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Football FCVB/Hervé Della Maggiore : "il peut tout se passer dans ce championnat"

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Football FCVB/Hervé Della Maggiore : "il peut tout se passer dans ce championnat"
FRANCK CHAPOLARD - Désormais à la barre du navire caladois en National, Della Maggiore savoure son retour sur un banc depuis deux mois, après avoir digéré la fin de son aventure précédente à Ajaccio.

Alors que la rencontre FCVB-Créteil a été reporté à mercredi prochain, l'entraîneur caladois a pris le temps de revenir sur son arrivée cet hiver dans le Beaujolais et rappelé les enjeux d'une fin de saison haletante.

La rencontre avait été prévue depuis des semaines, avec Hervé Della Maggiore, l'entraîneur du FCVB arrivé en février à Villefranche. Mais dans un calendrier d'un championnat assez dense, prendre le temps d'évoquer le présent et l'avenir proche du FCVB avec lui à sa tête était ardu. Le report de la venue de Créteil ce samedi – des cas de Covid ont été signalés dans l'effectif cristolien – à mercredi prochain, a facilité les choses. L'occasion, ici, d'évoquer la façon dont il a conduit sa nouvelle formation à se mêler à la lutte pour la place de barragiste, à cinq journées de la fin. Mais aussi de revenir sur un parcours d'entraîneur débuté avec des potes dans un village de l'Ain, pour arriver, des années après, en Ligue 2. Entretien.

Hervé Della Maggiore, vous avez retrouvé un banc à Villefranche en février, sans public, à huis clos. C'est presque devenu un autre sport depuis votre dernier match de barrage avec Ajaccio contre Le Mans début juin 2019…

"C'est vraiment bizarre. Les "avant" et "après-matches" sont différents, mais "pendant" ça reste du National, les affluences sont peu élevées. Ce n'est pas Lens où là, à huis clos, il y a vraiment un choc ! Au Gazélec, ce n'était pas non plus la grande foule en Ligue 2. Quand le match démarre, tu es tellement dans ton match que les supporters tu les attends plus ou moins. Là, il suffit parfois que les dirigeants hurlent pour que ça remplace 1000 personnes (rire) ! Plus sérieusement, c'est moins agréable de vivre ces ambitions sans public. Je me mets à la place des joueurs, des gens qui aiment ça, comme mes parents par exemple qui adorent le foot, aujourd'hui, ils sont frustrés ! Ils m'ont toujours suivi, ils habitent à côté et étaient contents que je signe dans un club de la région. Et là, ils ne peuvent même pas venir au stade. C'est mon cas personnel mais je pense que pour d'autres, c'est le même ressenti."

Avez-vous la sensation que le foot, dans ces conditions, est devenu un boulot ?

"Le problème c'est que tu ne donnes pas de plaisir aux gens malgré la présence des sites internet pour suivre les matches. Tu ne le vis pas pareil : tu arrives, tu fais ton match, tu repars avec un résultat plus ou moins positif. Mais il n'y a pas l'atmosphère d'un vrai match de foot. Il faut se dire qu'on va s'en sortir, retrouver du monde, la saison prochaine."

Tous ces mois sans foot, après votre expérience à Ajaccio, comment les avez-vous vécus ?

"Les premiers mois, je me suis posé beaucoup de questions. Le dernier match à Ajaccio, avec ce scénario incroyable, a été difficile à effacer (NDRL : les Corses s'étaient inclinés 0-2 à la 97e minute sur un retourné du manceau Soro, un pénalty manqué, trois face-à-face perdus, en match de barrage retour et avaient été relégués en National). Il fallait vraiment que je coupe. J'avais vécu un vrai traumatisme. Ce dénouement, on ne pouvait pas l'imaginer. C'était à se demander si j'aurais la force mentale de rebondir. A l'époque je ne pensais pas l'avoir, ni continuer dans la foot. J'ai la chance d'avoir connu un avant-foot. Ces doutes ont duré quatre mois. Après, j'ai remis le nez dedans, en analysant ce qui s'était passé. Le goût du foot est revenu peu à peu. La pandémie est arrivée. J'ai revu quelques matches. J'ai eu quelques propositions mais je n'étais pas prêt. J'ai attendu celle qui me permettrait de bien me sentir, humainement, pour travailler."

Et Villefranche ?

"Le président m'avais déjà contacté quand Alain (Pochat) avait été contacté par Nottingham Forest, à l'été 2019, c'était trop tôt. Puis dernièrement, quand il m'a rappelé, je n'ai pas réfléchi longtemps. C'est un club que je suivais depuis longtemps, je connaissais la façon de jouer de l'équipe. C'était près de chez moi, pour rebondir je n'ai pas hésité. J'avais besoin de stabilité, retrouver du plaisir pour m'épanouir. Là, j'arrive à 6h00 du matin au club, je suis content. Je sais que je peux faire du bon travail ici."

"J'ai démarré en 4ème division du district de l'Ain. On avait juste un terrain..."

