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Coupe du monde de football : écran noir sur le Qatar ?

La diffusion de la Coupe du monde 2022 soulève des questions chez de nombreux propriétaires de bars et restaurants : entre principes éthiques et volonté de satisfaire et attirer la clientèle, le choix s'annonce difficile.
Débits de boisson, supporters et élus du Beaujolais font face au cas de conscience de la diffusion de l'évènement, entaché par des soupçons de corruption, le non respect des droits humains et de l'environnement.
©Simon Alves - Débits de boisson, supporters et élus du Beaujolais font face au cas de conscience de la diffusion de l'évènement, entaché par des soupçons de corruption, le non respect des droits humains et de l'environnement.

ACTUALITES Publié le , Martine Blanchon, Zoé Besle, David Duvernay

Diffusera, diffusera pas ? Alors que le coup d'envoi du mondial approche – le premier match, Qatar/Équateur, débutera à 19 h heure locale le 20 novembre - jamais sa retransmission n'avait suscitée autant de débats. Plusieurs grandes villes de France telles que Lyon ont d'ores et déjà annoncé qu'elles ne diffuseraient pas les matchs sur écran géant.

Du côté des professionnels des cafés-hôtels-restaurants, la question divise : la Coupe du monde de football est un des évènements sportifs les plus suivis au monde. L'édition 2018, qui s'était tenue en Russie, avait rassemblé plus de 3 Mds de spectateurs derrières leurs écrans.

Le mondial 2022 attirera-t-il autant de monde ? Pas sûr. De nombreuses personnes envisagent de boycotter l'évènement : soupçons de corruption dans l'attribution de l'évènement au Qatar en 2011, drame humain avec la mort de 6 500 travailleurs étrangers sur les chantiers de construction des stades et autres infrastructures, catastrophe environnementale avec des matchs qui se dérouleront dans des stades climatisés au milieu du désert, supporters obligés de faire des allers retours en avion vers d'autres pays faute d'hébergements suffisants sur place… La liste est longue.

Sur le site ramenezlacoupealaraison.com, une dizaine de bars de toute la France ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne la diffuseront pas, proposant des soirées alternatives à la place les soirs de matchs. Dans le Beaujolais aussi, certains se sont interrogés où s'interrogent encore sur le bien-fondé d'une diffusion au sein de leur établissement.

"Le sport oui, mais pas à n'importe quel prix"

©Martine Blanchon Patricia et Jérôme Ribeiro ne retransmettront par la Coupe du monde dans leur établissement.

À Chazay-d'Azergues, Patricia et Jérôme Ribeiro ont fait leur choix : ils ne diffuseront pas la Coupe du monde de football au sein de leur centre Factory Sport Games, complexe multi sportif proposant également de la restauration et équipé d'écrans géants.

"Le Factory Sport Games, est un lieu unique où se mêle sport, diffusion de grosses compétitions sportives telles que la Coupe du monde, activités de loisirs et événementiel. Les grosses compétitions sportives sont pour nous l'occasion de faire de grands événements, explique Jérome Ribeiro. Partagés entre sens du devoir et développement d'entreprise, nous avons longuement hésité à adopter une position déontologique et fidèle à nos valeurs morales, humaines et sportives. Cette compétition ne ressemblera en rien aux précédentes, et ira à l'encontre de notre éthique".

Lors de la précédente édition du mondial en 2018, le centre accueillait jusqu'à 1 600 personnes par évènement, une source de chiffre d'affaires non négligeable dont les propriétaires ont décidé de se passer cette année. "Des milliers d'ouvriers ont trouvé la mort sur les chantiers de construction des différentes infrastructures. Disputer cette coupe dans un pays qui ne respecte pas les droits de l'Homme, n'est pas envisageable, souligne Jérome Ribeiro, pointant également du doigt le bilan carbone catastrophique de l'évènement. À l'heure où on nous demande de faire des efforts considérables sur le plan écologique, des stades vont être climatisés et le résultat sur l’effet de serre sera désastreux. Nous pensons à nos enfants, les valeurs inculquées, mais aussi à la planète que nous leurs laissons. Nous ne souhaitons pas être acteurs de cette aberration".

