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Jean-Jack Queyranne : "La nouvelle Région aura besoin de l'image du Beaujolais"

Le projet de loi portant sur la délimitation des régions inscrit 13 régions contre 22 actuellement, Rhône-Alpes va s'allier avec l'Auvergne, quelle conception avez-vous de cette union?? "L'union, c'est un processus que nous avons déjà engagé, dans le cadre de la loi qui devrait être définitivement votée avant les fêtes de Noël et promulguée, après avis du conseil constitutionnel en janvier.

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Le projet de loi portant sur la délimitation des régions inscrit 13 régions contre 22 actuellement, Rhône-Alpes va s'allier avec l'Auvergne, quelle conception avez-vous de cette union??

"L'union, c'est un processus que nous avons déjà engagé, dans le cadre de la loi qui devrait être définitivement votée avant les fêtes de Noël et promulguée, après avis du conseil constitutionnel en janvier.
Il ne s'agit pas d'une annexion, ni d'une absorption mais bien de la capacité de réunir deux régions pour être à la fois plus forts et pour rendre un meilleur service aux citoyens. Nous discutons d'égal à égal avec la région Auvergne depuis le mois de juin, avec René Souchon et avec les équipes d'Auvergne pour préparer les bonnes conditions de cette union Rhône-Alpes/Auvergne à l'horizon 2016."

Après Clermont-Ferrand en juin 2014, c'est à Lyon que vous avez animé avec René Souchon un comité de pilotage. Lors de cette réunion vous avez élaboré les dix premières mesures communes aux deux régions. Quelles sont les principales??

"Ce sont dix premières actions qui marquent nos convergences. Nos équipes administratives ont fait l'inventaire des deux politiques régionales. Les objectifs sont très proches. Si tout doit être prêt au 1er?janvier 2016, les convergences s'étaleront dans le temps et probablement sur un mandat. Pour prendre un exemple très simple, la carte M'RA n'a pas la même configuration en Auvergne. Il y a aussi des raisons techniques et pratiques : les Régions sont liées par contrat avec des prestataires, des fournisseurs.
Nous avons voulu distinguer dix actions emblématiques. Celle qui est importante, et je souhaite qu'elle soit mise en œuvre pour le service d'hiver 2015/2016, c'est une liaison ferroviaire directe Lyon/Clermont-Ferrand et Clermont/Lyon sans arrêt matin et soir. Par contre, elle ne devra pas se faire au détriment des dessertes en cours.
La deuxième mesure importante, cette fois-ci concernant la formation professionnelle et l'apprentissage, est la réciprocité sur les dispositifs pour les bénéficiaires des deux Régions. Souvent, chaque région réserve ses aides à ses ressortissants.
Par exemple les bourses Explo'RA sont réservées aux Rhônalpins. Après l'union des deux régions, un Auvergnat étudiant à la fac de Saint-Etienne ou de Lyon pourra en bénéficier. De même, dans le domaine de l'apprentissage, un Auvergnat aura la même bourse d'équipement professionnel et les mêmes aides s'il est admis dans un CFA de Rhône-Alpes.
Dernier exemple, j'ai lancé l'idée de la création d'une école de cancérologie Rhône-Alpes/Auvergne, c'est-à-dire que tous les doctorants pourront utiliser toutes les ressources des universités et des labos. Elle s'appuiera sur le cancéropôle RA/Auvergne.
Enfin, nous avons demandé à nos deux administrations, qui ont déjà fait un recensement de nos politiques régionales, de préparer un projet d'organisation administrative pour l'automne prochain."

"Enclencher un big bang territorial"

Montrer que vous n'allez pas attendre les élections pour bouger et avancer, est-ce une façon de prendre une longueur d'avance sur la Droite, en reprenant notamment des thématiques chères à Laurent Wauquiez ?

"A travers cette démarche de regroupement des régions, il y a la volonté d'enclencher un big bang territorial, en tout cas de créer un mouvement. La France n'est pas assez régionalisée et changer la carte ne suffit pas. Il y aura une deuxième loi, annoncée pour 2015, à propos des compétences, des responsabilités, des moyens de la Région. Je ne sais pas ce que donnera ce texte qui fait l'objet de nombreuses résistances départementales, communales. Mais avec René Souchon nous faisons ce pari de plaider pour la régionalisation, aujourd'hui au milieu du gué. On a franchi des étapes importantes, mais nous demeurons très loin des grands pays européens. On a parfois entendu dire que la nouvelle région était trop grande. Mais dans certaines institutions publiques ou dans certaines entreprises privées, Rhône-Alpes/Auvergne est déjà une réalité.
A Droite, le nouveau président de l'UMP veut revenir sur cette réforme s'il était élu une nouvelle fois en 2017. Et j'ai noté que l'un des candidats présumés à l'élection à la Région, Laurent Wauquiez, secrétaire général de l'UMP, a voté contre à l'Assemblée nationale. Je ne vois pas comment il peut être candidat alors qu'il est contre l'union en passe de se réaliser."

Quelle sera la place du Beaujolais dans cette grande région, comment les identités locales seront prises en compte ?