Pendant la période où vous n'entrainiez plus, avez-vous songé à l'avant-foot, à cette vie dans le bâtiment ?

"J'y ai pensé. J'ai même envisagé de me remettre à mon compte. J'ai filé un coup de main à des amis sur des chantiers, pour tuer le temps ! J'étais à deux doigts de retourner dans le bâtiment."

Cela vous ramène à votre entrée dans le foot comme entraîneur, qui s'est faite presque par hasard en district de l'Ain…

"C'était vraiment par hasard. La première fois, j'avais 23 ans, je jouais encore. J'emmenais un pote à l'entraînement dans un petit village. J'attendais dans la voiture et je les vois s'engueuler avec leur coach. Ils se sont tous tournés vers moi et m'ont demandé de les entrainer. Leur coach venait de se tirer ! (rire). Le terrain était gelé, c'était à Chazey-sur-Ain, en plein hiver ! Ce qui était marrant, ensuite, c'est qu'il a fallu trouver dix mecs pour faire une équipe. On y est arrivé par du bouche-à-oreille. J'ai démarré comme ça, en 4ème division du district de l'Ain. On avait juste un terrain. Les vestiaires, ce sont les gars eux-mêmes qui les ont construits le samedi pour jouer le dimanche ! Ce sont des souvenirs impérissables, une aventure humaine extraordinaire avec des gars qui n'avaient jamais joué au foot avant. J'ai vécu une montée en Ligue 2 avec Bourg mais ça, c'était aussi fort."

Mais comment avez-vous basculé dans le foot de haut-niveau après ça ?

"J'ai continué à Luenaz, en Excellence de district avec une super bande de potes. Je me suis bien éclaté avec eux, pendant deux ans. Puis Bourg m'a appelé pour prendre l'équipe réserve. J'y suis allé pour passer des diplômes. Au bout de la saison on est montés. Il s'est trouvé qu'ensuite Pierre Mauron l'entraîneur de l'équipe première a arrêté. Un groupe de joueurs dont Boris Berraud a poussé pour que je lui succède. On est montés en CFA un an après. On y est restés trois ans avant d'accéder au National. A ce niveau, j'étais le seul coach à avoir un boulot à côté du foot, je commençais vraiment à me prendre au jeu. L'année où on est montés en Ligue 2, en 2015, j'ai vendu mon entreprise. J'ai passé le BEPF (Brevet d'Entraîneur Professionnel de Football) avec la promotion de Mickaël Landreau et David Bettoni (adjoint de Zidane au Real de Madrid) qui m'ont pris sous leurs ailes. Nous n'étions que huit. J'ai vraiment appris ce qu'était le monde pro, avec eux."

Ces amis-là, Landreau et Bettoni, contredisent un peu le fait que dans le foot l'amitié est rare…

"C'est ça. Je suis quelqu'un d'assez réservé mais eux m'appellent régulièrement. C'est rare. Dans le foot, certains vendraient père et mère pour avoir un poste, c'est pire que tout. Je l'ai vécu à Ajaccio... Micka (Landreau) et David (Bettoni) m'ont ouvert les yeux sur ce monde. C'est un univers particulier."

"Après Ajaccio, tu passes de coach prometteur en Ligue 2 à plus rien…"

Avoir été quatre ans en Ligue 2 et disparaître du jour au lendemain, on en tire quoi comme expérience ?

"Il y a une fierté Mais ça va si vite ! Après Ajaccio, tu passes de coach prometteur en Ligue 2 à plus rien alors que tu connais encore un peu le foot… Les résultats, c'est ce qui fait avancer. Après Ajaccio, des présidents voulaient me prendre mais ils ne pouvaient pas engager un coach qui venait de faire descendre Bourg et Ajaccio. Pour les présidents, la pression mise par ceux qui investissent l'argent, les partenaires des clubs, était trop grande. Ils ne regardent pas la façon dont nous étions montés en Ligue 2, la qualité de jeu. Ce n'est pas suffisant pour eux."

Pour devenir un bon coach, il faut donc se faire virer ?

"J'ai beaucoup appris au BEPF mais la plus grosse formation, je l'ai vécue au Gazélec. J'ai retenu ça : dans ce monde, si tu ne rapportes pas quelque chose, tu n'es rien."

Les critiques, ça fait partie du métier mais quand l'un de vos joueurs à Ajaccio (Julian Palmieri) se lâche sur vous dans les médias, ça vous blesse ?

"Il a craqué en se défoulant sur moi. Mais il l'a fait partout où il est passé. Le plus étonnant c'est que je ne me suis jamais engueulé avec lui. Je ne l'ai pas fait jouer le dernier match de barrage parce qu'il ne le méritait pas. Il s'est d'ailleurs bien fait reprendre derrière par les Corses. Pour moi ce genre de réaction, d'un joueur, c'est un coup de poignard, c'est pire qu'un but à la dernière seconde. Surtout que tu ne t'y attends pas."

