AccueilACTUALITESFaits divers / JusticeSevil Sevimli poursuit son combat : "J'espère l'acquittement de la justice turque"

Sevil Sevimli poursuit son combat : "J'espère l'acquittement de la justice turque"

Avec maintenant un peu de recul, que ressentez-vous par rapport à cette affaire?? "Je ressens surtout un sentiment d'injustice parce qu'au final j'ai quand même été condamnée à cinq ans de prison.

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Avec maintenant un peu de recul, que ressentez-vous par rapport à cette affaire??

"Je ressens surtout un sentiment d'injustice parce qu'au final j'ai quand même été condamnée à cinq ans de prison. La Justice turque m'a laissée rentrer en France le 20 février 2013 suite à mon procès alors qu'elle aurait pu le faire dès ma sortie de prison le 6 août 2012. D'un autre côté, je suis soulagée, je me sens plus en sécurité et plus sereine car dès ma sortie de prison, et jusqu'à ce que je revienne en France, je me demandais si j'étais sur écoute et si j'étais suivie. Dès qu'il y avait un rassemblement d'étudiants je me demandais si les autorités allaient venir me chercher. Et puis j'ai retrouvé toute ma famille, ce que j'attendais évidemment depuis longtemps."

Quelles ont été vos conditions de détention ?

"Pratiquement, j'avais droit à une demi-heure par semaine de parloir, c'était très peu. D'autant plus que nous communiquions par téléphone. Le face à face était autorisé seulement une fois par mois. Ma mère venait régulièrement, elle a séjourné près de la prison. Aucune activité n'était organisée. Par contre je pouvais lire. Les livres que j'ai reçus m'étaient remis tout de suite. J'ai appris que ce n'était pas le cas dans toutes les prisons turques. Généralement les livres sont contrôlés et remis aux destinataires seulement un mois après. La petite chance que j'ai eue c'est que la prison d'Eskisehir (nord-ouest de la Turquie) est un établissement nouveau, d'où peut-être ce petit avantage. De même je n'ai pas eu de problèmes avec le personnel. Je pouvais écrire également. Avec les quatre étudiantes avec qui j'ai partagé la cellule et qui ont été arrêtées en même temps que moi, nous écrivions sur des sujets d'actualité.
Le plus dur, c'est cet univers de béton qui nous entourait. La terre et les arbres m'ont manqués !"

Vous avez bénéficié de beaucoup de soutien, notamment des médias, est-ce que cela vous a aidée à tenir le coup??

"Bien sûr?! Au début de mon incarcération, je ne savais pas que j'étais soutenue mais lorsque mon avocat m'a apporté toutes les coupures de journaux, cela a été une grande surprise et constitué un grand réconfort. L'article de Guillaume Perrier du quotidien Le Monde a marqué un grand tournant car il a été cité par les médias turcs du fait qu'il est considéré en Turquie comme le principal journal français. Du coup, le fait de savoir que les gens étaient au courant de mon arrestation et que ce soit relaté plusieurs fois dans les médias m'a remonté le moral."

La mobilisation a-t-elle aussi payé ?

"Je ne remercierai jamais assez Sinem (amie de Sévil, habitante de Belleville) qui a monté un comité de soutien et organisé plusieurs rassemblements à Belleville et à Lyon notamment. A chaque fois que mon avocat venait me voir, il me racontait tout le soutien qui se mettait en place en France, la façon dont les gens se mobilisaient, c'est vraiment ça qui me donnait la pêche.
Je n'oublierai pas non plus le soutien du président de l'université de Lyon 2. Il s'est même déplacé pour mon procès le 19 novembre 2012. Sa venue a été relatée dans les médias. Ce déplacement a eu toute son importance.
Des journaux suisses et canadiens ont relaté l'affaire. J'ai reçu beaucoup de cartes postales d'universités d'Allemagne dans le cadre d'une campagne de soutien. Mon avocat m'a dit que l'affaire a même été relatée en Chine, à ma grande surprise?!"

Qu'avez vous fait lorsque vous êtes sortie de prison jusqu'à votre retour en France ?

"Je n'avais pas grand chose à faire. Je me suis concentrée sur mes cours essentiellement et j'ai rendu visite à une partie de ma famille. Mais cela a été difficile, j'avais l'impression d'être en prison parce que je ne pouvais pas rentrer en France."

Qu'attendez-vous de la Cour d'appel ? En sachant que les procédures d'appel durent longtemps en Turquie…

"J'attends un acquittement. Le tribunal m'a condamnée à cinq ans de prison, je veux prouver mon innocence. Je ne veux pas être une personne qui fuit la Turquie. Effectivement, la procédure d'appel risque de durer deux ans.
Je rappelle que je suis accusée d'appartenir à une organisation d'extrême gauche, d'avoir participé à la traditionnelle manifestation du 1er mai et je suis accusée aussi d'avoir organisé le transport des bus pour le concert légal de Yorun, engagé à Gauche, qui s'est déroulé le 15?avril et qui a rassemblé 350?000 personnes à Istanbul."

L'adjectif terroriste a souvent été employé…

"Cela m'a beaucoup choquée. J'ai toujours défendu les valeurs de démocratie, de liberté, je ne sais pas du tout pourquoi ce terme-là a été employé."

Le fait d'avoir la double nationalité ne présente-t-il pas des inconvénients??

"Je croyais que c'était un plus. Je n'avais pas le souci du visa quand je me rendais en Turquie mais aujourd'hui je me rends compte que cela n'a pas été avantageux pour moi dans le sens où en Turquie on ne me considérait pas comme française mais comme turque. Je n'ai même pas de passeport turc?!
Je ne pense pas que je puisse sortir de la nationalité turque. Donc je vais garder les deux nationalités."

Quels sont vos projets ?

"J'ai repris mes cours à Lyon II depuis le 7 mars. Je devrai valider un master en communication."

Dans quel état d'esprit êtes-vous ?

"Comme je le disais au début de l'entretien, je suis plus sereine mais aussi révoltée de savoir que huit cents étudiants sont emprisonnés en Turquie."

Propos recueillis par Laurence Chopart

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