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"Des ruchers entiers ont disparu cet hiver"

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"Des ruchers entiers ont disparu cet hiver"
Pour Alain Rouchon, président du Syndicat d'apiculture du Rhône, les pesticides sont la première cause de la disparition des abeilles.

Il y a d'abord ce chiffre alarmant : la perte de 40 % des abeilles sur deux à trois années qui travaillent dans soixante-dix ruches.

Ce sont celles d'Alain Rouchon installées vers Ternay. Plus proche, Jean-Paul Fabre, apiculteur à Avenas, nous fait part du chiffre de 30 % de perte de colonies d'abeilles par an à l'hivernage en précisant que "cela fait longtemps que ça dure". Du coup, de 35 000 tonnes de miel par an en France, on n'en produit plus que 15 000 tonnes. "Quand une perte de cheptel apicole s'élève à 10 %, on peut considérer que c'est normal puisque la cause peut être liée à la disparition d'une reine ou un coup de froid, mais au-delà de ce pourcentage le problème peut s'avérer beaucoup plus grave", lance Alain Rouchon. Sans hésitation, le Syndicat apicole du Rhône pointe du doigt les différents traitements effectués sur les cultures : traitements contre la chrysomède du maïs, traitements de la flavescente dorée de la vigne, traitements par enrobage des graines de semences avec des molécules d'imidaclopride, traitements des arbres fruitiers avant ou après la floraison, etc. Le Syndicat d'apiculture du Rhône est clair : "Avec tout ceci les abeilles ne reviennent pas à la ruche". Un constat et des cris d'alarme lancés depuis des années. En vain. Une enquête menée par le syndicat il y a trois ans sur trois mille cinq cents ruches révèle que toutes ont perdu des abeilles. "Des ruchers entiers viennent encore de disparaître cet hiver 2011/2012 dans le département du Rhône", souligne Alain Rouchon. En France quinze à vingt mille apiculteurs ont dû cesser leur travail en vingt ans.

"Besoin de fleurs sans pesticides"

"Une étude de l'INRA a démontré que les abeilles perdent leur sens de l'orientation à cause des produits neuro-toxiques contenus dans les pesticides", rapporte Alain Rouchon. "Une ruche qui perd ses butineuses est foutue", lance le président révolté et remonté. L'apiculteur met en cause les insecticides systémiques utilisés en enrobage des semences : "Cela permet aux agriculteurs d'être tranquilles, la plante est traitée pour de longs mois… C'est comme si on donnait des antibiotiques aux gens tout le temps ! Tous ces traitements doivent être remplacés ! Il faut aussi que le processus d'homologation des produits systémiques soit remis en cause", lance Alain Rouchon. Pour leur survie, les abeilles ont impérativement besoin de fleurs sans pesticides, fait savoir le syndicat. "Malgré les interventions et les demandes d'explications de nos élus, les gouvernements successifs continuent à sacrifier sciemment les abeilles, à la grande satisfaction des lobbies des pesticides." Seule éclaircie : Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, a retiré l'autorisation du Cruiser OSR. "Uniquement sur le colza mais par sur le maïs", fait remarquer le président du syndicat. "Ce sont toutes les autorisations de pesticides systémiques qui devraient être suspendues, le temps d'une réévaluation complète de ces produits, et non sur la seule AMM du Cruiser sur le colza", déclare Olivier Belval, président de l'UNAF (Union nationale de l'apiculture française).
Alain Rouchon est révolté : les études prouvent que les pesticides sont responsables de la mortalité des abeilles et rien n'est fait ou presque pour éradiquer ce problème.
Le Syndicat compte plus de six cents adhérents, tous apiculteurs, dont cent soixante nouveaux. "Ce n'est pas le hasard, nous allons continuer à nous faire entendre et interpeller les pouvoirs publics. En attendant on vit au jour le jour, j'élève des reines pour éviter trop de perte, mais je ne sais pas ce que j'aurai l'année prochaine."

Laurence Chopart




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