"J'ai trouvé, ici, un bon groupe"

Malgré ça, dans le vestiaire, vous responsabilisez beaucoup vos joueurs…

"Je donne un cadre, des règles de vie mais je ne suis pas un flic. Un bon vestiaire, un bon groupe, et c'est ce que j'ai trouvé ici, c'est voir que les joueurs vont recadrer celui qui sort des règles communes. Je ne suis pas là pour faire du social mais du foot."

Quelle analyse avez-vous fait de cette équipe du FCVB en arrivant ?

"Au départ, je me disais que prendre une équipe en cours de saison, je ne le ferais plus. Tu ne choisis pas tes joueurs et par rapport à tes principes de jeu tu dois t'adapter. C'est compliqué. Là, j'ai accepté. Il y a beaucoup de joueurs qui rentrent dans ce que je veux faire. Je ne me suis pas trompé."

En termes de principes de jeu, c'est une équipe habituée à jouer à trois derrière. C'est un plus pour vous ?

"C'est comme ça que je suis monté avec Bourg. C'est un système que j'ai beaucoup étudié dans les coupes du monde avec toutes les nations qui jouaient à trois, derrière. Il faut avoir les profils de joueurs utiles : les pistons qui prennent l'espace, derrière, être capable de jouer les un-contre-un, au milieu une vraie maîtrise technique et devant une bonne association. Mais on peut jouer en 3-5-2 de plusieurs manières. L'essentiel c'est de faire mal à l'adversaire. Cela ne veut pas dire que la saison prochaine on jouera en 3-5-2. Je ne suis pas figé là-dessus."

Quel est le match le plus accompli depuis votre arrivée ?

"J'ai bien aimé notre match au Mans (5 mars) même si nous avons perdu (2-0). Dans le jeu, on n'a loupé que les buts. On fait une erreur sur les buts qu'on encaisse. On n'en fait pas beaucoup d'autres."

Et à Bastia (1-1, 16 février) pour votre premier match qu'est-ce-qui domine ce jour-là ?

"On n'avait rien à perdre contre le premier. J'étais serein. On doit gagner le match. A la mi-temps, il doit y avoir 2-0. Mais au bout, j'étais content de ce que j'ai vu, le respect des consignes. Il fallait passer après Alain (Pochat) qui était très respecté par le vestiaire. Je leur avait demandé beaucoup d'efforts sur l'aspect défensif. C'était un premier test. Dans la volonté, ils y sont arrivés. Pour moi, c'était bénéfique."

Est-ce une pression supplémentaire de prouver aux joueurs qui avaient soutenu leur ancien entraîneur que vous alliez être à la hauteur des attentes ?

"Pour être honnête, oui, tu as envie de démontrer que tu sais presque mieux faire parce tu viens de Ligue 2, être plus pointu parce que plus tu montes de niveau plus ça demande d'être plus précis. Là-dessus, je les ai rassurés."

"Je ne me mets pas de limite"

Justement le contexte particulier du derby contre Bourg où l'accent avait été mis sur le retour d'Alain Pochat à Villefranche, vous-a-t-il permis de vous installer définitivement dans votre nouveau poste ?

"En lisant les articles d'avant-match, j'avais l'impression qu'Alain s'était enlevé la pression en se disant que si Villefranche gagnait c'est lui qui avait fait travailler ses anciens joueurs sur la première partie de la saison et que si c'était Bourg qui l'emportait, c'était son équipe ! Je me disais que même si je gagnais ce match, ce ne serait pas perçu comme une victoire, ça me faisait rire ! J'avais dit à mes proches, ce match, on dirait que je ne pas vais le jouer ! Après, ça reste de l'orgueil mal placé. A la fin du match, avec Alain, on s'est salués. Il n'y a pas d'animosité entre nous. On ne se connait pas."

En signant deux ans et demi à Villefranche, quelles perspectives vous visiez en février ?

"Aller le plus loin possible. Le mot d'ordre pour moi était de prendre du plaisir en signant ici, alors si ça va avec des résultats, ce n'est que bénéfique. Je ne me mets pas de limite. Je prépare la saison prochaine."

Et cette fin de saison assez ouverte pour la troisième place de barragiste, est-ce un objectif ?

"Il peut tout se passer dans ce championnat. Il ne faut pas trop tirer de pronostics hâtifs. La grosse déception en fin de saison, ce serait que l'on déjoue, en se mettant une pression qui n'a pas lieu d'être. Je ne pense pas que ça arrivera. Le groupe est assez mature mais il lui manque l'expérience de ces matches du haut de tableau où tu peux basculer dans le monde pro. Ma hantise c'est de manquer de naturel, sur ces rencontres. Ce n'est pas toutes les saisons où un tel défi se présente à toi. C'est peut-être le moment de saisir une telle opportunité, même si on ne s'y attendait pas. Sur ces dernières rencontres, ce n'est pas le budget du club, ni le nom de l'entraîneur qui vont compter mais le dépassement de soi. C'est ça qui va faire la différence."

Propos recueillis par Ralph NEPLAZ

Correspondant local de presse




Ralph NEPLAZ
Journaliste

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