AccueilACTUALITESEconomieSaint-Georges : comment les Gaillon ont sauvé leur usine

Saint-Georges : comment les Gaillon ont sauvé leur usine

C'est la belle histoire de ce début d'année en Beaujolais Val de Saône.

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Menacée de fermeture depuis le mois de janvier, la société Gaillon est finalement sauvée. 57 emplois sur 68 devaient disparaître après la décision du groupe allemand Dubag de fermer le site de Saint-Georges-de-Reneins. Au final, une restructuration légère aboutira à la suppression de "seulement" neuf postes. L'hypothèse de licenciements secs semble écartée.

Cette issue positive doit beaucoup au combat farouche des salariés pour sauver leur boîte, avec l'appui marqué du syndicat CFDT. L'intervention dans les derniers jours de l'Etat via la DIRECCTE (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) a eu son influence, tout autant qu'un éclairage médiatique jusqu'au niveau national. Face à ce front uni, le groupe financier allemand a reculé.

Explosion de joie

Retour à ce vendredi 17 avril. Il est 20 h. Après plus de quatre heures de négociations, la porte de la sous-préfecture de Villefranche s'ouvre enfin. Les salariés de Gaillon qui sont restés jusqu'à cette heure tardive prennent place dans la salle des cartes grises, où s'improvise une conférence de presse. Le sous-préfet Stéphane Guyon prend la parole. "Le PSE* est abandonné, l'emploi est sauvegardé. Les services de l'Etat se réjouissent du maintien de l'emploi et des entreprises sur le territoire", annonce-t-il, tandis qu'une explosion de joie retentit.

"Ce qui arrive est rare et exceptionnel, et servira j'espère d'exemple partout en France. C'est le résultat d'une mobilisation incroyable. Dubag a décidé d'arrêter le PSE et de mettre fin à ce conflit", déclare ensuite sur un ton solennel Pascal Granger, l'un des représentants du personnel. "Se battre et empêcher les délocalisations, c'est possible. A nous maintenant de nous battre pour pérenniser l'entreprise et regagner de la compétitivité. Les représentants seront toutefois vigilants quant à ce qu'il va se passer dans les mois à venir", avertit-il.

"Il n'y aura pas de plan social. Nous allons nous battre pour restaurer la compétitivité de Gaillon", a simplement déclaré Winfried Schaller, le PDG allemand de Vitasheet Group (dont Gaillon fait partie), propriété du groupe financier Dubag.

"Hollande l'a dit, nous on l'a fait"

Quelques minutes plus tard, à l'extérieur de la sous-préfecture, un instant de magie et de bonheur collectif sous le petit kiosque de la place des Arts. "Nous avons montré qu'à 58 il était possible de se battre, d'embêter ces gens qui se croient au-dessus de tout, des lois, des frontières. Il restera quelque chose de fort de cette expérience collective", savoure une salariée. "C'est magnifique, ça vaut le coup de se battre. Il faut produire et consommer français. Peut-être qu'alors on retrouvera les belles années d'avant", se prend à rêver Mousse.

"Nous sommes vraiment très fiers de ce que nous avons construit tous ensemble. Cela démontre que lorsqu'on est unis, qu'on utilise tous les moyens possibles et imaginables on peut sauver nos postes de travail", sourit Luis Fandino, membre du comité d'entreprise. "Je pense au fameux discours de Hollande qui disait que cette mauvaise finance était l'ennemi de la France. Nous venons de prouver qu'il est possible pour notre industrie de vaincre les dérives de la finance. Hollande l'a dit, nous on l'a fait ! Nous avons sauvé nos emplois, mais aussi un savoir-faire français menacé", ajoute M. Fandino. Dommage qu'il ne se soit trouvé aucun élu de la République ce vendredi soir aux côtés des Gaillon pour entendre ces paroles…

Les salariés n'en finissent plus de se congratuler à l'abri sous le kiosque de la place des Arts. Jean Gaillon, le vieux fondateur, est toujours là lui aussi, simplement heureux. Il promet une bouffe à tout le monde, bientôt, pour fêter ça. La nuit tombe, sous une pluie froide et serrée. Mais les Gaillon n'ont pas froid. Car brûle dans leur cœur une même fierté : celle d'être restés debout.

Julien Verchère

* Plan de sauvegarde de l'emploi.

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