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Elevage, l'heure des choix : un dossier à lire dans Le Patriote

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Elevage, l'heure des choix : un dossier à lire dans Le Patriote
A.Vonesch :"On peut tout faire s'il y a un prix derrière"

Le Patriote consacre deux pages dans son édition papier à paraitre jeudi 8 mars à un sujet qui suscite de nombreux débats. Parmi les intervenants, Anne Vonesch, qui suit pour les ONG des travaux européens dans ce domaine. Voici l'intégralité de l'interview accordée, à retrouver demain dans notre dossier.

Anne Vonesch est pilote du réseau agriculture de France nature environnement (FNE) Grand Est et membre du directoire du réseau agriculture de FNE. Elle anime le Collectif plein air et représente le Bureau européen de l'environnement dans certains groupes d'experts auprès de la Commission européenne. Il s'agit des groupes de dialogue civil sur les productions animales.

Anne Vonesch mêle éthologie (la science du comportement animal), environnement, économie et croise les informations qu'elle récolte auprès des éleveurs et d'autres acteurs avec les données de publications scientifiques et professionnelles.

Le Patriote : Quel est exactement votre rôle auprès de la Commission européenne ?

Anne Vonesch : "La Commission européenne affiche une stratégie et une volonté politique d'écoute des acteurs économiques et de la société civile. Elle nous informe sur les évolutions réglementaires. Cela me permet de faire le lien sur ce qui se passe dans les villages avec les implantations d'élevages industriels et avec les décisions prises au niveau européen et mondial dans les domaines des marchés et de la réglementation.

Et on se rend compte qu'il y a deux discours : d'un côté les filières annoncent qu'il y a des opportunités à l'export et qu'il faut agrandir les exploitations et d'un autre côté, les marchés mondiaux sont très volatiles; il y a surproduction et il faut trouver des nouveaux marchés et des aides publiques. On assiste à ce genre de contradictions.

En ce qui concerne le porc, une norme minimale européenne relative à sa protection a été validée en 2003. Elle interdit la section des queues en routine des porcelets dès leur naissance et impose des matériaux manipulables (paille, foin, compost, tourbe, bois,) pour répondre à leurs besoins de s'occuper. Ces normes ne sont pas appliquées. La Commission a choisi de ne pas faire de procédure d'infraction, mais de procéder par pédagogie.

Ces documents pédagogiques existent depuis plusieurs années, mais ils ne sont pas distribués dans les élevages parce qu'il y un verrouillage absolument effrayant. Dans les villages, nous avons des élevages qui n'appliquent pas des normes minimales. Au niveau des groupes de dialogue civil européen, un débat se tient à ce sujet."

Quelles études réalisez-vous exactement concernant les élevages intensifs ou raisonnés ?

"Au Collectif plein air nous faisons des inventaires et travaillons sur les impacts et les procédures d'autorisation des élevages industriels. Ceux-ci sont complètement déconnectés des attentes sociétales. Il faudrait revoir la procédure d'implantation des élevages et les connecter à une démarche alimentaire territoriale où les gens débattent ensemble sur : qu'est-ce que l'on veut manger ? Que pouvons-nous exiger comme conditions d'élevage relatives à ce que nous mangeons ? Ce débat devrait avoir lieu en amont de tout projet d'implantation d'élevage."

"ON PEUT TOUT FAIRE S'IL Y A UN PRIX DERRIÈRE"

Que dites-vous à propos des prix ?

"On assiste également à une pression énorme sur les prix émanant de la grande distribution. Il y a vraiment de l'abus de la part des grands acheteurs qui organisent cette pression et créent des conditions de travail abominables, de très mauvaises conditions d'élevage pour les animaux et empêchent de les améliorer. Les éleveurs ne seraient pas contre les parfaire. Ils nous disent souvent : "On peut tout faire s'il y a un prix derrière".

La distribution, les enseignes et aussi la restauration collective, avec la pression sur les prix empêchent cette amélioration des conditions de production. Les intermédiaires sont responsables aussi, car l'industrie charcutière achète des porcs espagnols, puisque moins chère. Tout le monde est dans le système et complice ! Je trouve très bien qu'Emmanuel Macron essaie de faire bouger ce système."

Vous avez déclaré toute la difficulté qui consiste à définir techniquement les critères d'acceptabilité pour l'incontournable transition entre l'existant, l'élevage intensif conventionnel et des élevages "idéals". Pouvez-vous expliquer …

"Les petits élevages extensifs d'excellence, en plein air, sont l'idéal, nous sommes tous d'accord. Quant aux élevages industriels, c'est plus compliqué. Il faut des améliorations crédibles. Les cages et les sols entièrement en caillebotis sont inacceptables.

Des progrès significatifs sont possibles (la liberté de mouvement des animaux, une litière confortable, une moindre densité…), même si la production reste plus intensive qu'on ne le souhaiterait. Tout rejeter c'est comme tirer sur une ambulance."

"UN SYSTÈME VERROUILLÉ"

Quel comparatif faites-vous entre la qualité des viandes issues d'élevage en plein air et celles issues des élevages intensifs ?

"Je laisse les gourmets faire leurs choix. Un grand nombre de facteurs très divers déterminent la qualité gustative et technologique (aptitude à la transformation) de la viande ; c'est complexe. Ce qui m'importe le plus, c'est la qualité éthique du mode de production, donc le bien-être de l'animal (être sensible et premier concerné), l'environnement et l'équité."

Comment comprendre qu'il y a des projets d'élevages intensifs alors qu'il a toute une production intellectuelle et scientifique, des nutritionnistes qui plaident pour les circuits courts, les produits de bonne qualité ?

"Comme je l'ai dit précédemment, il y a cette déconnexion de la procédure par rapport à l'attente sociétale. Nous sommes dans un verrouillage socio-technico-économique. Le système en place est bloqué par l'imbrication des contraintes économiques et des problèmes de formation et de mentalités au niveau des filières. J'entends souvent : "C'est le consommateur qui doit changer les choses".

Je me révolte contre ça parce que c'est un système qui est verrouillé et doté d'une extrême complexité. Ce n'est pas au consommateur de le déverrouiller. Si on prend l'exemple de la filière volaille de chair, elle a fait savoir qu'elle est opposée à l'étiquetage obligatoire des conditions d'élevage. C'est pourtant l'étiquetage obligatoire qui a fait bouger la filière des œufs.

Il y a des intérêts dans les filières; tant qu'il y a aura des gens en amont et en aval qui peuvent faire des profits en drainant directement ou indirectement l'argent public notamment européen (quitte à ce que d'autres fassent faillite) sans payer les dégâts sur l'environnement voire sur la santé publique, les élevages industriels existeront."

Propos recueillis par Laurence CHOPART




Laurence CHOPART
Journaliste

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