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Football FCVB/Un dimanche avec… Malcom Bokele

Artisan de la formidable fin de saison du FCVB, le défenseur central prêté par Bordeaux qui s'apprête à vivre sereinement les barrages d'accession à la Ligue 2 face à QRM, révèle une trajectoire sans répits, où le meilleur d'une carrière reste à venir.
Football FCVB/Un dimanche avec… Malcom Bokele
FRANCK CHAPOLARD

SPORTSFCVB Publié le , RALPH NEPLAZ

Au début, on s'est demandé, fin janvier, quand Villefranche ne parvenait plus à avancer, collectionnant défaite sur défaite, ce qu'un jeune défenseur, Malcom Bokele, à 22 ans, venait faire dans un club de National, alors qu'il était encore sous contrat jusqu'en 2024 avec les Girondins de Bordeaux et leur arrière-garde si poreuse en Ligue 1.

Et très vite on a compris que les six mois qui se présenteraient à lui, dans le Beaujolais, seraient tout autre chose que le simple fait de gagner du temps de jeu, dans la troisième division du foot français : une expérience qui fait grandir à vitesse réelle, avec des enjeux à hauteur de ses ambitions. Fort dans le combat, sûr dans la relance, capable de gagner des mètres balle au pied, Malcom Bokele, a été un des artisans de la belle fin de saison caladoise en championnat qui se poursuit dès ce mardi à Armand-Chouffet en deux rounds pour monter en Ligue 2, contre Quevilly-Rouen-Métropole.

Et pour en arriver là, le défenseur central, franco-camerounais, dont le petit frère, Morgan (U19), ailier ou attaquant à Metz finira bien par accéder à la lumière, n'a jamais tergiversé en chemin, relevant tous les défis qui se sont présentés à lui depuis ses débuts dans le 8ème arrondissement lyonnais, la famille pas loin, parce qu'ensemble, c'est tout. Et c'est cette trajectoire qu'il raconte ici. Enthousiasme gardé. Ambition plus affirmée.

En arrivant fin janvier à Villefranche, vous vous attendiez à vivre de telles émotions, en National un championnat que vous découvriez ?

"Je savais que Villefranche était une équipe de qualité qui pouvait jouer au moins les trois premières places mais honnêtement, quand je suis arrivé, c'était dur de se positionner sur ce qui pouvait nous arriver. Il restait tellement de journées… Au fil des mois, il y a vraiment eu quelque chose à jouer, on a eu ce sentiment-là."

Vous êtes Lyonnais, de retour dans la région. On a souvent aperçu votre père au cours de vos premiers matches à Armand-Chouffet…

"Mon père vient à tous les matches ! (rires). Que ce soit à l'extérieur, à domicile. "

C'est une pression ou c'est un plus pour vous sur le terrain ?

"Je ne ressens pas trop la pression. C'est plus un soutien mais parfois il me met aussi des petits coup de pression quand je suis sur le terrain."

Les débriefings avec lui, ça ressemble à quoi ?

"C'est toujours honnête. Il me dit ce qu'il a pensé du match. On arrive à bien dialoguer."

"Au fil des mois, dans cette équipe, on s'est dit qu'il y aurait quelque chose à jouer… "

L'ouverture au foot, gone, ça commence comment à Lyon ?

"Je suis effectivement de Lyon (8e arrondissement). Mon inscription au foot, à 9 ans, est liée à celle de mon petit frère (Morgan) qui était âgé de 5 ans à l'époque. Il taquinait vraiment bien la balle pour un petit… Mon père a voulu l'inscrire au foot et je l'accompagnais. C'est comme ça que l'histoire a commencé à l'AS Bellecour-Perrache. A cet âge-là, j'allais plus au foot pour m'amuser avec les potes. Personne ne pense à être pro quand on est enfant. Celui qui me dit le contraire, j'aurais toujours du mal à le croire…"

Morgan, votre petit frère était plus fort que vous (rires) ?

"Oui ! (rires). Même aujourd'hui, pour moi c'est le plus fort. "

Le foot, ça reste un jeu jusqu'à quel âge pour vous ?

