AccueilVILLEFRANCHEA la uneConscrits de Villefranche : la tradition est-elle en danger ?

Conscrits de Villefranche : la tradition est-elle en danger ?

Dimanche, qu'il neige ou qu'il vente, la vague déferlera à nouveau rue Nationale.

VILLEFRANCHEA la une Publié le ,

Des milliers de spectateurs venus de tout le Beaujolais se masseront dans l'artère principale pour admirer "leurs" conscrits. La tradition a traversé le tourbillon du XXe?siècle jusqu'à devenir une institution. A Villefranche, elle fait partie du patrimoine immatériel de la ville. Elle cimente les amitiés, unit les générations autour de valeurs fortes, cultive le lien social dans l'allégresse. Elle fait aussi tourner le commerce. Une tradition solide ? Assurément. Immuable ? Non. Certains signes laissent en effet entrapercevoir une forme d'essoufflement. A Villefranche, on ne le dit jamais trop fort et encore moins publiquement. Les conscrits, c'est comme la corrida. Un sujet sensible…

Il est pourtant un chiffre précis, un constat clinique, qui ne pourra ni affecter les susceptibilités ni déchaîner les passions. En 2015, les 20 ans ne sont que quarante à défiler, moins nombreux que les 70 ans.

Le hic, c'est que l'Histoire des conscrits repose sur les 20?ans. Faut-il rappeler que son origine remonte au tirage au sort effectué à l'hôtel de ville ? Avant de servir l'armée durant de longues années, les jeunes appelés sous les drapeaux faisaient la fête. Deux jeunes Caladois ont un jour eu l'idée de se présenter au tirage au sort en habit et gibus. Les années suivantes, d'autres les ont imités. La fête des conscrits était née. Traditionnellement, les jeunes conscrits aux rubans verts et aux voitures assorties sont les plus représentés. Pour l'interclasse en "5", c'était vrai en 1985, en 1995, en 2005. Pas en 2015, pour la première fois.

Des chiffres qui ne trompent pas

Mais existe-t-il pour autant une réelle érosion ? Nous avons observé les chiffres de participation pour l'interclasse en "5" au cours des quatre dernières décennies. De quoi en retirer deux conclusions principales. Le première - et c'est encourageant - le nombre total de conscrits ne faiblit pas : 312 en 1985, 335 en 1995, 296 en 2005, 301 en 2015.

La seconde – et c'est plus inquiétant – les classes les plus "jeunes" (20, 30 et 40 ans) pèsent de moins en moins lourd dans le défilé : 208 en 1985, 195 en 1995, 151 en 2005 et seulement 123 en 2015. A l'inverse, les 70, 80 et 90 ans sont de plus en plus nombreux : 32 en 1985, 48 en 1995, 44 en 2005 et 79 en 2015. Soit plus de 25?% du nombre total de conscrits contre à peine plus de 10 % en 1985.

Regardons plus loin. En 2025, si la tendance actuelle se confirme, les 20, 30 et 40 ans pourraient être dépassés en nombre par les 70, 80 et 90?ans?! Une sympathique vague de papys sans doute en pleine forme, mais de sérieuses questions quant à l'avenir de la fête et à son essence même.

Certes, il faut intégrer dans cette rapide analyse statistique la structure de la natalité française, avec l'arrivée des "baby-boomers" chez les 60 et 70?ans. Mais le vieillissement de la population française n'explique pas tout. Entre autres contre-arguments, on pourrait avancer qu'avec 20 % en plus d'habitants par rapport à 1995, le réservoir d'habitants à Villefranche est plus important aujourd'hui.

C'est mathématique, la fête des conscrits semble de moins en moins celle des jeunes générations. Une fois le constat posé, demeure une interrogation centrale pour les responsables de l'interclasse générale.

Faut-il conserver coûte que coûte la tradition et ses idées, en acceptant de voir le nombre de conscrits baisser doucement ? Ou au contraire moderniser les conscrits, desserrer l'étau de la charte pour attirer plus de jeunes, au risque de perdre l'âme de la fête ? Un choix cornélien.

Julien Verchère

Partager :
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?