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Le Beaujolais commémore ses résistants ce week-end

À Quincié-en-Beaujolais comme à Pizay , deux commémorations sont prévues dimanche 7 août en mémoire de maquisards tombés ou arrêtés les 10 et 11 août 1944.
Le Beaujolais commémore ses résistants ce week-end
©DR - Un groupe de maquisards de la ferme Sainte Marie, 1944.

BEAUJOLAIS Publié le ,

À l'heure où les derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale disparaissent, il appartient de poursuivre le devoir de mémoire pour que de tels évènements ne se reproduisent jamais.

Dimanche 7 août 2022à 9 h 30, au pont des Samsons à Quincié-en-Beaujolais, sera commémorée la bataille éponyme, avec dépôt de gerbe, rappel des faits par Martin Santailler et allocution du maire Daniel Michaud. C'est en effet sur ce pont qu'à pris place une bataille acharnée entre maquisards et soldats allemands.

Galvanisé par l'attentat réussi contre ces derniers au Château de Magneval, fin juillet 1944, et ayant bénéficié d'armes parachutées dans la nuit du 9 au 10 août, le maquis de Marchampt décida de tendre une nouvelle embuscade aux Allemands.

Dans la matinée du 11 août, le commandant Chatelet, apprenant qu'une colonne allemande devait emprunter la route de Belleville à Beaujeu, disposa ses hommes tout le long de la rivière du Samson, depuis le pont des Samsons jusqu'au hameau des Nivaudières.

L'objectif était de neutraliser rapidement le convoi par une attaque simultanée des maquisards sur tous les fronts. À 14 h, les maquisards attendaient, cachés, alors que régnait un soleil de plomb. Enfin la colonne allemande apparut. Elle était composée de plusieurs automitrailleuses et blindés. Tout s'enchaina rapidement. L'alerte était donnée et les maquisards se tenaient prêts.

Six résistants tués dans la bataille

Rien ne se passa comme prévu : le convoi s'arrêta trop tôt sur le pont. Bénéficiant d'une position avantageuse, il dominait la situation et ouvrit le feu. De mémoire de maquisard ce fut un vrai déluge : bien que nombreux et rejoints par des renforts, ils n'étaient en réalité par suffisamment armés pour un combat qui s'éternisa.

Ils se replièrent dans le lit de la rivière. Les balles sifflaient et hachaient les feuilles des arbres, il commençait à y avoir des blessés. Évacués souvent à dos d'homme jusqu'à Marchampt, ils étaient soignés tant bien que mal par les femmes du village.

©DR André Vedreine de Quincié, raflé et fusillé par les allemands alors qu'il n'avait que 18 ans.

Les combats s'éternisèrent jusqu'à la nuit : à ce moment, les Allemands se replièrent, laissant enfin la possibilité pour les maquisards de rejoindre leur camp. Six morts marquèrent cette journée d'un sceau indélébile : Raymond Poujet (17 ans) Antoine Cinquin (18 ans) Diego De Haro (17 ans) Claude Ravel (36 ans) Marcel Dubouis (34 ans) et Alain (33 ans). Les Allemands revinrent le lendemain avec un train blindé qui emprunta la voie de chemin de fer Beaujeu-Belleville et pilonna la région toute la matinée. Plusieurs incendies volontaires et arrestations eurent lieu, dont deux jeunes de Quincié : Joannes Geoffray (21 ans) et André Vedreine (18 ans). Ils furent exécutés à Lyon quatre jours avant la Libération.

À Pizay, dix-neufs résistants tués le 10 août 1944

La cérémonie au monument aux morts du hameau de Pizay débutera à 10 h 30 avec un dépôt de gerbes, suivi d'allocutions et d'une cérémonie à 11 h dans la cour du Château de Pizay, puis d'un dépôt de gerbes au hameau d'Amorges ainsi qu’à la gare de Belleville.

