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Saint-Jean Industries : la CGT dénonce "un acharnement anti-syndical"

Vendredi midi.

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Ils sont une trentaine réunis devant les grilles de Saint-Jean Industries. Drapeaux rouges au vent, sono poussée à fond, ils sont bien décidés à faire entendre leur colère contre la direction du groupe spécialisé dans la sous-traitance automobile. L'initiative de ce rassemblement revient à l'union locale CGT de Villefranche qui a adressé à cette occasion une lettre ouverte à Emile Di Serio, PDG de Saint-Jean Industries. "Une nouvelle fois nous apprenons que nos élu(e)s CGT se trouvent confrontés à ce que nous pouvons qualifier d'acharnement anti-syndical", peut-on notamment lire. "Lettres recommandées à répétition, convocations à entretien, accusations ou menaces de toutes sortes, cela porte gravement atteinte à la respectabilité, à l'honnêteté et à l'intégrité physique et morale de Mme Elsa Mota-Kalkowski et M. Mustafa Ozogul à qui les salariés de votre entreprise ont confié divers mandats électifs pour les représenter", écrit l'union locale, reconnaissant par ailleurs les performances économiques de Saint-Jean Industries : "Quel dommage qu'une direction de société capable de faire évoluer son entreprise industriellement, d'innover techniquement, en reste au Moyen-âge dans les relations sociales !"

"On passe notre temps devant les tribunaux"

Pour Michel Catelin, porte-parole de l'union locale, la CGT se trouve dans une impasse. "La direction de l'entreprise ne tolère pas que des gens de l'entreprise cherchent à faire respecter les droits des travailleurs. Résultat, il n'y a aucun dialogue et on passe notre temps dans les tribunaux", grimace-t-il.
Une situation que les représentants du syndicat à Saint-Jean Industries vivent très mal au quotidien. "La direction n'a qu'une méthode envers notre syndicat, c'est le harcèlement. Tous les moyens sont bons pour faire partir les élus CGT de l'entreprise", indique un délégué, rappelant les déboires judiciaires actuels. "La direction a été condamnée par le tribunal correctionnel de Villefranche pour discrimination syndicale, jugement confirmé en appel, puis par la cour de cassation le 19 novembre 2013", souligne-t-il. "C'est dommage, c'est pourtant une très belle entreprise…", peste-t-il.
"On est épiés, surveillés, j'ai même été récemment menacée par un responsable, alors qu'on réclame simplement l'application de la loi et le droit d'exercer notre mandat correctement", déclare une autre élue CGT. Un collègue enchaîne : "Il y a pratiquement neuf ans que je suis salarié à Saint-Jean Industries. A partir du moment où j'ai été élu délégué CGT il y a trois ans, la situation a complètement changé. On me reproche un tas de choses dont on ne ferait même pas état avec d'autres salariés. Des représentants des ressources humaines sont par exemple venus à 5 h du matin, se sont cachés derrière des compresseurs pour voir si j'étais à l'heure. La pression est difficile à supporter. J'ai des problèmes de sommeil. Dans l'atelier, beaucoup de collègues avec qui j'avais des relations auparavant préfèrent ne plus me parler, par peur d'être assimilés".
Quant à cet ancien cadre revenu vendredi pour l'occasion, il a fini par quitter Saint-Jean Industries, usé, lessivé. "J'ai passé vingt-deux ans dans la boîte. Une fois qu'on est élu CGT, tout ce qu'on fait au travail ce n'est jamais bien. J'ai tenu un an et demi avant de craquer face aux pressions régulières de la direction. Je suis parti dans le cadre d'une inaptitude médicale." Son dossier passera devant le Conseil de prud'hommes en avril prochain. "Des affaires devant les tribunaux, il y en a une épaisseur incroyable", reprend Michel Catelin, à la tête d'une union locale CGT dont la lettre ouverte s'achève toutefois par une main tendue. "La CGT, ses élus et mandatés dans votre entreprise sont disponibles pour s'engager dans ce dialogue social mais cette volonté doit être partagée par la direction. M. Di Serio, nous vous demandons de mettre fin à votre politique de refus de prendre en compte la présence de la CGT dans le dialogue social et de mettre fin aux pressions et menaces contre nos élus", appelle l'union locale. Pas certain néanmoins que le mouvement initié par la CGT vendredi n'apaise ce climat houleux.
Contactée, la direction a indiqué qu'elle ne souhaitait pas faire de commentaire.

Julien Verchère

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