AccueilACTUALITESViticultureGilles Paris : "Le Beaujolais doit changer d'époque !"

Gilles Paris : "Le Beaujolais doit changer d'époque !"

Le Patriote : "Comment avez-vous vécu cette élection en forme de duel pour la désignation du représentant de la viticulture à Inter Beaujolais ?" Gilles Paris : "Je ne prétends pas être le meilleur sur tous les dossiers, mais pour rassembler le vignoble, je pense que j'étais le candidat le plus apte à ce moment précis.

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Le Patriote : "Comment avez-vous vécu cette élection en forme de duel pour la désignation du représentant de la viticulture à Inter Beaujolais ?"

Gilles Paris : "Je ne prétends pas être le meilleur sur tous les dossiers, mais pour rassembler le vignoble, je pense que j'étais le candidat le plus apte à ce moment précis. Je suis président des crus mais cela ne m'empêche pas de connaître également très bien le milieu des caves coopératives. Je sais d'où je viens, ma famille est en appellation beaujolais-villages à Quincié-en-Beaujolais. Mais je veux qu'on arrête ce genre de polémiques. Ces histoires de personnes, ce sont des combats d'arrière-garde. Il faut qu'on travaille pour l'avenir et que tout le monde y mette du sien".

Justement, avec la faible récolte de 2012, les prix de vente sont à la hausse. La tendance pourra-t-elle se maintenir les années suivantes ?

"La revalorisation des prix ne doit pas concerner que le millésime 2012. Nous pouvons prétendre à des prix plus rémunérateurs qu'auparavant via la vente au négoce. Pour moi, les crus du Beaujolais ne doivent pas être cédés à moins de 300 euros l'hectolitre en vente négoce. Mais attention, cela peut être acceptable et accepté uniquement si les prix augmentent en parallèle en vente directe."

Il faut donc augmenter les prix de vente au caveau…

"Tout à fait, nous devons être capables de vendre des bouteilles au particulier autour de 10 euros. On a gagné le combat de la qualité, il faut désormais remporter celui de l'image. Si l'image du vigneron est belle, les gens sont prêts à mettre le prix. D'ailleurs, au plan mondial, on constate que les vins à plus de 10 dollars s'en sortent très bien, quand c'est beaucoup plus compliqué pour les autres."

Quelles sont les actions à développer pour y parvenir ?

"Les chantiers ne manquent pas. Nous devons continuer à travailler sur l'image de vins de terroirs. Les dernières études de consommation démontrent une forte demande sur ce segment. Je pense que nous devons continuer à mettre en avant les talents d'aujourd'hui, notamment tous ces jeunes vignerons qui représentent une relève très douée. Nous pourrons également nous appuyer sur la caractérisation des terroirs, dossier qui va aboutir en 2014 et qu'il faudra valoriser. D'une façon générale, il faut que le Beaujolais fasse envie !"

A ce sujet, le dossier des beaujolais et beaujolais-villages de garde semble toujours poser un réel problème ?

"Nous devons avoir le même discours pour ces vins de garde que pour les crus et envisager une revalorisation des prix. 250?euros l'hectolitre en vente au négoce ne me paraît pas impossible. Le problème actuel, c'est que les marchés sont trop peu dynamiques pour les beaujolais et beaujolais-villages de garde. Il faut absolument travailler le lien avec les négociants par exemple pour commercialiser des vins sous la dénomination coteaux bourguignons. Certaines maisons de négoce en proposent au Japon. Cela pourrait enlever des volumes en beaujolais et beaujolais-villages de garde sans casser l'aval."

Quel calendrier fixez-vous pour l'aboutissement de cette stratégie de revalorisation des prix de vente des vins du Beaujolais ?

"Nous avons trois ans pour franchir le cap. De toute façon, on ne peut plus baisser les rendements, ni arracher encore des vignes. Il est essentiel de conserver l'outil de production."

On peut en quelque sorte parler de révolution "culturelle" pour le vignoble ?

"Il faut bien que les vignerons du Beaujolais se mettent dans la tête que rien ne sera plus jamais comme avant. Avoir vendu tout son vin et être payé en retour à la mi-décembre c'est terminé. C'est une époque révolue, il faut passer à autre chose. Je crois au Beaujolais, mais certainement pas sur l'ancien modèle. Il est indispensable que les mentalités évoluent."

Propos recueillis par Julien Verchère

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