"Je n'ai jamais été pour la disparition des départements parce qu'ils sont utiles, notamment pour la gestion du social.
Le Beaujolais fait partie du nouveau Rhône. C'est un nouveau département avec lequel nous envisageons dès à présent des coopérations. Des discussions ont eu lieu avec Danielle Chuzeville, la présidente du Conseil général. Tout dépendra bien sûr des compétences respectives des uns et des autres.
Je pense qu'en matière économique la Région doit être véritablement chef de file. Dans le domaine des transports, nous travaillons en lien avec le département, je remarque que la coordination des lignes se passe plutôt bien. Côté culture, Danielle Chuzeville m'a présenté un projet portant sur un réseau de musées du textile qui impliquerait Amplepuis, Beaujeu, Tarare et qui pourrait bénéficier de l'aide de la Région. Voilà des exemples démontrant que nous allons travailler avec le nouveau Rhône.

"Le Beaujolais ne doit pas devenir la banlieue dortoir du Grand Lyon"

Avec le Beaujolais en tant que tel, il existe actuellement un contrat de développement qui court jusqu'en février 2017, porté par le Syndicat mixte. 132?communes sont concernées. Le Beaujolais a son identité, il a des atouts très forts. En même temps, il n'est pas isolé parce que, comme le dit l'INSEE, il est en interaction avec les territoires voisins, Lyon mais pas seulement.
Quand on parle du Beaujolais, on pense évidemment aux vins. Mais ce n'est pas exclusif. Il y a une dimension industrielle assez forte avec 41?% d'emplois industriels, une agriculture diversifiée, une capacité touristique importante. Le territoire est engagé dans la démarche vers la labellisation UNESCO "Géopark" que nous soutenons.
Le Beaujolais a des atouts et il ne doit pas devenir la banlieue dortoir du Grand Lyon ou un simple espace de loisirs, d'où l'intérêt de s'appuyer sur ses ressources économiques, ça c'est important."

Avec la nouvelle carte, il va falloir redistribuer les aides et les priorités. Avec des gagnants, des perdants ?

"La vraie question, c'est celle de la proximité. Une grande région qui va faire 71 000 km2 ne doit pas tout concentrer sur son siège à Lyon. C'est à nous d'inventer une grande administration moderne présente sur tous les territoires. Il sera ainsi logique qu'il existe un espace Rhône-Alpes dans le nouveau Rhône, probablement à Villefranche ou sur le bassin caladois. Les moyens numériques offrent aussi d'autres solutions.
Autre exemple, il n'existe pas d'enseignement supérieur, pas d'université dans ce nouveau Rhône. Mais pourquoi pas demain des formations de techniciens supérieurs, type IUT ?"

Vous êtes venu en Beaujolais récemment pour parler du PIDA (Programme intégré de développement agricole), est-ce encore trop tôt pour parler d'un futur PIDA??

"Un avenant a été signé jusqu'en 2015, soit 250 000 euros, il a été discuté avec les organisations professionnelles, il portera, comme vous l'avez relaté*, entre autres pour la promotion des vins beaujolais. Je constate qu'en dix années les mentalités et l'état d'esprit ont beaucoup évolué dans le Beaujolais, auparavant la profession était très divisée. Il y a vraiment maintenant une marque du territoire qui est portée par l'interprofession. Chaque fois que je me déplace à l'étranger, de la Nouvelle Zélande à l'Argentine, de la Suède jusqu'en Chine, il est universellement connu. Il faut s'appuyer sur cette marque.
Il y aura un nouveau PIDA, les discussions sont en cours en lien avec le FEADER (Fonds européen d'aménagement et de développement rural), même si le vignoble n'est pas éligible en tant que tel."

Un rapprochement entre les vignobles de la Bourgogne et du Beaujolais – donc sur deux régions - semble en marche. Vous y seriez favorable ou cela crée-t-il une complexité ?

"Non, pourquoi pas. En terme de production il y a une certaine logique à cela. En même temps, nous aimerions bien jouer la carte des vins de Rhône-Alpes. Le problème, c'est qu'à l'international il faut être visible. Comme la Bourgogne ou le Bordelais, le Beaujolais dispose d'une belle image de marque."

En matière de vie quotidienne et de transports en particulier, la ligne TER du Val de Saône est souvent l'objet de retards ou d'incidents. Comment améliorer encore le service ?

"C'est une ligne qui a un vrai succès. Les voyageurs sont exigeants. Nous faisons en permanence pression sur la SNCF pour que soient respectées la qualité du service et l'information des voyageurs. En parallèle, l'exploitation ferroviaire est par essence rigide et le moindre problème sur une ligne impacte le trafic général. Cette desserte TER faisait partie des douze "lignes malades" de France, mais la situation s'est arrangée. Le taux de ponctualité a progressé, de gros efforts ont été effectués pour moderniser les gares à Villefranche, Belleville, Anse, des solutions en matière de parkings ont été trouvées…"

Rhône-Alpes est aujourd'hui plus puissante que l'Auvergne, les Rhônalpins ne vont-ils pas payer pour les Auvergnats ?

"Non ce n'est pas le cas, ce n'est pas une question de puissance. Au niveau européen, Rhône-Alpes est, à 110, au dessus de la moyenne européenne établie à 100, l'Auvergne à 97 est légèrement en dessous. En phraséologie bruxelloise, Rhône-Alpes est en compétitivité. L'Auvergne est une région en transition. La plus grande entreprise de la future région sera Michelin. L'Auvergne est en avance sur Rhône-Alpes sur le numérique par exemple, sur l'agroalimentaire aussi. Elle n'est pas éloignée de Rhône-Alpes, ni géographiquement, ni en terme économique. L'Auvergne a un mouvement de population positif, il s'agit là d'un élément intéressant."

Propos recueillis par Laurence Chopart et Julien Verchère


* Voir notre édition du 11 décembre

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