AccueilACTUALITESEconomieGRDF Gleizé : le piquet de grève démonté par des dirigeants, des salariés "écoeurés"

GRDF Gleizé : le piquet de grève démonté par des dirigeants, des salariés "écoeurés"

Vendredi 25 novembre, Pierre Marzin, directeur sud-est de GRDF, est intervenu avec des huissiers sur le site de Gleizé de l'entreprise où un piquet de grève tient depuis quinze jours pour réclamer une hausse des salaires de 40 € bruts.
Le site de GRDF a été débloqué par ses dirigeants et un dépanneur.
© Simon ALVES - Le site de GRDF a été débloqué par ses dirigeants et un dépanneur.

ACTUALITESEconomie Publié le ,

"J'aurais honte, si j'étais vous, de votre façon de faire". Se faisant la porte-parole des salariés en grève, Laetitia Houssaye, représentante locale de la CGT, n'a pas mâché ses mots. Vendredi 25 novembre, le piquet de grève planté à l'entrée du site GRDF de Gleizé a reçu la visite de Pierre Marzin, directeur sud-est de GRDF, dans le courant de l'après-midi.

Un dirigeant venu avec deux huissiers de justice et un dépanneur pour tenter de déloger les techniciens contestataires. Depuis quinze jours, ces derniers bloquent une partie des véhicules d'intervention de l'entreprise. En cause, des revendications salariales inabouties selon la CGT.

Les salariés ont échangé avec les dirigeants sur le piquet de grève pendant le déblocage © Simon ALVES

À l'image des négociations des salariés d'Enedis, qui ont abouti à l'augmentation de deux échelons de la grille de salaires, les douze techniciens réclament également un équivalent de 40 € bruts en plus sur leur fiche de paie. La direction n'a accepté qu'un seul échelon. "Les trois autres organisations syndicales que sont la CFDT, la CFTC et Force ouvrière ont signé pour ça et seule la CGT a refusé, explique Laetitia Houssaye. Parce que pour nous, c'est négligeable quand on voit les milliards des entreprises du CAC 40 et qu'ils ne sont pas capable de lâcher 40 euros en plus."

Les astreintes pour urgences respectées par les salariés

La venue de Pierre Marzin représente de "petites menaces", selon la syndicaliste. "Ils sont déjà venus jeudi pour dire que les CRS allaient les déloger et, finalement, ils reviennent aujourd'hui avec deux huissiers au lieu d'un seul pour faire sortir les véhicules", poursuit-elle.

À l'intérieur des grilles, les camionnettes bleues siglées GRDF sont en effet clouées sur place par deux biais : le piquet de grève à l'entrée, fait de tonnelles et d'une remorque stationnée derrière la grille fermée et des pneus qui ont été volontairement dégonflés. D'où la venue d'un dépanneur.

Les pneus de plusieurs véhicules ont été dégonflés par les grévistes © Simon ALVES

Pour autant, plusieurs véhicules d'urgence ont été laissés à l'extérieur des grilles, garés le long des clôtures. "Il y a des astreintes et les urgences sont assurées, précise Laetitia Houssaye. En cas de fuite de gaz, ils feront leur travail. Mais pour les autres interventions, ça reste un mouvement de grève. Il faut que ça entrave le bon fonctionnement de l'entreprise si on veut se faire entendre."

Pour GRDF, un mouvement isolé

Interrogés, Pierre Marzin et les dirigeants de site n'ont pas souhaité répondre aux sollicitations du Patriote sur place. Les échanges avec les salariés grévistes ont néanmoins permis de saisir la teneur de la position de la direction.

"Le site de Gleizé s'inscrit dans un mouvement qui dure et il faudra qu'on en sorte, a déclaré l'un des dirigeants. À date, il n'y a que Gleizé sur notre secteur dans cette situation. Je demande à ce qu'on libère ce site. Le dépanneur va venir regonfler les pneus et on va déplacer ce qu'on doit déplacer."

Les dirigeants n'ont pas hésité à démonter la majeure partie des éléments du piquet de grève. La remorque a été bougée et une partie des pneus de véhicules auxquels la dépanneuse a pu accéder ont été regonflés. Laetitia Houssaye et certains soutiens n'ont pas hésité à déployer des chaises et à s'asseoir dessus pour empêcher l'entrée du véhicule de dépannage.

"Je suis écoeuré par la hiérarchie"

Les salariés, eux, ont continué à faire valoir leur positions. "La fracture entre la hiérarchie et les techniciens est là, a assuré l'un d'eux aux représentants. On est prêt à aller de l'avant si vous êtes prêts à le faire. Si aujourd'hui, on arrête le blocage, c'est que vous avez fait un pas vers nous."

Le contexte économique est également un argument qui revient dans la bouche des salariés. Les années 2021 et 2022 sont celles des records de profits dans le secteur de l'énergie. Engie, dont GRDF est une filiale, a présenté un bénéfice net de 3,7 Md€ l'an passé. "C'était le moment de faire un gros coup", a revendiqué un autre gréviste.

Épuisé et abattu par l'absence de réouverture des négociations, l'un des salariés n'a pu retenir ses larmes © Simon ALVES

Chez certains, la fatigue, après quinze jours de mobilisation, était perceptible. "Vous n'imaginez pas dans quel état d'épuisement on est, a ajouté un salarié. J'ai tellement honte d'en arriver là où on en est. Cela fait 30 ans que je m'investis pour l'astreinte et l'entreprise n'est même pas capable de faire un geste."

L'un des hommes finit même par s'effondrer en larmes, consolé par ses collègues. "Je suis écoeuré par la hiérarchie", a scandé l'un d'entre eux.

La journée s'est achevée par le départ de l'ensemble des grévistes et le déblocage du site. Les pneus ont été regonflés. D'après Laetitia Houssaye, contactée ce lundi 28 novembre au matin, la tendance était à l'arrêt maladie pour les salariés, éreintés par la mobilisation. Un retour sur site n'est donc pas à exclure prochainement.

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 26 janvier 2023

Journal du26 janvier 2023

Journal du 19 janvier 2023

Journal du19 janvier 2023

Journal du 12 janvier 2023

Journal du12 janvier 2023

Journal du 05 janvier 2023

Journal du05 janvier 2023

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?