AccueilACTUALITESViticultureEt si la vigne s'irriguait face à la sécheresse ?

Et si la vigne s'irriguait face à la sécheresse ?

La Sicarex Beaujolais expérimente depuis quelques mois maintenant deux systèmes d'approvisionnement en eau de la vigne pour faire face aux sécheresses.
Deux modes sont actuellement expérimentés par la Sicarex sur une parcelle d'essai à Blacé, composée de vignes de 4 ans d'âge : le goutte-à-goutte et l'aspersion.
©DR - Deux modes sont actuellement expérimentés par la Sicarex sur une parcelle d'essai à Blacé, composée de vignes de 4 ans d'âge : le goutte-à-goutte et l'aspersion.

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Même si la pluie a fait son retour au-dessus des cultures beaujolaises, c’est bien la sécheresse et la canicule qui ont dicté leur loi sur le territoire depuis plusieurs mois. Un épisode climatique exceptionnel qui contraint le vignoble à devoir s’adapter en envisageant l’irrigation des parcelles pour limiter tout stress hydrique des pieds de vigne.

C’est en tout cas ce qu'expérimente de façon concrète cette année la Sicarex Beaujolais, le centre de recherche viti-vinicole. "Cela fait deux ans que l'on veut le faire, explique Jean-Yves Cahurel, technicien agronome. L'an passé, on n'a pas pu au vu de la quantité de pluie qui est tombée. Cette année, on a eu quelques soucis de mise en place, mais on a pu commencer à regarder ce qu'il est possible de faire."

Goutte-à-goutte et aspersion

Une petite révolution dans le vignoble, dans la mesure où l'irrigation a été longtemps interdite pour les appellations d'origine contrôlée (AOC), même si des assouplissements permettent au Beaujolais d'y prétendre. "Ça n'a jamais vraiment été demandé par les organismes de défense et de gestion (ODG), précise le spécialiste. Il y a des conditions. Mais dans le sud-est, des AOC le font. C'est à l'appellation de faire la demande et à l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) de valider."

©DRJean-Yves Cahurel, technicien agronome de la Sicarex Beaujolais.

Une aubaine alors que l'irrigation dans le contexte de changement climatique actuel pourrait devenir un impératif à la survie du vignoble. "Certains millésimes sont relativement secs, poursuit Jean-Yves Cahurel. Les vignes qui sont âgées et bien enracinées résistent bien, malgré quelques signes de faiblesse. Mais pour les jeunes vignes qui ne peuvent pas aller chercher de l'eau en profondeur, ça pose problème." À tel point que des parcelles pourraient devoir être replantées l'année prochaine à cause de la mort de certains ceps.

C'est donc en direction de ces plantations de quelques années seulement que deux modes sont actuellement expérimentés sur une parcelle d'essai à Blacé, composée de vignes de 4 ans d'âge : le goutte-à-goutte et l'aspersion.

Dans le premier cas, il s'agit d'un système qui a déjà fait ses preuves dans les cultures en croissance. On achemine l'eau par des conduites directement sur le cep, permettant une application uniforme sur la zone racinaire de chaque plante. "C'est une méthode classique, juge l'ingénieur. Elle est relativement bien validée par l'Inao." Mais ce mode opératoire présente également ses inconvénients. D'une part, une fois fixé, le système ne peut être enlevé. D'autre part, il s'adapte aussi mieux à des vignes palissées. "Ce qu'on craint aussi, c'est que cela crée un bulbe d'humidité et que cela rende la vigne fainéante. En étant automatiquement alimentée, il se peut qu'elle n'aille pas chercher d'elle-même l'eau en profondeur."

Disparités et questionnement politico-social

Un problème que les viticulteurs ne rencontreraient potentiellement pas avec l'aspersion. Comme son nom l'indique, il s'agit de simuler une pluie et donc de rendre le processus d'acheminement de l'eau plus naturel. "Mais ce sont des suppositions, tempère le technicien. Nous avons eu des problèmes techniques qui nous ont empêché de le tester cette année. Il faut que l'on valide ces hypothèses pour pouvoir comparer les deux méthodes." Autrement dit, l'expérimentation devra être réalisée sur plusieurs années.

Un besoin dont le climat n'a cure, lui qui a offert un été particulièrement pluvieux l'an passé avant de retenir aux frontières de l'Europe de l'ouest ses ardeurs humides depuis de nombreux mois maintenant. "On peut juste penser que nous aurons des années de plus en plus sèches comme celle-ci", suppose Jean-Yves-Cahurel.

Côté coût, pour le goutte-à-goutte, il faudra compter 10 000 € à l'hectare pour s'équiper. Si ce montant peut généralement être investi par les professionnels, ce n'est pas ce qui les rebute le plus aujourd'hui dans l'idée d'irriguer. Leur principale crainte réside dans les disparités que l'irrigation créerait entre les parcelles qui bénéficieraient de réserves en eau (puits, nappes) et les autres. Sans oublier le contexte politico-social et le regard de l'opinion publique qui pourrait voir d'un mauvais œil l'irrigation de cultures moins essentielles que des produits agricoles de première nécessité.

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