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Pourquoi Candia sacrifie la laiterie d'Arnas

C'est un nouveau coup dur pour l'emploi et l'industrie en Beaujolais.

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Le groupe coopératif Sodiaal a annoncé jeudi dernier la fermeture prochaine de trois des huit usines françaises de conditionnement de lait de sa célèbre marque Candia, dont celle située à Arnas. Implantée sur le même site depuis 1936, l'ex-coopérative laitière qui exploite la marque Marguerite devrait cesser définitivement son activité en septembre 2013. Outre le lait frais microfiltré, un procédé technique qui demeure unique en France, elle produit des fromages blancs et de la crème fluide.
Les vingt-deux salariés vont être licenciés, s'ajoutant à la dizaine d'emplois déjà supprimés il y a deux ans à la reprise du site par ce même groupe Sodiaal.
Candia justifie cette décision par un changement de politique industrielle destiné à redresser une situation économique délicate. Bousculé par la concurrence, notamment venue d'Allemagne, le géant du lait devrait perdre plusieurs dizaines de millions d'euros en 2012. Il est donc tenté de laisser de côté le modèle "historique" de la laiterie française (des sites de petite taille implantés à proximité de la zone de collecte) pour basculer dans un système favorisant les grosses unités et permettant des cadences plus élevées.
Le site d'Arnas était pourtant le seul des huit en France à gagner de l'argent, ce qui renforce le sentiment d'incompréhension des salariés. "Depuis les années 1990, la production annuelle de lait frais a doublé pour atteindre 14 millions de litres. Le lait microfiltré est un réel succès commercial. Malheureusement, on fait les frais d'un plan à plus grande envergure. Les gens sont amers et dégoûtés, même si le sentiment d'appartenance très fort à l'entreprise qui avait cours à une époque s'était déjà un peu étiolé", exprime un salarié. "On se sent complètement abandonnés et tout petits au sein de Candia qui emploie plus de mille deux cents salariés. Un mouvement de grève dérangerait à peine le fonctionnement général, avec la possibilité de transformer le lait dans d'autres sites. Nos moyens d'actions sont limités", est-il forcé de constater. D'autant plus que les salariés ne pourront pas compter sur le soutien des producteurs laitiers de la région. Ceux-ci ne seront en effet pas impactés par cette fermeture, le lait du Haut-Beaujolais ou encore de la vallée d'Azergues devant être transformé à l'avenir à Vienne (Isère) ou Saint-Etienne (Loire). Précisons que la culture syndicale et la logique d'opposition n'ont jamais fait partie de l'ADN de l'entreprise.
Alors le travail se poursuit à Arnas, dans l'attente d'un prochain comité d'entreprise qui devrait donner les ingrédients de la sauce à laquelle les salariés s'apprêtent à être mangés. Des reclassements seront sans doute proposés dans d'autres sites ou filiales.
L'hypothèse d'un mystérieux repreneur susceptible de reprendre certains emplois circule par ailleurs, mais sans aucune garantie. Une seule certitude, dans un an, la vache symbole de la marque Marguerite ira paître ailleurs qu'en Beaujolais.

Julien Verchère

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