AccueilSPORTSFCVBSaint-Brieuc-FCVB/Karim Mokeddem : "Qu'avons-nous avons à perdre ?"

Saint-Brieuc-FCVB/Karim Mokeddem : "Qu'avons-nous avons à perdre ?"

Extrêmement lucide par rapport à la situation de son équipe, relégable avant de recevoir le FCVB ce vendredi soir, l'ancien coach de La Duchère, ouvre le chapitre de sa nouvelle expérience en Bretagne, sans jamais s'éloigner des questions sur le jeu. En coach passionné.
Depuis cet automne, Karim Mokkedem a pris en main le destin de Saint-Brieuc, avec un seul but : la course au maintien.
Facebook @StadeBriochin - Depuis cet automne, Karim Mokkedem a pris en main le destin de Saint-Brieuc, avec un seul but : la course au maintien.

SPORTSFCVB Publié le , RALPH NEPLAZ

Les Minguettes, La Duchère, Bourg, Châteuroux… La cartographie du coach lyonnais Karim Mokeddem, n'est plus à présenter. Il est l'un des entraîneurs qui parlent le plus de jeu et dont on reconnait assez vite l'expression collective dans ses formations. Si la fin de sa dernière aventure à Châteauroux, l'an dernier, dans le rôle d'adjoint de Mathieu Chabert avait laissé aux observateurs du National un certain goût d'inachevé, il a rebondi à l'autre bout du pays, à Saint-Brieuc, en Bretagne, en octobre, pour tenter de sauver un club très tôt en situation de relégable et qui devrait recevoir Villefranche ce vendredi, si la météo le permet, dans des conditions peu propices au beau jeu. Un duel au parfum si particulier pour Karim Mokeddem, qui a toujours tenu en haute estime, son collègue du FCVB, Hervé Della Maggiore. Entretien.

A quoi ressemble votre vie de coach au Stade Briochin, où vous avez pris la succession de Didier Santini, début octobre ?

"J'ai découvert un club qui se bat pour se développer. Un club riche de ses valeurs humaines que portent ses bénévoles, des gars vraiment sympathiques, à tous les niveaux."

Ça vous ramène à vos années à La Duchère ?

"Il y a des similitudes, ces forces humaines constantes. Mais tu souffres du manque d'infrastructures. A côté de ça, il y a tellement d'éléments positifs que tu ne peux pas te lamenter ni te plaindre."

Positivement, à votre arrivée, qu'est-ce qui vous a le plus surpris à Saint-Brieuc ?

"Je le répète mais c'est important : ici, il règne une véritable chaleur humaine. L'investissement des gens est phénoménale. Du chauffeur de bus, au bénévole qui nous fait à manger, à Saint-Brieuc il existe une véritable âme."

"On a la particularité d'avoir marqué contre n'importe quelle équipe"

Ils s'en sortent avec des bouts de ficelles ?

"Non, je ne dirais pas ça. Il y a un président (Guillaume Allanou) qui est très investis pour développer son club. C'est quelqu'un de brillant, intelligent. Il ne fait pas avancer le club avec des bouts de ficelles. Les choses changent. Depuis le confinement, Saint-Brieuc qui est à deux heures de Paris, est en pleine croissance. Le prix de l'immobilier a flambé. Pour développer, derrière ça, des infrastructures sportives, c'est moins évident. Mais en venant ici, je connaissais ce contexte, les équipements sportifs qui manquent. Mais le président se bat pour trouver des solutions. C'est pour cette raison que je relativise. Les choses finiront bien par se débloquer."

Quelles ont été vos premières impressions sur le groupe ?

"C'est un groupe à l'écoute et travailleur. C'est toujours un peu la même dynamique quand on est dans cette position de relégable : tu mènes 2-1 face au Red-Star mais tu te fais rejoindre sur la fin (2-2, 1ère journée), à Bourg tu es devant à 3-2 mais tu te fais encore rattraper (3-3, 6ème journée). Tu peux te dire que les choses ne tournent jamais de ton côté mais dans le football ce n'est jamais un hasard. Ça signifie qu'il y a des choses que nous ne faisons pas assez bien."

Cette empilement de situations où vous vous faites rejoindre sur le fil, ça ne plombe pas le moral d'un groupe, au bout d'un moment ? Dit autrement, est-ce qu'un coach touche ses propres limites face à un groupe régulièrement dans la frustration ?

"La seule chose que j'ai dite aux joueurs, c'est que si l'on veut gagner des matches, il faut cesser de faire cadeaux défensifs à nos adversaires. On a la particularité d'avoir marqué contre n'importe quelle équipe. Je suis là depuis 7 matches (1 victoire, 3 nuls, 3 défaites), on a tout le temps marqué (il insiste). On est la 10ème attaque du National (17 buts inscrits)."

"Le nombre de descentes (six) complique cette saison de National"

Vous restez fidèle à ce crédo : quitte à prendre des buts autant se donner les moyens d'en mettre aussi ?

