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Stéphane D'Urbano : "Je ne veux pas tout laisser tomber"

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Stéphane D'Urbano : "Je ne veux pas tout laisser tomber"
DR - Stéphane D'Urbano, cet été en compagnie de ses collègues, pour déblayer les bureaux du club au milieu des gravats du port de Beyrouth.

L'ancien coach du FCVB, toujours directeur de l'Athlético Beyrouth l'académie liée à L'Olympique Lyonnais, est plus que jamais attaché à une terre qui se remet lentement de la terrible explosion survenue début août sur le port de la capitale libanaise.

Cela paraît si loin, pour ceux qui n'y vivent pas, un peu moins pour ceux qui y ont élu domicile depuis des années. Le 4 août dernier, à Beyrouth, une explosion d'une ampleur inédite survenait au cœur du port de la capitale libanaise. Une déflagration qui fit 110 victimes et des traumatismes pour longtemps, éprouvant une fois encore la résilience d'un peuple continuellement secoué par l'Histoire et qui dans la dignité a toujours su relever des drames accumulés. Dans ce présent chaotique, Stéphane D'Urbano, au Liban depuis le printemps 2017, a poursuivi sa mission au sein de l'Athlético Beyrouth, cette académie couvée par l'Olympique Lyonnais. L'ancien coach de Villefranche et de Chasselay a vécu un été tourmenté, entre reconstruction et maintien de son activité auprès des jeunes libanais. Parce que même quand l'espoir d'un peuple est esquinté, il reste le jeu pour rester vivant au monde. Et c'est tout cela que rappelle ici Stéphane D'Urbano, sans perdre de vue son fief Beaujolais. Entretien en plein confinement.

Quatre mois après la terrible explosion qui a eu lieu sur le port de Beyrouth à proximité des bureaux de l'académie dans laquelle vous travaillez, comment se déroule le quotidien ?

"Les premières semaines qui ont suivi l'explosion ont vraiment été très dures. On connait tous quelqu'un qui a beaucoup perdu, qui a été touché. On ne se plaint pas, au club on a eu au final que des dégâts matériels, certes énormes car nos bureaux étaient au port. Tout a été dévasté. A deux heures près, cela aurait pu être plus dramatique, nous étions tous au port à ce moment-là."

En regard de toutes les galères rencontrées par les Libanais au cours de la dernière année (feux de forêts, deux mois de révolution, manifestations, épidémie Covid-19, incertitude politique, dévaluation de la monnaie…) la tentation d'un retour en France vous-a-t-elle traversée l'esprit ?

"Absolument pas. Après avoir vu cet élan de solidarité qui s'est créé à partir du 4 aout, où tout le monde aidait tout le monde, c'était juste impensable de les “abandonner” à leur sort. Donc non, je n'ai, à aucun moment, voulu rentrer. Mais il est vrais que les problèmes ici sont tellement grands et la situation tellement compliquée que même certains libanais qui le peuvent, quittent le pays pour une vie meilleure, ailleurs. Une grande partie de la population vit bien en-dessous du seuil de pauvreté, les prix augmentent jour après jour. Par moment, je me pose des questions. Mais je relativise. Je reste un privilégié ici. Après tout le travail accompli en trois ans, je ne veux pas tout laisser tomber. Alors je pense rester encore un peu de temps au Liban."

"La nouvelle génération libanaise a repris le flambeau"

Vous côtoyez d'assez près la jeunesse libanaise, en quoi est-t-elle porteuse d'espoir aujourd'hui ?

"Les plus de 50 ans ici, qui ont connu la guerre civile, le conflit avec Israël, l'invasion Syrienne, beaucoup d'entre eux, sont à bout et ne croient plus à un possible changement. La nouvelle génération de libanais, quant à elle, a repris le flambeau de l'espoir et honnêtement, c'est impressionnant. Par exemple, le quartier historique de Gemmayzeh, situé a cote du port a été détruit. Ce sont les jeunes libanais qui ont, sans aide de l'Etat, déblayé, nettoyé et restauré les maisons pour permettre à ceux qui n'ont pas d'autres solution de pouvoir revenir vivre chez eux au plus vite. Ils ont créé de nombreuses associations et ONG pour venir en aide aux gens. Certains ont mis leurs études à l'étranger entre parenthèse pour rester au Liban et apporter leur aide. Ça donne de l'espoir aux plus anciens qui se sentaient un peu désabusés."

En France, le football est à huis clos et la société est au ralenti depuis des semaines et le début du second confinement. Est-ce aussi le cas au Liban ?

"Ici on a pu reprendre le chemin des terrains assez vite. Cela a bien évidemment fait du bien à tout le monde. Mais depuis une semaine, le pays est également confiné avec un couvre-feu à 17h. On est tous à la maison."

Comment gardez-vous le lien avec l'Olympique Lyonnais en ces périodes aussi incertaines ?


"On est souvent en communication. J'ai eu dernièrement une réunion-vidéo avec des membres du staff technique de l'Académie pour échanger sur pas mal de points sportifs. Le contact est toujours très présent entre l'OL et l'Athletico. D'ailleurs, L'OL nous fait parvenir un container d'équipement (matériel pédagogique...) parce qu'aujourd'hui, ici, tout est hors de prix. Le dollar a multiplié sa valeur par 8 par rapport à la livre libanaise, s'acheter un ballon devient un luxe. Heureusement on peut compter sur un peu de soutien. J'en profite pour faire un appel au don (matériel pédagogique surtout). Je sais que dans tous les clubs ils y a des choses qu'on utilise plus. Ici on prend tout. J'espère que le message passera dans le Beaujolais !"

"J'espère que l'an prochain on aura un derby FCVB-GOAL FC en National..."

La situation actuelle du FCVB, relégable en National, est assez délicate. En tant qu'ancien coach du club, est-ce que cela vous touche ?

"Oui bien-sûr, ça m'attriste forcément. Avant d'être ancien coach, je suis avant tout supporter du FCVB. Le club est pour le moment dans une mauvaise passe. Apres trois saisons ou tout allait pour le mieux, cette fois c'est plus dur. Mais sincèrement, je ne me fais pas trop de soucis pour le FCVB. Ils ont un bon coach (Alain Pochat) qui a largement prouvé ses qualités. Il faut des fois un déclic pour faire tourner les choses. En 2014 (NDRL: en CFA, l'actuel N2), nous étions dans les derniers en novembre et on a enchaîné quinze matchs sans défaite pour finir cinquième. L'année de la montée en National, de mémoire, le début de saison n'était pas super non plus. Il faut être patient et faire le dos rond. Et tant qu'il y aura Maxime Jasse on est tranquille (rire) !".

Vous avez également exercé à Chasselay qui a changé de dimension en devenant le GOAL FC. Leur bon départ en National 2 vous étonne-t-il ?

"Leur départ ne me surprend pas. J'ai souvent Landry (Ndzana, adjoint de Cris) au téléphone et je sais que le club travail très bien. Le coach Cris est vraiment l'homme de la situation. Avec son vécu et surtout son humilité, je sais que ce n'est pas évident pour un ancien international de venir dans un club de N2, ils peuvent vraiment accomplir une belle saison. Et avec Jocelyn Fontanel a la tête du club rien ne m'étonne. J'espère que l'an prochain on aura un derby FCVB-GOAL FC en National. Je pourrais bien faire le voyage du Liban pour voir ça!"

Ralph NEPLAZ

Correspondant local de presse




Ralph NEPLAZ
Journaliste

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