AccueilACTUALITESProjet sur une friche industrielle : un riverain lance l'alerte

Projet sur une friche industrielle : un riverain lance l'alerte

En matière d'environnement, c'est ce qu'on appelle un dossier sensible, dans un secteur au contexte historique spécial.

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La friche industrielle "Régémat", du nom de l'entreprise qui a exploité le site de la rue du Nizerand à Arnas entre 2004 et 2007, pourrait bien accueillir à nouveau de l'activité dans les prochains mois. Un projet est actuellement présenté par EPUR Rhône-Alpes.
Avant d'en aborder le détail, il n'est pas inutile d'effectuer un petit détour par le passé. Se présentant comme un "spécialiste du recyclage des déchets du BTP", Régémat avait implanté en 2004 un centre de traitement au cœur de la zone industrielle nord de l'agglomération. Au fil des mois, d'impressionnants tas de déchets divers avaient envahi les hangars, mais aussi les surfaces à l'extérieur. En 2007, après que Régémat ait subitement déposé le bilan, les lieux se trouvaient dans un état catastrophique.
Bois, plastique, métal, montagne de cartouches d'encre sont restés abandonnés plusieurs années, le tout en bordure du Nizerand, rivière contribuant à l'alimentation des captages en eau potable pour l'agglomération de Villefranche. Il a fallu plusieurs années pour que ces déchets abandonnés finissent par être dégagés du site, où subsistent aujourd'hui des bâtiments vides. Voilà le décor planté.
Aujourd'hui, c'est donc la société EPUR Rhône-Alpes qui présente un programme pour exploiter sur cette emprise un centre de recyclage de déchets (voir le détail dans notre encadré). Spécificité importante, EPUR dispose déjà d'une activité de recyclage dans cette même rue du Nizerand, spécialisée notamment dans les véhicules hors d'usage (VHU).
Une enquête publique s'est déroulée en juin et juillet 2013, le commissaire-enquêteur émettant un avis favorable au projet, qui a également bénéficié du vote positif des communes riveraines consultées. Ce n'est toutefois pas encore le terminus de la navette réglementaire pour le dossier, qui devrait notamment être examiné par le Conseil départemental d'hygiène jeudi 24?octobre prochain.

Un habitant s'indigne

Dans l'attente, un homme se bat pour faire entendre une voix dissonante. Riverain de cette zone industrielle et lanceur d'alerte connu pour son engagement concernant les dossiers touchant à l'environnement en Calade, Jean-Pierre Andry tire la sonnette d'alarme. Il craint que cette activité future ne pèse un peu plus sur l'environnement de Villefranche et ses environs. "Je fais tout mon possible pour que les autorités revoient leur copie", indique M. Andry, évoquant la présence d'habitations, d'écoles, ou encore de zones commerciales à proximité de ce projet d'ailleurs décrit comme "au cœur de l'agglomération" dans l'enquête publique même.
Jean-Pierre Andry est notamment dubitatif à propos du flux de poussières potentiellement émises, quand bien même le maître d'ouvrages annonce "aucune diffusion", réponse confirmée par le commissaire-enquêteur. "Dans le cas de l'usine d'incinération de Villefranche, l'électro-filtre a été pendant dix-sept ans et jusqu'en 2001 sous-dimensionné. Par ailleurs, pendant vingt-sept ans, les filtres à manche de la cheminée Metaleurop à Arnas ont sans cesse subi des dommages et n'ont jamais rempli leur fonction", dénonce en forme d'historique Jean-Pierre Andry, référence à un passé environnemental lourd en Calade.
L'habitant d'Arnas s'insurge également contre un dossier de présentation qui évoque une direction des vents dominants sud-nord, quand bien même des spécialistes locaux de la météo évoquent régulièrement des vents dominants orientés nord-sud. "Par ailleurs, l'effet de cloche d'air froid, conséquence des brouillards de la Saône et empêchant la diffusion des polluants, est complètement ignoré", ajoute M. Andry, qui souligne également la difficulté pour les habitants (même courageux) à percer l'imperméabilité des documents très techniques versés à l'enquête publique. "Un exposé-débat sur ce dossier pourrait être organisé", plaide-t-il. Hors cadre réglementaire, il y a toutefois peu de chances que cette proposition retienne l'attention.

Julien Verchère

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