ne manquent pas dans les parcelles à l'approche de l'été. Avec leur centaine d'hectares de vignes, les Vins Henry Fessy ont besoin de personnel pour effectuer les travaux "en vert".

Laurent Chevalier, directeur de cette maison emblématique basée à Belleville-en-Beaujolais et propriété du négoce bourguignon Louis Latour, ne cache pas son soulagement d'avoir trouvé suffisamment de bras pour la période. "Nous étions inquiets au regard des difficultés à recruter des saisonniers étrangers en raison du Covid-19. Mais finalement, nous avons observé un afflux salutaire de demandes locales", sourit-il.

ACCORD AVEC DES TRAVAILLEURS BULGARES

Pour autant, c'est la période des vendanges qui concentre désormais les inquiétudes de Laurent Chevalier. "Depuis plusieurs années, on replante pas mal de vignes et les vendanges manuelles nécessitent en conséquence un nombre de personnes plus réduit qu'auparavant", souligne le directeur des Vins Henry Fessy. "Mais il nous faut tout de même trouver plus de 40 personnes pour ramasser la récolte. Et nous sommes relativement inquiets face à cette perspective."

Laurent Chevalier a certes reçu l'accord d'une troupe de Bulgares, venue une première fois en 2019 pour les vendanges, sans avoir la certitude qu'ils seront bien présents dans la région fin août ou début septembre.

" RECRUTER EST DÉJÀ DIFFICILE UNE ANNÉE NORMALE..."

"Tant qu'ils ne seront pas dans la vigne, nous pourrons avoir des craintes. Le recrutement pour la récolte s'avère difficile chaque année. La crise du coronavirus complexifie encore davantage les choses. Il y a de quoi être inquiet face à une menace de surenchère entre domaines pour attirer du personnel", délivre-t-il.

La main d'oeuvre locale ? "Ce serait l'idéal, puisque nous n'avons pas les structures pour loger des gens sur place. Il faudrait des personnes qui puissent rentrer à leur domicile chaque soir", poursuit Laurent Chevalier, qui, outre la problématique du recrutement, pointe déjà du doigt les inconnues relatives au travail en équipe dans les vignes durant la récolte. "Assurer le respect des distances au sein d'une troupe de 40 personnes s'annonce comme un véritable casse-tête", achève-t-il.

J.V.




Julien VERCHERE
Journaliste

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