AccueilSPORTSFootballFootball Goal FC/Enzo Reale : "Je n'ai aucun regret"

Football Goal FC/Enzo Reale : "Je n'ai aucun regret"

Revenu dans la région lyonnaise cet été, le milieu offensif à la trajectoire si particulière, formé à l'OL, évoque son parcours aux quatre coins du pays et la sérénité rencontrée au Goal FC auprès d'un coach, Fabien Pujo au jeu si ambitieux.
Le numéro 7 du Goal FC est épanoui au milieu d'un effectif qui a trouvé sa vitesse de croisière en N2.
FRANCK CHAPOLARD - Le numéro 7 du Goal FC est épanoui au milieu d'un effectif qui a trouvé sa vitesse de croisière en N2.

SPORTSFootball Publié le , RALPH NEPLAZ

Rien n'est écrit à l'avance. A 31 ans, Enzo Reale, le milieu si offensif du Goal FC cette saison, le sait certainement mieux que personne dans le vestiaire chasselois. Une carrière à mille tournants. Des espoirs, des entraineurs (Gourcuff, Génésio, Diacre, Chabert, Mokeddem…) des grandes joies (ce titre de champion d'Europe U19 en 2010 avec la génération 1991 Lacazette-Griezmann) aux plus grandes remises en question, et aujourd'hui encore, ce qui reste debout c'est l'amour du jeu, en National 2, auprès d'un entraîneur, Fabien Pujo, qui ne le bride pas quand bien avant lui, d'autres ne lui ont pas forcément donné cette envie-là. De ses années de formations à l'OL où il ne parviendra pas à ouvrir durablement la porte du groupe pro, à ses courtes expériences en Ligue 1 (Lorient), Ligue 2 (Clermont, Arles-Avignon…), le natif de Vénissieux n'a gardé aucune rancœur parce que ces épreuves auront forgé son caractère et dessiné peut-être le désir d'entraîner, plus tard. Joueur, sa dernière parenthèse en Espagne (Manchego Ciudad Real) ultime expérience à l'étranger derrière lui, il a signé au Goal FC cet été, avec la conviction d'avoir encore quelques belles années à donner sur le terrain, en N2, et peut-être plus haut, en National, un échelon déjà arpenté sous d'autres couleurs (Lyon-Duchère, Cholet, Béziers), pour mieux y revenir au printemps prochain ? Il n'est pas seul, au Goal FC, à avoir cela en tête… Mais il reste unique dans sa manière d'ouvrir la page de son parcours, avec la sincérité de ceux qui savent que rien n'était écrit à l'avance. Enzo Reale dans le texte avant la venue de Moulins-Yzeure, ce samedi à Chasselay (17h).

Vous étiez la saison dernière en D4 espagnole au CD Manchego, comment vous vous êtes retrouvés dans ce championnat ?

"Je n'avais jamais connu d'expérience à l'étranger depuis le début de ma carrière et ça me tentait vraiment. J'y ai passé une belle saison, ils auraient voulu que je reste plus longtemps mais je devais rentrer en France, par rapport à mes filles qui vivent ici, c'était un choix familial."

Vous avez retenu quoi de cette expérience ?

"C'est un autre monde dans bien des domaines : la qualité des joueurs, le pays, la vie en Espagne, tout est différent. Dans le jeu, il y avait beaucoup d'intensité même si les joueurs étaient moins physiques qu'ici, ils compensaient avec plus de qualité technique. Je ne garde que du bon de cette expérience en Espagne."

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

"Mon regard ? Je dirais qu'il est un peu mitigé. Par contre, je me suis toujours fait plaisir. C'est le plus important. Je n'ai aucun regret. J'estime avoir tout donné."

"Quand t'es formé à l'OL tu as toutes les bases pour ne jamais être dépassé, quel que soit l'endroit où tu atterris"

Quand vous débutez à l'OL en 2011 lors de votre unique match en professionnel contre Auxerre et que des années après vous n'avez pas réussi à vous imposer dans votre club formateur, vous vous dites que ça s'est joué sur quoi ?

