AccueilVAL DE SAONERégion de BellevilleBiogaz : à quoi va ressembler l'unité de Dracé ?

Biogaz : à quoi va ressembler l'unité de Dracé ?

Le traitement des déchets passera de plus en plus souvent par la case énergie renouvelable.

VAL DE SAONERégion de Belleville Publié le ,

La production de biogaz fait d'ailleurs partie de la loi concernant la transition énergétique, texte débattu cette semaine à l'Assemblée.
Mais sur le terrain, le concept de la croissance verte ne passe pas toujours comme une lettre à la Poste. En Beaujolais Val de Saône, après une première polémique à Ouroux, c'est l'installation d'une unité de méthanisation à Dracé qui suscite des oppositions. Plusieurs communes ont fait part de leurs craintes quant aux conséquences sur le cadre de vie et l'environnement. A l'image de Corcelles-en-Beaujolais, Saint-Jean-d'Ardières ou Saint-Didier-sur-Chalaronne, certains conseils municipaux s'opposent même farouchement à cette implantation (lire par ailleurs). Pour couronner le tout, une association de riverains mécontents est officiellement née cette semaine. Le front de la contestation s'élargit donc.
Loïc Auclair, agriculteur installé à Dracé, est à l'origine de la SAS Auclair Métha Compost, portée par trois associés : l'EARL Auclair, la coopérative Terre d'Alliances et le groupe Suez environnement via sa filiale Terralys.

"La méthanisation, une solution"

L'agriculteur refuse de polémiquer avec les détracteurs du projet : "Le dossier a été déposé en juin 2013, l'enquête publique a eu lieu du 17 juin au 17 juillet 2014. Si l'administration juge que le projet ne convient pas, elle le dira. Tout est fait dans les règles. On n'a jamais rien caché. Je reste ouvert à toute personne souhaitant avoir des infos techniques."
L'exploitant préfère s'en tenir à la genèse du projet. "Nous avons depuis plusieurs années une réflexion sur la gestion de nos fumiers. Nous les avons notamment mélangés avec du marc de raisin, ce qui a permis de réduire nos achats d'intrans chimiques. Mais nous sommes arrivés à une taille critique, au-delà de laquelle on ne pouvait plus respecter les normes notamment liées à l'eau. La solution d'une unité de méthanisation a émergé après une étude avec le concours de Rhône-Alpes environnement", raconte M. Auclair.
L'installation envisagée traiterait les effluents de l'élevage Auclair, ses déchets issus de tissus végétaux, ainsi que des déchets organiques issus d'industries agro-alimentaires et de grandes surfaces (fruits et légumes, bac à graisses…) dans un rayon de 70 km. Au total, plus de 23 000 tonnes par an.
Sans rentrer dans le détail d'un système complexe, on peut schématiser le fonctionnement du système choisi de la façon suivante. La digestion des différents substrats produit un biogaz valorisé par combustion dans un moteur de cogénération. Celui-ci produit de l'électricité et de la chaleur. La première est réinjectée sur le réseau ERDF, la seconde utilisée notamment pour alimenter un séchoir.

7?000 tonnes de granulés par an

Car outre le biogaz, la méthanisation produit des résidus appelés digestats. Liquides, ils sont épandus sur les terres agricoles. Solides, ils sont compostés avec des marcs de raisin et des déchets verts pour être mis en valeur. "D'octobre à mai, il est prévu de sécher 5000 tonnes de compost qui seront transformés en granulés, pour les vignes et les maraichers par exemple. De mai à septembre, on récoltera de la luzerne plantée à la place de maïs non loin de la Saône. Elle sera elle aussi séchée pour produire 2000 tonnes de granulés qu'on importe aujourd'hui de Champagne voire d'Espagne", explique M. Auclair, pour qui ce système permet "d'assurer le retour au sol de ces déchets et aussi de réduire l'utilisation d'intrans chimiques".
Pour M. Auclair, la question des nuisances a été largement appréhendée. "Une enquête odeur a été menée. Nous sommes à plus d'un kilomètre des premières maisons. Les gaz disparus, le digestat n'a plus cette odeur désagréable. Quant au trafic, cela va représenter trois à quatre camions par jour et quelques tracteurs, sur un axe où il en passe déjà." Et Loïc Auclair de citer la ville de Ribeauvillé en Alsace, "où une unité de méthanisation a été implantée à six cent mètres du casino de la ville, alimentant en chaleur la balnéothérapie de l'établissement de luxe". Pas certain néanmoins que cet exemple suffise à convaincre tous les opposants à ce projet d'envergure.

Julien Verchère

Partager :
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?