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Journée internationale contre les violences faites aux femmes : elles prennent la parole

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Journée internationale contre les violences faites aux femmes : elles prennent la parole
Adobe stock/© Serghei

C'est ce mercredi 25 novembre qu'a lieu la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Et pour mettre des mots sur les maux, deux victimes témoignent.

Si cela fait déjà plusieurs années que le calvaire de Florence a pris fin, la jeune femme le sait, le chemin sera encore long pour remonter la pente. "Il faudra du temps pour que ça cicatrise complètement. Mais je commence à revivre normalement. J'ai retrouvé un emploi, j'ai passé le permis… Et surtout, je peux sortir avec mes enfants sans crainte." Sans cette peur qui, pendant neuf ans, l'a emprisonnée, enveloppée, paralysée…

Tout avait pourtant commencé comme dans un conte de fées pour elle. "J'avais 18 ans et lui 27 lorsque l'on s'est rencontrés. Pour moi, il était parfait." Rapidement, Florence tombe enceinte. "Mais il a continué à être prévenant et attentionné."

C'est à la naissance que tout change. "Là, il a commencé à devenir agressif. Jusqu'au jour où il a été violent envers sa sœur qui était de passage chez nous. J'ai essayé de m'interposer et il m'a frappé." Sonnée, Florence s'enferme dans la salle de bain. "Il s'est excusé, m'a dit qu'il ne recommencerait plus… Et je l'ai cru." Pourtant, le temps passe et les coups restent. "Même lorsque je suis retombée enceinte, il a continué. Il faisait juste attention à ne pas toucher au visage."

Prise au piège, Florence s'enferme dans cette relation toxique et se laisse tirer vers le bas. "Il y avait aussi la violence verbale. A chaque fois il me rabaissait, m'insultait sur ma façon de m'habiller, se moquait de mon intelligence… Mais il finissait toujours par s'excuser en pleurant. Donc je pardonnais."

"Il n'a pas accepté mon départ"

Avec ses proches, Florence tente de donner le change. "Je faisais comme si tout allait bien. Je ne voulais pas qu'on pense du mal de lui. Pour le protéger." Même les enfants ignorent tout du cauchemar que vit leur maman. "Il attendait qu'ils soient au lit pour me frapper." Au fil des années, les coups deviennent plus fréquents. Pour une simple contrariété, un mot déplacé ou même sans aucune raison.

Petit à petit, Florence s'éteint. "Je suis tombé en dépression et j'ai tenté de m'ouvrir les veines." C'est sa sœur qui la retrouve, inconsciente. "Finalement, lorsque je suis revenue de l'hôpital, mon fils m'a dit qu'il l'avait vu me frapper. Ça a été un électrochoc." Tout de suite, Florence quitte le domicile conjugal avec ses enfants et son seul sac à main pour bagage. "Je suis allé déposer plainte. J'ai eu la chance de tomber sur deux policiers adorables, qui m'ont écouté. Vraiment."

Pourtant, le calvaire ne s'arrête pas là pour Florence. "Il n'acceptait pas mon départ. Alors il a tout fait pour continuer à me faire souffrir. En me menaçant malgré l'interdiction de m'approcher, en mentant à mes amis, en leur disant que j'étas une traînée…" Des intimidations qui cessent brutalement, en 2018. "On était à deux mois de l'audience lorsqu'il s'est suicidé. Ça a été un vrai choc qui a fait naître un sentiment de culpabilité."

Depuis, la jeune femme tente de remonter la pente. A force de courage et avec l'aide de ses proches. "Ma famille s'en est beaucoup voulu de ne rien avoir vu."

"Il n'acceptait même plus que je travaille"

Marie*, elle, n'a pas pu compter sur ses proches pour s'en sortir. "Ils ne m'ont pas soutenu lorsque j'ai enfin décidé d'avancer." Pourtant, pour elle aussi le calvaire a duré. "5 ans au total. C'était par cycle. Parfois il ne levait pas la main sur moi pendant deux mois. Et puis ça reprenait, sans raison si ce n'est une jalousie maladive. Ensuite, à chaque fois il s'excusait et voulait que l'on fasse l'amour."

Il faudra attendre septembre 2017 pour que Marie décide d'agir. "Depuis des mois, ça allait crescendo. Il m'interdisait d'avoir un téléphone, me faisait dormir sur le canapé, n'acceptait même plus que j'aille travailler. Pour lui, je couchais avec mes collègues. Alors il me battait encore plus. Et un jour, je me suis vu mourir. Ça n'était plus possible. J'ai compris que je devais fuir." Marie dépose alors plainte. "Mais on me l'a refusé. Ça s'est transformé en main courante. Ça m'a un peu dégoûté de la justice."

Aujourd'hui, la jeune femme vit à nouveau en couple — "je sais que tous les hommes ne sont pas comme lui" — et témoigne pour que son histoire serve d'exemple. "Les victimes ne doivent pas avoir peur de partir. Je ne dis pas que le chemin est facile ensuite. Mais c'est une libération. Vraiment."

Tony Fonteneau

*prénom d'emprunt

A lire également notre dossier spécial paru jeudi 19 novembre




Tony FONTENEAU
Journaliste

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