"J'ai commencé à prendre le foot au sérieux quand j'ai signé à Bourg-en-Bresse en U17. Avant, j'étais au FC Lyon en U15-U16. On a vécu de belles années. J'étais avec mes potes. Tu penses, à certains moments, entrer dans un club pro si une chance se présente mais tu te dis aussi que si ça n'arrive pas, ce n'est pas si grave."

"Dans mon parcours, quand je sens un truc, j'avance"

Il y a cette légèreté à ce âge tout en espérant gratter un petit quelque-chose si ça se présente dans un club pro. C'est ça l'idée ?

"C'est ça l'idée."

Pourquoi choisir d'aller à Bourg en U17 ?

"J'étais en U16 et je sortais d'une belle saison au FC Lyon avec des sollicitations pour faire des tests. J'avais reçu deux propositions concrètes, Ajaccio et Bourg. Avec ma famille, on a pensé que la proximité de Bourg rendrait les choses plus simples. J'ai signé chez eux. Je venais de faire une montée en U17 Nationaux avec le FC Lyon et à Bourg, j'allais jouer en DH."

C'était le meilleur choix ?

"Je discute beaucoup avec ma maman et mon petit-frère. Et quand je sens un truc, j'avance. Personne ne comprenait ce choix : le FC Lyon était en 17 National, mais je voyais plus loin. La finalité était de jouer en Ligue 2 à Bourg et non en R1 ou R2 au FC Lyon. Aujourd'hui, je suis bien content d'avoir fait ce choix."

"A Bordeaux, quel que soit le coach, j'étais apprécié. Seulement, il fallait que j'aille en National pour ne plus être perçu comme un jeune. "

La progression à Bourg se vit comment ?

"J'y suis resté trois ans, des U19 à la N3, sans faire des séances avec le groupe professionnel, d'abord. C'était Hervé Della Maggiore le coach. J'ai passé un cap lors de ma dernière année là-bas. Le club était descendu en National. Je m'entraînais très régulièrement avec le groupe de National tout en étant capitaine de la réserve alors que j'étais encore U19 avec un beau parcours en Gambardella (NDRL : sortie en mars 2018 en huitième de finale face à Brest, 0-0, 6 tab à 7)."

L'arrivée à Metz, après Bourg, se fait comment ?

"Je voulais rester à Bourg, dans ma progression, cela pouvait me servir. Mais le club ne m'a pas proposé ce que j'espérais. J'ai signé un an stagiaire au FC Metz. Au bout de deux mois, je m'entraînais avec les pros. Je jouais en amical. Tout se passait bien. Mais ensuite, peut-être parce que j'étais moins performant, je suis descendu en réserve. Il y a eu le Covid. Ils ne m'ont pas conservé."

L'opportunité de Bordeaux, ça peut surprendre après ça…

"Je venais de faire des essais en Angleterre et un agent me dit que Bordeaux cherchait un défenseur pour son équipe réserve. J'y dit OK. C'est allé super vite là-bas. En quelques mois j'ai intégré l'entraînement du groupe pro. A ce moment-là, Jean-Louis Grasset et Ghislain Printant sont entraîneurs. Je m'entraîne avec les pros mais mon vestiaire reste celui de la réserve. Et même si la situation de l'équipe n'est pas top, tu fais ce que tu aimes, tu t'entraînes, tu apprends beaucoup."

Vous avez prolongé jusqu'en 2024 avec Bordeaux cet hiver avant d'être prêté au FCVB. Le manque de temps de jeu aux Girondins est-ce une frustration ?

"Je ne vois pas ça comme une frustration parce qu'à Bordeaux quel que soit le coach, j'étais apprécié. Seulement, il fallait que j'aille en National pour ne plus être perçu comme un "jeune". Le coach Petkovic aurait pu me faire jouer quelques matches mais il était peut-être un peu réticent par rapport à la situation du club en Ligue 1. J'ai vraiment tenu à signer en National pour ensuite revenir à Bordeaux sans être perçu comme un jeune."

"Jimmy Nirlo, c'est comme un grand-frère pour moi"

Pourquoi choisir Villefranche, cet hiver ?

