AccueilACTUALITESFaits divers / JusticeCoups de couteau à Villefranche : trois ans de prison pour deux frères sur fond de vengeance

Coups de couteau à Villefranche : trois ans de prison pour deux frères sur fond de vengeance

Deux jeunes hommes originaires du quartier de Béligny à Villefranche ont été condamnés mercredi à cinq ans de prison dont deux assortis de sursis mise à l'épreuve.

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Que s'est-il exactement passé ce dimanche 2 octobre après-midi, au pied des immeubles HLM de Troussier ?
Tout a commencé lorsque les secours sont intervenus à 15?h?30 sur un parking du quartier. Un homme gisait au pied de son 4x4 Porsche Cayenne, grièvement blessé de deux coups de couteau. Domicilié à Alès mais ancien habitant de Villefranche, il était en visite chez sa mère.
Les enquêteurs ont d'abord buté sur une absence de piste et sur une forme d'omerta classique dans ce genre d'affaires, au point de devoir poster des appels au témoignage dans les boîtes aux lettres.
C'est en menant des écoutes téléphoniques dans le cadre d'une autre affaire que des policiers ont intercepté une conversation présentant deux frères domiciliés dans le quartier voisin de Béligny comme les auteurs de l'agression.
Quant à la victime, placée dans le coma et dont le pronostic vital a longtemps été engagé, elle a finalement pu être entendue par les enquêteurs un mois plus tard. L'homme a à son tour désigné les deux frères comme les auteurs des violences.
Il a alors raconté sa version des faits, apparemment issus d'un contentieux à propos d'une moto volée qu'il aurait achetée à un proche d'Ahmed et Mohammed. Après une altercation verbale, Ahmed l'aurait menacé avec un fusil à pompe, avant de quitter les lieux puis de revenir avec son jeune frère Mohammed. Tandis qu'Ahmed faisait usage, sans toucher la victime, d'un pistolet à grenaille, Mohammed portait deux coups de couteau dans le dos de l'homme.
Présentée hier à l'audience par le président Kenette et étayée de nombreux éléments à charge, cette version a été à nouveau contestée par les deux prévenus. Si l'auteur présumé des coups de couteau, qui comparaissait détenu, a fui quelques mois en Espagne, "c'est sous le coup de la panique". Tout juste a-t-il reconnu une altercation avec la victime le même jour. "Le soir même, tout le monde disait que c'était moi, même ma famille ne me croyait pas. J'ai fait une connerie, je suis parti. Mais je n'ai pas porté ces coups de couteau !", a-t-il maintenu à la barre. Quant à son frère Ahmed, il a prétendu ne pas se trouver sur les lieux : "A 15 h 05, j'étais au stade où j'assistais à un match de foot du RC Béligny". Pendant les trois heures consacrées aux faits, le président leur a opposé les éléments à charge, de conversations téléphoniques troublantes entre membres de la famille en alibis difficiles à vérifier.
Dans le même temps, la victime s'est avancée à la barre pour réitérer ses accusations et nommer à nouveau ses deux agresseurs. "Je le confirme, pas une fois mais deux fois, ce sont bien eux", a-t-il déclaré, son avocate insistant par ailleurs sur les séquelles importantes qui résultent de ces violences.
Lors de ses réquisitions, Anne-Lise Furstoss, représentante du parquet, a estimé "que l'on se trouvait face à une bagarre qui a mal tourné, sur fond de loi du silence." Elle a placé les deux frères sur un pied d'égalité en terme de responsabilité, requérant cinq ans de prison dont quatre ferme pour chacun d'eux.
Les deux avocats des prévenus ont tenté de placer le dossier sur le terrain du doute, à l'image de Me Barioz, l'avocat d'Ahmed. "Il n'existe ni témoignage direct, ni vidéosurveillance, pas de preuves infaillibles. On n'a jamais retrouvé une quelconque arme", a plaidé l'avocat, ajoutant?: "Il n'y a pas de mobile, cette histoire de moto ne tient pas."
Quant à Me Doyez, défenseur de Mohammed, il a résumé ainsi l'affaire : "Tout repose sur la valeur accordée à la parole de la victime. Mais ne peut-on pas imaginer une désignation douteuse des auteurs, qui renverrait à une autre cause ? On peut se poser la question au regard du rapport de la victime avec les stupéfiants dans le passé et au vu de la panoplie de celui qui vit avec des moyens qui ne sont pas déclarés..
Le tribunal n'a accordé qu'une place limitée à ces doutes en condamnant les deux frères à une peine de trois ans de prison ferme.

Julien Verchère

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