"Sur la chance. Pour moi c'est 80% d'une trajectoire de carrière. Il faut tomber sur un entraîneur qui vous fait confiance, ça reste compliqué. Il y a tellement d'intermédiaires dans le football qui est devenu un vrai bizness que tu es rarement maître de ton destin. Le fait d'être bon ou moins bon ne change pas grand-chose au final."

De vos années de formations, qu'avez-vous retenu qui vous sert encore aujourd'hui dans le jeu ?

"Tout ! Quand t'es formé à l'OL tu as toutes les bases pour ne jamais être dépassé, quel que soit l'endroit où tu atterris."

De ces années-là, l'OL vous a donné les bases pour être un homme ou simplement un joueur de football ?

"Ils t'apprennent les fondamentaux pour être un très bon footballeur professionnel. C'est ce que j'ai appris là-bas et ça m'a toujours aidé sur un terrain."

Quels sont les hommes qui ont compté dans ce parcours à l'OL ?

"Il y a eu Cyrille Dolce à 12 ans, Armand Garrido à 18 ans, Robert Valette quand tu deviens un homme. Ensuite, j'ai connu Bruno Génésio mais il n'a pas énormément compté sinon ma carrière aurait été tout autre, je pense. Quoi qu'il en soit, il y a eu des paliers à franchir dont le plus gros s'est situé à 16 ans où l'on te demande de devenir un homme. "

"A 21 ans, à Lorient, je pensais que seul le terrain suffirait pour s'imposer mais ce n'était pas le cas"

Se faire une place, ensuite, chez les pros, vous avez vécu ce palier de quelle manière ?

"Avec la pression. L'obligation de résultats était toujours là. Il n'y avait que la gagne qui comptait. Et qui dit "gagne" dit forcément beaucoup de tempérament. C'est quelque-chose que j'ai aimé. Quand je suis arrivé à Lorient (2012), il n'y avait pas forcément tout ça, je ne m'y retrouvais pas même si le jeu prôné là-bas était vraiment riche. Quand on perdait, c'était limite la même chose que quand on gagnait et ça ne m'allait pas vraiment."

Qu'est-ce que vous avez appris à Lorient avec Christian Gourcuff comme entraîneur ?

"C'est un sacré tacticien ! Son 4-4-2 ne bougeait jamais ! Avec lui, c'est tout par le jeu. Humainement, ce n'était pas top avec lui mais ses séances quotidiennes, c'était vraiment rodé."

Qu'est-ce qui fait qu'un joueur dure en Ligue 1 ?

"Il faut savoir bien se placer, faire du copinage, être un peu vicieux, chez les professionnels, le terrain ne suffit plus. Quand je suis arrivé à Lorient, j'étais sûr de moi. Tout ce que je faisais à l'entraînement était propre mais il manquait ce petit côté en dehors du terrain, parler plus au coach, au président. C'était ce que je n'avais pas dans mes bagages. A 21 ans, je pensais que seul le terrain suffirait pour s'imposer mais ce n'était pas le cas."

"La génération 1991 ? Je me dis que c'est dommage de ne pas avoir connu une autre trajectoire…"

Votre génération de 1991 avait quand même du tempérament quand on voit les carrières des Lacazette ou Griezmann. Avec du recul vous vous dites quoi sur votre parcours ?

"Je me dit que j'avais rien à envier à ces joueurs et que c'est dommage de ne pas avoir connu une autre trajectoire."

Vous avez connu un bon paquet de clubs, après l'OL (Boulogne, Lorient, Arles-Avignon, Clermont…).

"Quand Lorient m'as mis à la cave du jour au lendemain (2014-2015) j'avais un accord avec Angers qui devait vendre Sofiane Boufal et m'enrôler par la suite, sauf qu'après sa vente (au LOSC), Lorient n'a pas voulu que j'y aille. Je me suis retrouvé en prêt à Arles-Avignon, au dernier moment, en Ligue 2, un choix par dépit. J'y suis resté six mois."

