AccueilACTUALITESViticultureNouvelles règles d'étiquetage : le Beaujolais se prépare dans le flou

Nouvelles règles d'étiquetage : le Beaujolais se prépare dans le flou

Exemptées depuis 2011, les bouteilles d'alcool devront se conformer d'ici décembre à la réglementation européenne sur l'étiquetage. En Beaujolais, la profession a travaillé pour anticiper sur une réforme dont le fond encore inconnu.
Les étiquettes de bouteille pourraient comporter un tableau de déclaration nutritionnelle et une liste d'ingrédients.
© Simon ALVES - Les étiquettes de bouteille pourraient comporter un tableau de déclaration nutritionnelle et une liste d'ingrédients.

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"On est absolument contre cette réforme, mais il faut être prêt". Gilles Gouttenoire, directeur de la Commission commerciale viticole (CCV) du Beaujolais, a annoncé la couleur. Jeudi 12 janvier, la CCV organisait à Régnié-Durette une réunion d'information à destination d'une quarantaine de ses viticulteurs et vignerons adhérents autour des nouvelles règles européennes d'étiquetage des ingrédients et calories qui doivent entrer en vigueur le 8 décembre 2023.

Nouvelles, ou presque : ces dernières existent depuis 2011 pour la majeure partie des aliments. Mais les boissons alcoolisées en étaient exemptées jusqu'ici en raison de la difficulté de faire apparaître ces données sur l'étiquette d'une bouteille.

"C'est un serpent de mer qu'on ne croyait plus voir revenir", a admis Gilles Gouttenoire. Mais Nathalie Chuzeville, directrice de l'Union des crus du Beaujolais, en a rapidement flairé le retour début 2022 et a demandé à la CCV de plancher sur la question.

Bienvenue aux ingrédients et à la déclaration nutritionnelle

En pratique, cette fin de dérogation impliquera donc l'arrivée de nouvelles mentions obligatoires sur les étiquettes des bouteilles de vin. Ces dernières en comptaient neuf jusqu'ici, telles que la dénomination de la catégorie du produit de la vigne, le volume nominal, la provenance, les allergènes ou encore la teneur en sucre.

Les vins embouteillés dès le 8 décembre prochain devront comporter sur leur étiquette la déclaration nutritionnelle et la liste des ingrédients. La première concerne l'affichage de la valeur énergétique, de la quantité de lipides, de glucides, de protéines et de sel. Pour la deuxième mention, la commission s'est basée sur la définition de ce qu'était un ingrédient pour établir une liste. Ainsi, pourraient se trouver le raisin, le moût de raisin frais, la saccharose, la liqueur d'expédition, les additifs ou encore les conservateurs.

Gilles Gouttenoire, directeur de la Commission commerciale viticole du Beaujolais © Simon ALVES

Des données qui devraient être indiquées dans leur ordre décroissant d'importance et traduites dans la langue du pays européen de destination. Autant d'informations qui n'ont pas manqué de provoquer des soupirs dans la Maison associative de Régnié. Soupirs qui se sont transformés en rires jaunes et exclamations étouffées quand des exemples d'étiquettes comportant déjà toutes ces mentions ont été dévoilées. "C'est horrible !", pouvait-on entendre de certaines bouches.

QR code, plateforme et délai d'application

Pour autant, il ne s'agit que d'exemples car rien n'est arrêté. À onze mois de la date fatidique, le texte d'application n'est toujours pas paru, ce qui laisse la profession dans le flou. "Seuls les grands principes sont connus, a précisé le directeur de la CCV. On sait qu'il faut mettre les ingrédients, mais on ne sait pas encore comment faire. Ce qu'on propose reste du conditionnel."

Mais concernant les deux nouvelles mentions, les vignerons du Beaujolais espèrent que les élus sauront obtenir des aménagements, parmi lesquels la possibilité de dématérialiser ces informations à l'aide d'un QR code pour alléger les étiquettes. "Pour la déclaration nutritionnelle, on a déjà obtenu de ne pouvoir mettre que la valeur énergétique", a expliqué Gilles Gouttenoire. Pernod Ricard, à titre d'exemple, le fait déjà.

Quid également du champ couvert par ce QR code ? "L'Europe du Nord pousse pour un QR code par cuvée", a révélé Nathalie Chuzeville. Une solution qui, doublée de l'obligation de traduction des ingrédients citée plus haut, générerait un véritable casse-tête pour les viticulteurs en démultipliant les étiquettes/QR codes et creuserait les inégalités entre les grandes maisons du vignoble et les petits exploitants.

"Nous, ce qu'on défend, ce serait un QR code par domaine", a martelé Patrick Péchard, coprésident de la CCV. Autrement dit, la possibilité en scannant le QR code de retrouver l'ensemble des cuvées du domaine avec toutes les traductions possibles.

En ce sens, la commission a déjà avancé sur une plateforme, ScanSGV, à destination de ses 510 domaines et châteaux adhérents. Un outil Internet développé en collaboration avec la Champagne, seul autre vignoble français à avoir avancé sur le sujet. "Il s'agirait d'une plateforme qui permettrait de générer un QR code de la façon la plus intuitive et la plus simple possible", a insisté Gilles Gouttenoire.

Reste à savoir si les instances européennes suivront les demandes des vignobles. Saluant "l'énorme travail" de la CCV, le conseiller régional Bernard Perrut, qui avait étudié le sujet lorsqu'il était député, a avancé l'idée d'associer le Comité vin Auvergne-Rhône-Alpes à l'initiative pour préparer l'ensemble de la profession à l'application de la réforme. Mais il a émis des réserves quand à la possibilité de la voir mise en œuvre le 8 décembre en l'absence de texte définitif à l'heure actuelle.

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