©Martine Blanchon Lors de la précédente édition de la Coupe du monde, les évènements du Factory sport Games rassemblaient jusqu'à 1 600 personnes.

Pour toutes ces raisons, et malgré les investissements conséquents et réguliers pour faire vivre ces évènements sportifs, les dirigeants de Factory sport Games ne diffuseront les matchs sur aucun de leurs écrans. Pour eux, il serait essentiel que chaque chef d'entreprise privée, vise le même objectif. "Il s’agit d’agir en toute conscience et favoriser ces sujets critiques au détriment du gain et de leurs chiffres d'affaires. Le sport oui, la compétition oui, mais pas à n'importe quel prix !".

Des professionnels entre deux feux

Au V and B, établissement caladois connu notamment pour sa large sélection de bières, la question a travaillé les équipes. "Nous n'avons pas reçu de consigne au niveau national (NDLR : V et B est une franchise) chacun V et B est libre de diffuser ou non les matchs", explique Laurie Vagnat, responsable adjointe caviste.

Le personnel de l'établissement caladois en a longuement discuté en interne : après avoir un temps envisagé de boycotter la coupe, le staff a finalement décidé de diffuser les matchs, mais sans communiquer dessus. "On a aussi appelé d'autres bars pour savoir comment ils se potironnaient : beaucoup vont tout de même la diffuser, ça reste quelque chose qui fait partie de notre ADN en tant que bar", note Laurie Vagnat.

Le bar/cave à vin et bière assurera la retransmission, malgré un évènement "inadmissible humainement parlement". Au point que la responsable adjointe se demande si des conflits ne risquent pas d'éclater entre fan de football et anti Coupe du monde.

Un peu plus loin dans la capitale du Beaujolais, le Libertys compte lui aussi retransmettre l'évènement "Demander aux bars de ne pas diffuser, c'est taper sur les petits : on est tous contre cette coupe, mais c'est aux organisateurs qu'il faut en vouloir", appuie Émilie Gonard, qui souligne que d'autres éditions, comme celle au Brésil, avaient elles aussi leur lot de problèmes éthiques.

©Zoé Besle Pour Émilie Gonard du Liberty's, boycotter reviendrait à "se tirer une balle dans le pied".

"Boycotter, se serait vraiment se tirer une balle dans le pied après tous ces mois de fermetures dus au Covid : on ne peut pas se le permettre". Même son de cloche au café du commerce, du côté du Perréon : "Nous devons sortir la tête de l'eau économiquement. Ça reste un événement qui attire plus de fréquentation que d'habitude. C'est mieux de pouvoir diffuser, surtout pour une question économique car on va pouvoir répondre à toutes les augmentations des coûts de l'énergie que l'on subit aussi, affirme Mathieu Perréon, gérant de l'établissement.

S'il pointe l'incohérence climatique que représente l'évènement, il affirme que ne pas diffuser les matchs ne changera pas la donne à son échelle. "Tant qu'on n'aura pas sévi avec une charte pour ce type d'événement, on ne va rien faire à notre échelle à nous : c'est aux grandes puissances de donner des prérogatives", conclut-t-il.

Michel Jambon, adjoint aux sports de Villefranche : "La mise en place d'une fan zone n'est pas d'actualité "

Interrogé sur la potentielle présence d'une fan zone pour cette coupe du monde, comme cela s'était fait pour la finale en 2018 au stade Armand Chouffet, Michel Jambon, adjoint aux sports de la ville, temporise : "Pour l'instant la mise en place d'une fan zone n'est pas d'actualité, le sujet n'a pas été mis sur la table par le maire. Je pense qu'il est encore trop tôt, nous attendons les décisions qui seront prises par les grandes instances sportives, ne seraient-ce que footballistiques".

Même auprès des nombreuses associations sportives que compte Villefranche – 80 au total – personne n'a évoqué le sujet avec lui. "Cela ne veut pas dire que personne n'en a rien à faire, mais les gens n'attendent pas un positionnement précis de notre part. Cette coupe n'est pas un sujet porteur et rassembleur à l'heure actuelle, ce qui est le cas d'habitude", conclut l'élu.

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