"Le coach (Hervé Della Maggiore) avait déjà pris la température en octobre. J'échangeais beaucoup avec Jimmy Nirlo à ce moment-là. C'est un grand-frère que j'ai connu à Bourg. Il voulait que je le rejoigne à Villefranche. Il me disait que je m'adapterais vite ici. Il ne s'est pas trompé !"

Vous rejoignez le FCVB fin janvier, quand le club est sur une série trois défaite, à la quatrième place du National. Ce n'est pas le meilleur moment pour débuter…

"Quand tu arrives dans un groupe qui reste sur trois défaites et que tu joues lors d'une quatrième défaite (NDRL : 2-0 à Concarneau, le 7 février), c'est un peu compliqué comme début. Mais dans ce groupe, franchement, il n'y a que de bonnes personnes. Je sentais que nous allions relever la tête. J'ai pas les mots pour décrire cela : l'environnement, le groupe… On est dans quelque-chose de sain. Je me suis dit qu'avec des joueurs de cette qualité, dans ce contexte, on ne pouvait pas perdre des matches dans la durée."

Au niveau des structures d'entraînement, vous êtes quand même tombé de haut par rapport au Haillan…

"Franchement oui, je vais être sincère ! (rires). Quand j'ai vu les installations à Villefranche, je me suis demandé où j'étais arrivé ! Mais je m'adapte très vite. Que ce soit pour moi ou Flo (Da Silva), quand tu découvres ces installations, par rapport à ce que nous avons connu à Bordeaux ou Lyon, ça forge le caractère. Il ne faut pas se mentir. On est là pour acquérir du métier avec des mecs plus âgés que nous qui bossent malgré le manque de moyens. Leur investissement reste incroyable au quotidien."

"Le jour où j'ai signé au FCVB, le coach m'a dit que Flo (Da Silva) viendrait aussi. On est complices. On se connait depuis tout petit…"

La complicité avec Florent Da Silva, c'est l'origine lyonnaise qui prime ?

"On se connait depuis tout petit. Il a joué avec mon petit frère. Le jour où j'ai signé, le coach m'a dit que Flo aussi avait dit OK. C'était parfait, on est complices. C'est mon frérot. Je ne pouvais pas espérer mieux."

En signant à Villefranche, tous les deux, à ce moment-là, vous vous dites quoi ? Qu'il va falloir se faire sa place dans un groupe d'anciens et que ce ne sera pas si facile pour vous ?

"J'avais peur que ce soit comme ça mais on est arrivés dans un environnement sain où même si tu joues au même poste qu'un autre plus âgé, il va t'encourager. C'est très rare de vivre ça dans un vestiaire, autant de complicité entre joueurs, sans mauvaises pensées, c'est beau."

Comment la bascule, après la série de quatre défaites en janvier-février, se met en place ?

"Le coach a pris la parole dans le vestiaire, sans se voiler la face sur nos résultats, parce que si nous restions sur quatre défaites c'est qu'il y avait quelque-chose qui n'allait pas. Les anciens ont parlé. Les jeunes aussi avaient droit à la parole. Tout le monde a échangé. On est allé chercher une première victoire en 2022 (0-2, le 18 février à Chambly). On s'est concentrés sur notre jeu, puis tout s'est enchainés."

Sur quel match, les choses ont-elles véritablement changées ?

"Le match où j'ai senti que plus rien ne pouvait nous arriver, c'est après notre remontée à Cholet (3-2, le 1er avril). On perdait 2-0, contre une équipe peu dangereuse. Rémi (Sergio) nous met un doublé, Bonenfant marque. On s'arrache tous. Le déclic est arrivé au bout de ce match."

"En jouant à trois ici, derrière, j'ai beaucoup appris dans ce domaine"

La deuxième place qu'obtiendra Annecy, y avez-vous songé un instant dans les derniers matches ?

"On pouvait y penser. Mais comme le coach l'a dit, accrocher la troisième place c'est très bien aussi. Il y a deux mois, tout le monde pensait qu'on finirait 5ème ou 6ème."

Face à Bourg, lors de la dernière journée (4-1), dans le derby, à Armand-Chouffet, on vous a vu dès le premier ballon montrer à l'attaquant adverse, Garita, que vous étiez bien là, dans le combat. Avant ce match, qu'est-ce qui vous animait ?