Ensuite vous avez rejoint Corinne Diacre à Clermont (2015-2016, en Ligue 2). Ce n'était pas le meilleur endroit pour se relancer…

"On va dire que par moments je ne suis pas tombé sur les meilleurs entraineurs… A Clermont, on avait vraiment vécu une belle saison. On avait même frôlé la montée. Mais au bout d'un an, ce n'était plus possible avec Corinne Diacre comme coach, j'ai résilié mon contrat. Elle en a détruit pas mal de joueurs…"

Jamais vous vous dites que le foot c'est terminé, à ce moment de votre carrière ?

"Jamais ! J'aime tellement le foot ! Alors que ce soit en L1, L2, National ou N2, pour moi c'est pareil. C'est l'amour du jeu qui me guide. C'est pour ça que je continue, sinon j'aurais stoppé depuis longtemps."

"Karim Mokeddemest un coach passionné. Je le connais depuis les Minguettes. Humainement, il est vraiment très fort. A La Duchère avec lui, j'ai pris beaucoup de plaisir sur le terrain"

Finalement, la saison de la relance véritable pour vous se situe à Lyon-Duchère en 2017-2018 avec Karim Mokeddem comme entraîneur…

"J'avais arrêté pendant un an, je devais reprendre avec un groupe, ma famille était là. J'ai signé et on avait fait une très belle saison avec Karim (Mokeddem) en ayant beaucoup de plaisir toute la saison."

Karim Mokeddem est un entraîneur très apprécié par les joueurs. Il a quoi de plus que ses collègues de National ?

"C'est un passionné. Je le connais depuis les Minguettes. Humainement, il est vraiment très fort. Il sait garder un groupe bien concerné, ceux qui jouent et ceux qui jouent moins. Il est attachant."

C'est le profil d'entraîneur que l'on ne retrouve plus dans le foot ?

"En amateur, on peut encore en trouver mais chez les professionnels les entraîneurs jouent trop gros. Les mauvais résultats les mettent directement en danger, souvent. Ils n'ont pas le temps de faire du social. Tu perds deux matches, tu prends la porte. La pression est sur eux, en permanence. C'est dommage parce qu'un projet a besoin de temps, deux ou trois saisons."

Question projet à court terme, votre passage à Cholet (2018-2019) n'a pas duré longtemps…

"C'est justement pour ça que j'y avais signé, pour voir si le projet tenait la route. Mais au bout d'un an, ça changeait d'entraîneur au bout de six mois, j'ai pris mes bagages, ça ne me correspondait pas."

Et à Béziers (2019-2022), où vous avez connu Mathieu Chabert comme coach, comment ça s'est passé ?

"J'ai bien connu ce coach. Il a eu beaucoup de chance mais il ne m'a rien appris. Par contre, j'ai rencontré de belles personnes là-bas, dans un club familial avec un super président (Gérard Rocquet) qui, malheureusement n'était pas bien accompagné, ce qui a provoqué la chute du club d'années en années."

Mais si l'on cumule toutes expériences qui se finissement pas forcément bien, vous ne dégagez aucune amertume de ces années, en pros, en National ou N2…

"Ce regard amer, si je devais l'avoir avec tous les entraîneurs croisés, je me dis qu'après ça, je pourrais faire une carrière d'entraîneur (rires) ! Le côté humain, je l'aurais, c'est là où tu peux tirer le meilleur des joueurs. C'est vraiment un truc qui m'intéresse."

"Dans cette poule de N2, être là en mars, c'est ce qui sera le plus important"

Ce côté humain a fait pencher la balance cet été du côté du Goal FC ?

"C'est exactement ça. J'ai rencontré le coach, Fabien Pujo et son adjoint Samir Chaibeddra que j'avais connu à La Duchère. Ils ont eu les mots que j'attendais. Tout était réuni pour que je m'engage avec eux."

Avec quand même l'ambition de retrouver le National en cas de montée ?

"Je suis obstiné par la montée. Je ne vois rien d'autres avec l'effectif que l'on a".

