AccueilACTUALITESPolitiqueFabienne Grébert : "Ne pas démanteler notre patrimoine industriel"

Fabienne Grébert : "Ne pas démanteler notre patrimoine industriel"

La tête de liste de l'Union pour l'écologie, conseillère régionale depuis 2015, entend bien surfer sur la vague des municipales pour porter les couleurs de l'écologie jusqu'à la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Fabienne Grébert :

ACTUALITESPolitique Publié le ,

Votre parcours a débuté dans l'entreprise. Quelles sont vos propositions pour les chefs d'entreprise qui doivent trouver l'équilibre entre transition écologique et nécessité de compétitivité et de résultat ?

J'ai été directrice adjointe d'une PME de 70 personnes dans la distribution de fournitures de bureau. Je pense que la transition écologique est un élément de compétitivité. Si on est capable de s'affranchir des énergies fossiles, de rentrer dans une démarche de sobriété énergétique, si l'entreprise a du sens… cela favorise la création d'emplois et l'économie locale. Mais il faut accompagner ces chefs d'entreprise. D'abord en faisant connaitre toutes les initiatives existantes et les meilleures pratiques. Il faudra aussi accompagner de nouveaux modèles économiques et des investissements pour relocaliser l'économie. Pour vous donner des exemples, c'est adapter des moules aux plastiques recyclés. Dans le textile, on nous dit aussi que l'empreinte carbone peut être réduite de 80 % en travaillant en France sur des circuits courts et avec des matières recyclées. Nous devons soutenir ce type d'initiatives.


"Notre région doit devenir souveraine sur le photovoltaïque"


Au cours de la campagne, on vous a vu souvent auprès des entreprises en difficulté. Pourquoi ?

J'y suis allée, car je ne me sens pas le droit de laisser démanteler notre patrimoine industriel et nos emplois de proximité. Chez Féropem, j'ai été impressionnée par l'expertise des élus syndicaux sur les modèles économiques qui pourraient sauver leur entreprise. Idem pour Photowatt ou pour Luxfer… Ça coûtera plus cher à la collectivité de laisser ce patrimoine et ces emplois partir que de laisser la Région prendre une position stratégique. La Région doit prendre des participations dans ces entreprises, essayer de boucler des tours de table avec des partenaires financiers, avec l'Europe, les banques, etc. Notre région doit devenir souveraine sur le photovoltaïque, sur les bouteilles d'oxygène.

Et concernant les filières innovantes comme l'hydrogène, pour laquelle la Région est motrice ?

La Région a fait une erreur stratégique en misant sur l'hydrogène pour le véhicule individuel. D'autres ont choisi d'autres options, sur l'hydrogène au service du transport ferroviaire ou à des fins industrielles. Nous avons besoin de réorienter ces politiques, qui partaient plutôt de la volonté de participer à une start-up avec Engie et Michelin. On ne peut pas agir au seul motif de la compétitivité internationale, synonyme de meilleur rendement pour quelques actionnaires toujours plus avides. Ce n'est pas ma vision de la compétitivité. Je souhaite une région qui garde ses emplois, les pérennise, les transforme et accompagne la transition écologique.

L'économie de la région, c'est aussi le tourisme et la montagne. Quelle est votre vision pour ce secteur ?

Nous voulons accompagner cette transition. Il y aura deux modèles coexistants. Celui des stations de ski en haute altitude, qui vont nécessiter des infrastructures de plus en plus importantes avec des forfaits de plus en plus chers à destination d'une clientèle riche et souvent internationale. Et, parallèlement, les stations de moyenne montagne devront se reconvertir à cause du manque d'enneigement. Celles-là, nous devrons les accompagner pour le développement d'activités à l'année, pour du tourisme différent. Des offres qui coûtent moins cher et qui rapportent moins, mais qui sont accessibles à un plus grand nombre d'habitants : tourisme social, classes de neige, classes vertes… Les équilibres économiques se reconstitueront en s'adressant à un plus grand nombre toute l'année. On peut aussi accompagner les collectivités et les propriétaires pour lutter contre les lits froids en créant des tiers-lieux, des espaces de coworking, des activités tertiaires…

En matière de transports, vous encouragez le fret ferroviaire, mais pas le Lyon-Turin. Pourquoi ?

Ce projet nous occupe depuis des décennies et n'est pas terminé. Or, nous sommes dans une situation d'urgence : de pollution de l'air, d'encombrement des routes… Ce dont on a besoin, c'est de mettre des camions sur des trains, tout de suite. Vous imaginez ce qu'on pourrait faire avec 26 Md€ pour les trains du quotidien ? Pour une offre de service digne de ce nom pour le fret ferroviaire ?


"Ferroviaire, agriculture,rénovation énergétique, transition écologique des entreprises : si on travaille ces quatre secteurs, on s'attaque à 80 % des émissions de gaz à effet de serre"


Plus globalement, soutenez-vous le fait que les villes doivent se désengager des voitures ?

Il faut proposer des alternatives aux voitures individuelles. Il faut développer le transport en commun, des RER qui maillent le territoire. Eventuellement du transport à la demande dans les territoires ruraux, ou de l'aide à l'achat de vélos électriques… Je ne jette pas la pierre aux déplacements en voiture. Il y a des gens qui n'ont pas d'autre choix. Mais il faut qu'on arrête de fermer des gares et de supprimer des lignes. On doit faciliter le transport de porte à porte en réduisant la part de la voiture individuelle avec des mix de solutions. Et cela doit passer par une coopération avec les territoires.

Peut-on développer le développement durable via les compétences de la Région ?

Nous avons un programme de transition, à la fois sur les investissements ferroviaires, sur la transformation des pratiques agricoles, sur la rénovation énergétique et sur la transition écologique des entreprises. Si on travaille ces quatre secteurs, on s'attaque à 80 % des émissions de gaz à effet de serre, en répondant aux compétences de la Région, puisque l'on travaille sur la formation professionnelle, l'économie, l'aménagement du territoire, le logement, l'environnement…

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