"Non, pas vraiment. En fait, et je le précise parce que c'est important, on donne des buts. C'est différent. Quand tu perds contre Concarneau (1-2 le 12 octobre), Boutrah, (NDRL : une des révélations du National cette saison), nous sort le même numéro que contre Villefranche pour marquer. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu l'applaudis. Mais quand tu donnes des buts, ça casse la tête à un moment donné, pour ne pas dire plus !"

Ces six descentes en fin de saison donnent des matches où les équipes calculent beaucoup en laissant de côté la qualité de jeu. En tant que technicien, dans votre situation de relégable, vous vivez cela comment ?

"Le nombre de descentes va compliquer cette saison et la prochaine aussi. Il faut être dans les survivants. Mathématiquement, que va-t-il se passer ? Aujourd'hui, un tiers des clubs sont pros, demain deux vont monter en Ligue 2. Derrière, quatre clubs pros vont descendre, ça veut dire que la saison prochaine, en National, on aura dix clubs pros si le championnat reste comme aujourd'hui. Quand on aura dépassé les 50% de clubs pros dans le championnat, dans deux ans, je pense même que l'on sera à 70% de clubs pros en National, la FFF fera le nécessaire pour que les 30% qui restent deviennent pros. Il y a vraiment un enjeu considérable pour les clubs, actuellement, le but, c'est de tenir. Mais il n'y a pas de mystères, et c'est malheureux de le dire, c'est ceux qui géreront le mieux leurs forces financières qui vont rester en National."

Vous pensez que c'est l'argent qui fera finalement la différence sur le projet de jeu ?

"C'est une tendance."

Martigues, le promu, aujourd'hui 3ème du National, ferait contredire ce constat…

"Ils ont surtout un directeur sportif (Djamal Mohamed) qui fait du très bon boulot. Un expert du championnat National. Il a failli monter avec Marseille Consolat en Ligue 2 avec trois francs six sous… Avec Martigues, ils sont dans l'euphorie de leur montée en National."

"Mathieu (Chabert) m'avait laissé beaucoup de place à Châteauroux"

Aujourd'hui, il faudrait un miracle pour que Saint-Brieuc (17ème) parvienne à se maintenir quand on regarde le classement…

"Depuis le début, beaucoup de monde ont mis Bastia-Borgo, Stade Briochin, Le Puy, Paris XIII, Avranches, et une surprise pour le sixième ! Un gros va tomber, c'est sûr et certain. Par contre, nous sommes dans les cinq. Le classement est parlant. Mais dès la première journée, les gens disaient déjà ça. Qu'avons-nous avons à perdre dans notre situation, aujourd'hui ? Il faut gagner nos matches. La phase retour, ce sera un autre championnat. Peut-être que des équipes qui vivotaient vont arriver à gagner des matches et d'autres s'effondrer. Parce qu'il ne faut pas le nier, mais les équipes qui tournent bien seront confrontées, dans les semaines à venir, aux appels des agents… La Ligue 2… Comment les entraîneurs vont gérer ça ?"

Justement, comment un coach peut parvenir à maintenir tout le monde concerné dans une situation pareille ?

"Dans notre position de chasseur où on doit gagner, pas après pas, nos matches, il n'y a qu'une chose qui compte : le terrain. Le lobbying et la politique c'est quand tu es dans le top 5 ! Quand tu es en bas de tableau, les coups de sifflets ne te seront jamais favorables. Ça, tu le sais !"

Qu'est-ce que ça vous procure comme sensations d'avoir, de nouveau, un poste de numéro 1, après avoir été l'adjoint de Mathieu Chabert à Châteauroux où votre aventure ne s'était pas si bien terminée ?

"Mathieu m'avait laissé beaucoup de place à Châteauroux, je faisais beaucoup de choses dans les séances. Là, c'est vrai que c'est toi qui tranches."

Et ça vous manquait ?

"Oui. Mais attention quand c'est toi qui décides, la relation avec les joueurs est différente."

Mathieu Chabert a été démis de ses fonctions récemment à Châteauroux. Qu'est-ce que ça vous a fait ?

"Je ne souhaite de mal à personne. Châteauroux reste un club qui a des ambitions mais qui est relégable aujourd'hui alors que je les mettais dans les favoris en début de saison pour bien connaître les garçons de cet effectif. Je suis extrêmement surpris de leur classement."

Vous êtes aussi surpris par la première partie de saison de Villefranche qui tarde à trouver la bonne cadence ?

"Non, pas du tout. Ils restaient sur deux saisons où ils ont perdu aux barrages. Mentalement, c'est dur. L'an passé ils avaient bien rebondi en retournant dans ces barrages ! Ce n'est pas rien. Je ne les cite pas dans les relégables possibles. Ils ont des gars de 34-35 ans qui ont de la bouteille ! Hervé (Della Maggiore) n'a pas besoin de leur dire quels matches il faut gagner pour s'en sortir. Ces mecs-là savent prendre un nul quand c'est nécessaire. Ils ne sont pas en pilotage-automatique, mais par rapport à leur maturité, ils ont une vraie marge de manœuvre."