Votre coach temporise beaucoup sur ce sujet en disant qu'être premier aujourd'hui, ce n'est pas vraiment ce qui est prévu…

"Il est plus sur la réserve. Il sait qu'il y a beaucoup de nouveaux et que l'on va traverser beaucoup de moments difficiles. Notre terrain n'est pas tous les jours facile. Mais il aimerait monter. Il connait très bien ce niveau. La constance, être là en mars, c'est le plus important. C'est ce qu'il nous dit au quotidien."

Ce qu'a connu le club, l'an dernier, être en tête avec une bonne marge et s'écrouler à la fin, vous avez eu vent de ce qui s'est passé vraiment ?

"J'ai bien suivi ça, en effet. Il y a un peu d'instabilité au niveau du staff et tout a déraillé sur la fin."

"Il y a une super ambiance, ici. Tout le monde bosse ensemble. C'est vraiment plaisant"


Il reste trois matches – Moulins-Yzeure, Bourges, Vierzon - qui ressemblent à des pièges d'ici la trêve. Comment les aborder ?

"Ce sont de vrais pièges. Les terrains deviennent difficiles. A Bourges, mercredi prochain après la réception de Moulins, on sera très attendus. Il va falloir faire avec. On veut rester devant le plus longtemps possible."

La poule centre-ouest est considérée comme moins tendue que celle du sud. C'est aussi votre point de vue ?

"C'est vrai qu'il y a moins de matches avec de la tension mais plus d'équipes avec un projet de jeu. C'est une poule plus joueuse. A Bergerac (0-0), je me disais qu'en y allant on ferait notre match et on partirait ensuite sans rien d'autres à gérer autour, une embrouille, un carton rouge… Dans cette poule on se concentre que sur le match et ça me va parfaitement."

Avec Raspentino, vous êtes deux anciens pros dans le vestiaire du Goal FC. Quel est votre rôle dans un tel effectif ?

"Notre rôle est de concerner tout le monde et limiter les baisses régimes en aidant les autres. Ne jamais se satisfaire de ce que l'on a. Mais on n'est pas les seuls à être dans cette direction. Antoine Philippon, Loïc Dufau savent aussi mettre le cadre. Il y a une super ambiance. Tout le monde bosse ensemble. C'est vraiment plaisant."

"Notre coach, Fabien Pujo est persuadé que l'on s'en sortira par le jeu"

Dans un milieu souvent à trois, votre coach vous laisse beaucoup de liberté…

"C'est le cas. Il me fait confiance. J'apprécie de pouvoir donner le tempo à mon équipe. Je n'ai pas souvent eu la confiance des coaches. Avec lui, j'essaie de lui rendre, au mieux. Il y a longtemps que l'on ne m'avait pas demandé de jouer autant au ballon. On voit clairement la patte du coach, partout où il est passé. En peu de temps, ça fonctionne."

De l'extérieur on le perçoit comme quelqu'un de pédagogue et méthodique mais à l'intérieur, Fabien Pujo, ça donne quoi ?

"C'est exactement ça. Il est pédagogue et fin tacticien. Il est persuadé que l'on s'en sortira par le jeu parce que si tu fais plus de places que l'adversaire tu auras plus de chance de passer que l'inverse. Avec lui, plus tu vas presser haut, plus tu vas enclencher le contre-pressing plus efficacement. Je suis content d'avoir un coach pareil, aujourd'hui."

Cette envie d'être dans la possession montre ses limites aujourd'hui. Vous comprenez les équipes qui choisissent les blocs bas pour opérer en transition ?

"Il ne faut pas oublier la pression que vivent les entraîneurs et le fait qu'ils n'osent pas lâcher les chevaux. Bon, il y en aussi qui sont limités… Ils misent sur le fait qu'en ne prenant pas de buts ils auront plus de chances de l'emporter. C'est une méthode que je n'aime pas forcément mais qui peut marcher. Dans ma carrière, jamais un coach ne m'a obligé à balancer le ballon comme un dingue et 'attendre ensuite pour voir ce qui se passe derrière. Au Goal FC, on est conscient de notre chance. "

Propos recueillis par Ralph NEPLAZ

Correspondant local de presse.

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