AccueilACTUALITES"Il va falloir expliquer aux enfants comment les choses vont se dérouler à l'école"

"Il va falloir expliquer aux enfants comment les choses vont se dérouler à l'école"

Psychologue clinicienne en région lyonnaise, Caroline Pelletier-Charpy évoque les angoisses des familles et de leurs enfants avant la prochaine réouverture des écoles.
FRANCK CHAPOLARD/DR

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Dans le Beaujolais comme ailleurs, les municipalités et l'Education Nationale se préparent à la réouverture des écoles la semaine prochaine. Mais avant cela, rassurer les parents et leurs enfants n'est pas si simple…Éclairage de Caroline Pelletier-Charpy, psychologue clinicienne.

La fin de l'école à la maison se profile. Quels impacts peut-elle avoir cette période sur la relation parent-enfant ?

"Les dernières semaines ont représenté un temps particulier pour l'ensemble des familles, un arrêt dans le quotidien, un changement profond des habitudes et de la façon d'appréhender « l'autre » en général que ce soit au sein du foyer ou en dehors. Les interactions sociales directes ont été réduites et ainsi les enfants ont reporté leurs interactions habituelles sur le ou les parents. Certains parents ont pu ressentir un certain envahissement de cet investissement massif, d'autres au contraire ont pu élaborer des stratégies qui ont permis de mettre à profit ce temps pour faire des choses qu'ils ne peuvent réaliser habituellement. Les parents ont dû remplir différents rôles et places : parent, enseignant, camarade de jeu, tout en devant assurer leur rôle professionnel parfois. Ce qui a pu mettre les relations familiales à l'épreuve. Les impacts peuvent être différents selon les situations familiales, professionnelles mais aussi dans les possibilités des familles à disposer de temps « groupaux » et de temps « individuels » au sein du foyer. Cet équilibre parfois difficile à trouver permet à chacun de pouvoir déployer à la fois des temps d'échanges et d'interactions. Il permet également un déploiement de l'imaginaire nécessaire aux enfants, notamment les plus jeunes. C'est aussi un temps où chacun peut profiter d'un espace psychique qui lui est propre, avec des limites individuelles au sein-même du groupe "famille". L'organisation du temps et le rythme des journées est important pour les enfants les plus jeunes, les rituels, et ce, à tous les moments en période de confinement ou non."

N'est-ce pas anxiogène d'envoyer les enfants à l'école dans la mesure où le danger lié au Covid-19 est toujours présent ?

"Tout à fait, cela peut être anxiogène pour les parents mais également pour les enfants et cette angoisse est normale. En effet, le quotidien s'est arrêté brutalement et aujourd'hui il est demandé aux enfants et aux familles de réinvestir des lieux de contact avec les autres, ce qui peut générer de l'inquiétude, du stress et de l'angoisse, notamment dans le fait de cohabiter avec le virus. Une certaine ambivalence peut s'observer entre l'envie de revoir les camarades de classe, de sortir tout simplement, et cette peur qui peut apparaître face à cette situation nouvelle et inconnue. Les enfants et les adolescents s'appuient sur le substrat émotionnel des adultes qui les entourent et y sont particulièrement sensibles et attentifs. Cette « boussole émotionnelle » va orienter, teinter la façon dont l'enfant va appréhender la situation. C'est pourquoi il est important de rassurer les enfants en leur expliquant. Quand on comprend mieux les choses elles inquiètent moins. Cela donne davantage de maîtrise sur ce qui nous entoure. L'angoisse est aussi un mécanisme psychique qui est utile et qui permet l'anticipation. Cette angoisse peut donc être un moyen de se préparer, élaborer des stratégies de réponse à des situations méconnues et qui vont demander une forme d'adaptation. Elle doit être mise en mots, parlée, que chacun puisse donner son ressenti face à la situation, et que quelqu'un soit là pour l'entendre. Être attentif à ces manifestations de l'angoisse et permettre son expression sont les meilleurs moyens de pouvoir la transformer. Il est, aujourd'hui, important que les adultes ne projettent pas leurs angoisses sur les enfants."

"Être à l'écoute et échanger"

Qu'est-ce que les parents peuvent mettre en place à la maison pour anticiper cette rentrée très spéciale ?

"Il est important de maintenir ou de reprendre un rythme. Il n'y a pas un seul rythme mais celui qui est « habituellement » celui de la famille. Il est important, je le répète, de ritualiser pour les plus jeunes. Il va falloir également expliquer clairement et concrètement aux enfants comment les choses vont se dérouler à l'école afin de permettre aux enseignants de prendre le relais plus facilement sur la vie en groupe avec les contraintes qui seront les nôtres à l'école et ailleurs. Bien entendu en tant que psychologue, je dirais qu'il faut privilégier le dialogue. Il est important de ne pas mettre les enfants et les adolescents dans la certitude que les choses se passeront de telle ou telle façon mais plutôt de solliciter leur capacité à s'adapter dans une situation nouvelle, dans un environnement qu'ils connaissent déjà bien. C'est une façon de les rassurer et de leur dire qu'ils connaissent le lieu où ils passeront du temps, même si ce qui s'y déploie sera différent."

Que peuvent faire les parents pour rassurer les enfants qui ne veulent pas retourner en classe ?

"Les parents, qui sont les supports d'identification, les « miroirs » émotionnels des enfants, peuvent avant tout expliquer afin de rassurer. Il est important d'identifier l'élément prégnant qui génère l'inquiétude ou l'angoisse chez l'enfant, afin là aussi de mieux le comprendre et éventuellement pouvoir y répondre. On s'aperçoit parfois que ce que nous comprenons ou interprétons de l'angoisse ou de la peur de l'autre, enfant ou adulte, est bien différent de ce que la personne peut ressentir. Pour cela l'expression avec la parole, des dessins, des histoires, des supports explicatifs, seront des outils précieux pour mettre du sens et objectiver peu à peu la source d'angoisse. Il est également important d'identifier ce que l'enfant est en capacité de tolérer, jusqu'où c'est négociable à l'intérieur de lui. Certaines angoisses sont contextuelles mais d'autres sont plus ancrées dans la personnalité et nécessitent une attention et une prise en charge particulières. Être à l'écoute et échanger restent les meilleurs outils des parents."

Propos Recueillis par Ralph Neplaz

Correspondant local de presse

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