Comment les aborderez-vous ce vendredi ?

"Le premier facteur de ce match, ce sera le terrain. Dans quel état sera-t-il ? Quand Taufflieb, Blanc ou Sergio vont voir le terrain, crois-moi, ils vont être surpris !"

Quand on vise le maintien, il faut mettre de côté l'ambition dans le jeu, se convaincre du bloc bas en attendant une opportunité en contres… C'est ce qui se prépare ?

"On ne peut pas faire ça. Quand on s'est déplacés à Châteauroux (2-2, le 2 décembre), on s'était dit qu'on allait les attendre. Mais quand t'arrives à Gaston-Petit, la pelouse était fantastique ! (rires). Au bout de 15 minutes on s'est mis à jouer ! les gens se disaient mais c'est eux les derniers ? Si tu veux gagner des matches, j'insiste, il faut jouer. Tu peux en gagner trois ou quatre à l'énergie mais il en reste encore 19 !"

Rien n'est perdu ?

"Ce sera compliqué mais sur l'aspect bagarre, le combat, tu ne peux pas faire 19 matches sur ce principe. Vendredi, c'est le terrain qui dira quel type de match on va produire contre Villefranche."

Ce n'est pas vraiment ce football qui gagne en coupe du monde avec le règne de la transition…

"Le sélectionneur du Maroc, Walid Regragui, a très bien résumé la situation en disant que les gens critiquaient leur jeu. Mais la France a été championne du monde en 2018 en procédant ainsi. Aujourd'hui, on est dans l'efficacité. Un tournoi et un championnat sont totalement différents. Tu peux paramétrer des mecs sur 7 matches, rentrer dans leur tête. Par contre tu fais ça sur 30 ou 40 matches, c'est une autre histoire. Là où Deschamps est trop fort c'est qu'il arrive à convaincre des gars comme Koundé, Upamecano qui ont le ballon toute l'année au Barça ou au Bayern, d'avoir comme finalité, le résultat. Sa grinta de gagneur, il a vraiment ça de plus que les autres, Deschamps. Il est convaincu que ça va marcher. Guardiola ou Luis Enrique, eux, ne vont pas y arriver. Mais mes joueurs, je ne peux pas leur dire que pendant 40 matches dans la saison, ils vont courir derrière le ballon, c'est pas possible !"

"La transparence et l'honnêteté sont deux valeurs importantes pour moi"

Tous vos anciens joueurs, en National (Reale, Ezikian, Lacour), sont assez laudatifs sur vous. C'est quoi votre méthode pour faire adhérer autant de monde dans un vestiaire ?

"La première des choses, c'est que les joueurs veulent vraiment jouer au football. Mais le dire c'est bien, le faire c'est mieux ! On essaie d'être assez pointu sur le positionnement des joueurs, sur les déplacements des uns et des autres… Là où parfois j'abuse, c'est peut-être à travers ma franchise. Ce que j'ai à te dire, tu ne l'apprendras pas par un autre. La transparence et l'honnêteté sont deux valeurs importantes pour moi. Mais pour aller plus haut, il faudra, sans doute, que je sache faire autre chose..."

Savoir se vendre ?

"Être un peu plus politique… Comme dirait Deschamps : il faut savoir avaler des couleuvres et même des boas ! (rires)".

Vous faites un drôle de métier…

"On avance. Pour revenir à Saint-Brieuc, quand je vois ce que font les garçons depuis deux mois, je trouve des motifs d'espoir. On doit vraiment réguler ces cadeaux défensifs. On a une stat : on a gagné un seul match, le seul où on n'a pas pris de but (0-1 à Versailles, le 11 novembre), ça dit tout."

Villefranche doit s'attendre à un Stade-Briochin plus défensif, alors ?

"S'il faut le faire sur un ou deux matches, on ne va pas se gêner."

Ce ne sont pas vos principes de jeu, pourtant…

"J'ai gardé l'histoire d'un match avec La Duchère quand on était allé gagner à Marseille Consolat (0-1, le 16 février 2018). En stats on était à 80-20 en possession, en face il y avait Rémi Sergio. Eux étaient à 80% et nous à 20%. On n'a pas vu le ballon du match ! Mais c'était notre plan de jeu. On devait défendre et contrer. Et à la 73e minute, corner, Enzo (Reale) balance le ballon sur la tête de Tuta, emballez c'est pesé, 1-0 ! Consolat était alors 5ème et jouait la montée à ce moment-là. Derrière, ils ont enchaîné 9 défaites de suite et sont descendus. Dominique Bijotat qui était l'entraîneur, m'a dit que sur ce match son équipe se voyait tellement monter en Ligue 2, cette saison-là, qu'elle avait oubliée de jouer contre nous…"

Propos recueillis par Ralph NEPLAZ

Correspondant local de presse.

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