"A titre personnel, jouer contre Bourg, je n'étais pas dans un esprit de revanche face à mon ancien club. On a abordé ce match comme un autre, avec la volonté de bien finir devant notre public. On l'a bien fait !"

Dans l'engagement, cette saison, vous pensez avoir progressé, avec plus de maîtrise ?

"Je joue à un poste, en défense centrale, où il faut mettre de l'impact. J'ai progressé, je pense, dans la gestion, sur "savoir quand sortir", sur l'aspect technique aussi. Je n'avais pas si souvent joué dans une défense à trois. J'ai beaucoup appris. Ce n'est pas les mêmes angles de passes, la même vision du jeu que quand tu joues à quatre. Le coach m'a beaucoup fait progressé dans ce domaine."

Justement, Hervé Della Maggiore, votre entraîneur à Villefranche, vous aura apporté quoi cette saison ?

"Tactiquement, il m'a beaucoup apporté. Il met en place des choses qui nous permettent de vite nous adapter. Dans le changement de système, c'est fort !"

On le voit rarement hausser le ton sur le banc de touche…

"J'en sais rien ! La seule fois où je vais vers le banc de touche pendant un match c'est pour boire de l'eau ! (rires)"

"On abodera ces barrages sereinement. On mérite d'être là !"

Evoluer aux côtés de Nirlo (33 ans), Sergio (34 ans), Bouet (38 ans), Bonenfant (33 ans), Flegeau (36 ans), ça fait grandir plus vite dans le jeu ?

"A tous les niveaux. Dans mon secteur, celui qui est plus proche de moi, c'est Jim (Nirlo). Il me parle sans cesse. C'est super de jouer avec tous ces mecs. Jim par exemple, il connait très bien le National et ses joueurs. Il me donne des indications sur les attaquants adverses. Sa connaissance du championnat m'aura beaucoup aidé."

Avant les matches, vous ne vous prenez pas la tête sur le profil de l'attaquant qui sera face à vous ?

"Pas vraiment non ! (rires). Il y a des équipes où je ne connaissais aucun joueur en face, ça reste du foot, un match à jouer."

L'ambition, après les barrages avec Villefranche, ça reste toujours de retourner à Bordeaux, même en Ligue 2 ?

"Je suis toujours sous contrat avec eux. A la reprise je vais reprendre avec Bordeaux et voir comment ça se passe."

Ces confrontations en barrages, contre Quevilly-Rouen, avec le poids du but à l'extérieur, c'est un paramètres à prendre en compte dans le calcul ou il faut tout envoyer d'entrée ?

"C'est automatique quand on doit attendre le deuxième match pour savoir qui va monter, de prendre en compte le but à l'extérieur. Dans notre tête, on reste dans notre bulle pour aborder ces barrages sereinement. On mérite d'être là. On va, j'espère monter en Ligue 2, pour faire plaisir à tout le peuple Caladois."

"Le plus important, c'est de toujours bien défendre, quel que soit le nom en face"

L'engouement des derniers matches, celle à venir ce mardi, ce sont des surprises ?

"Pas vraiment. Il y a de l'enjeu. Les gens sont derrière nous. Ce qui m'a vraiment surpris, par contre, c'est tous nos supporters présents à Sète lors de notre dernier déplacement (1-0). Ils nous ont vraiment fait du bien, dans un match dur. Les entendre, c'était un plus. Jouer avec le bruit de nos supporters, ça met vraiment la chauffe."

Si mardi, vous croisez l'attaquant Duckens Nazon dans votre secteur, vous vous préparé au même combat que face à Garita, dernièrement à Chouffet ?

"Je ne me focalise jamais sur un attaquant. Le plus important, c'est de toujours bien défendre, quel que soit le nom en face."

Ces dernières années, c'est souvent le club de National qui trébuche dans ces barrages. La défaite face à Niort, la saison passée, vos coéquipiers vous en parle encore ou ils ont switché depuis ?

"Ils ont switché depuis cette défaite. Si tu continues d'en parler encore, tu ne peux pas aborder les barrages sereinement. Ils ont vraiment tourné la page de Niort."

Sur la page nouvelle à écrire cette semaine, vous voulez poser votre signature…

"J'espère bien!"

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