Martin Santailler, originaire de Marchampt, rappelle les faits historiques liés à ce village. Suite à l'attaque le 25 mai 1944 du premier maquis installé à Avenas, Jean Chatelet, vigneron, décida de déplacer le maquis sur les hauteurs de Marchampt au début du mois de juin. Il était constitué de petits groupes d'une quinzaine d'hommes, séparés de quelques kilomètres, installés en lisière des bois.

Il accueillait les réfractaires au STO (service du travail obligatoire) et rapidement, ce furent plusieurs centaines d'hommes de tous horizons qui rejoignirent ce maquis : jeunes lyonnais, marins réfractaires de Toulon, mineurs de Saône et Loire, Russes, Polonais … Le maquis était affilié aux FTP (communistes) et s'illustrait par un harcèlement continu de l'ennemi.

La Gestapo et la milice de Lyon, conscients de l'importance de la Résistance en Beaujolais, décidèrent d'infiltrer les réseaux. Le 6 août 1944, plusieurs hommes se disant rescapés du Vercors arrivèrent à Pizay et furent hébergés par la châtelaine.

Ils dirent être venus en Beaujolais pour implanter un centre de résistance avec l'appui des maquis existants. Jour après jour, ils sympathisèrent avec les résistants communistes de Villié-Morgon et les opérateurs radios clandestins. Plusieurs rendez-vous eurent lieu.

La confiance était de mise et on trinquait à la Libération qui approchait. Mais le groupe de rescapés souhaitait avant tout rencontrer les chefs des maquis, et notamment celui de Marchampt. Rendez-vous fut fixé au château de Pizay le 9 août 1944 à 20 h.

Plusieurs résistants se méfiaient dont Chatelet, chef de Marchampt. Par prudence, un groupe de cinq maquisards fut envoyé en éclaireurs. En confiance, ils acceptèrent l'invitation à diner. Sauf un, Maurice Donzelle, qui, doutant fortement de leur condition de résistant, prétexta une urgence et s'empressa d'alerter la population alentour.

©DR Jean Chatelet, chef du maquis de Marchampt.

À 22 h, les masques tombèrent : les rescapés du Vercors se révélèrent miliciens et abattirent les maquisards. Le 10 août 1944, ce fut l'ébullition. Une forte colonne allemande arriva à Pizay. Munis de tous les renseignements, noms et adresses des résistants de la région. Ils commencèrent "l'épuration". Le nombreux personnel du château fut arrêté et emprisonné à Montluc.

La plupart furent exécutés. La majorité des résistants locaux avait eu le temps de se sauver mais en représailles, leurs maisons furent incendiées, notamment à Morgon. D'autres eurent moins de chance et furent abattus comme Claudius Dargaud, le cafetier chef de la résistance.

Le monument de Pizay porte encore aujourd'hui la mémoire des dix-neuf morts dont les noms sont gravés dans la pierre.

Les faits d'armes du maquis de Marchampt

Les résistants de Marchampt se sont notamment illustrés en sabotant la ligne téléphonique reliant le camp radar de Ranchal à Villefranche-sur-Saône, en détruisant le 16 juin 1944 un train de marchandises à destination de l'Allemagne entreposé en gare de Beaujeu avec plusieurs moteurs d'avions stockés plastiqués.

Le14 juillet, malgré l'interdiction allemande, ils avaient défilé dans les communes de Beaujeu, Quincié, Marchampt, Lantignié, Fleurie, Odenas, Saint-Etienne-des-Oullières et Le Perréon, par l’attentat du château de Magneval à Beaujeu le 26 juillet, occasionnant plusieurs dizaines de morts chez les Allemands, par l’arraisonnement d'une péniche de sucre à Thoissey à destination de l'Allemagne et la distribution de la cargaison dans les communes du Beaujolais, et la participation au parachutage sur le terrain Héliotrope dans la nuit du 10 août.

Le 20 août, le maquis intégra le Premier régiment du Rhône et participa à la Libération de Lyon et sa région début septembre. On dit que les jeunes du Beaujolais qui avaient rejoint les rangs du maquis étaient de retour pour les vendanges 1944.

©DR Le maquis de Marchampt défilant pour le 14 juillet 1944 à Fleurie malgré l'interdiction allemande.
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