AccueilVILLEFRANCHEÇa bouge dans l'aggloAve Maria : des déchets d'incinération bien encombrants

Ave Maria : des déchets d'incinération bien encombrants

Il y a quelques semaines, le conseil municipal de Villefranche votait à une belle unanimité la mise en place d'un Agenda 21, franchissant un nouveau pas vers la prise en compte des questions environnementales dans l'action publique au quotidien.

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De Droite comme de Gauche, les élus caladois appelaient à favoriser la réflexion au niveau intercommunal. Ils soulignaient à l'unisson qu'en matière d'environnement, les frontières administratives n'avaient guère de sens. Dans de nombreuses communes de la nouvelle "Agglo Villefranche Beaujolais", on planche déjà très sérieusement sur les questions écologiques.

S'il est un dossier qui pourrait faire figure de test en matière de coopération entre communes, c'est bien celui des 3?400 à 4?000 tonnes de déchets ultimes issus de l'usine d'incinération et entreposés à Arnas dans un CET (centre de stockage à ciel ouvert), au lieu dit "Ave Maria". Car si rien ne peut légalement et techniquement être bâti sur cette emprise, celle-ci figure toutefois au cœur du périmètre de la zone d'aménagement de l'Ile Porte. Un grand projet (lire ci-contre) en cours de réflexion autour du diffuseur de l'autoroute A6 "Villefranche-nord".

"Sans autorisation administrative"

Les premiers documents de présentation mettent l'accent sur la nécessité de respecter et de mettre en valeur un milieu environnemental aussi riche que sensible, de surcroît en zone inondable (voir ci-dessous). En conséquence, élus locaux et pouvoirs publics peuvent-ils faire l'économie d'une réflexion sur la question du devenir du dépôt de cendres et mâchefers de l'Ave Maria ? Dans le cas contraire, ne pourrait-on pas y voir une forme de "schizophrénie publique" ? Des questions en suspens.

Mais revenons au début de l'histoire. Le dépôt a été réalisé dans les années 1980 sans l'aval de l'administration, à une époque où le souci de l'environnement ne figurait pas parmi les priorités des élus locaux. "Ont été déposées sans autorisation administrative les cendres et mâchefers de l'usine d'incinération de Villefranche (1985 et 1986) puis seulement les cendres provenant du dépoussiérage des fumées de l'usine entre 1986 et 1991, soit environ 3?500 m3", rappelle la fiche "Basol". Le dépôt figure au sein de cette base de données gérée par le ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. Elle recense les sites et sols pollués en France.

Pollution des sols
et eaux attestée

Cendres et mâchefers sont en effet des déchets ultimes non dénués de dangerosité, renfermant une multitude de métaux lourds (chrome, nickel, zinc, baryum…). "Les analyses ont mis en évidence une contamination permanente des eaux du site en arsenic et manganèse", découvre-t-on plus loin dans la fiche Basol, qui évoque à la fois la présence de déchets dangereux et non dangereux. "D'autres paramètres présentent occasionnellement de fortes concentrations comme le plomb", souligne le document, dont la dernière mise à jour remonte à l'été 2013.

Une surveillance a été mise en place de longue date grâce à un réseau de piézomètres plongeant dans les sols. La mesure et surtout son application ne convainquent pas du tout Jean-Pierre Andry. Cette affaire de déchets, c'est l'un des nombreux combats de cet homme. Lanceur d'alerte et découvreur de "l'affaire Metaleurop", cet écologiste farouchement indépendant appuie souvent là où ça fait mal. Et pour lui, le risque pour l'environnement et notamment pour la ressource en eau est très important. "Au terme d'un long travail d'enquête, je suis persuadé que les déchets ont été déposés sans protection réelle, sans doute sur une simple bâche plastique, et non pas sur un géoplastique technique. Qui plus est, on a ajouté des tonnes et des tonnes de terre sur ces cendres et mâchefers alors qu'il est fait mention dans de nombreux documents publics qu'il faut veiller à éviter toute surcharge. Je crains que le plastique soit percé et que les lixiviats, les résidus liquides chargés en polluants, s'échappent ainsi. Quoi qu'il en soit, la règle veut que les films plastiques soient changés tous les trente ans", souligne-t-il. Trente ans, c'est à dire dans un avenir proche si on considère que la dernière manipulation date du début des années 1990.

Solder les comptes ?

Jean-Pierre Andry espère qu'avec le projet Ile Porte, le dossier rejaillira de nouveau dans l'actualité. La dernière fois, c'était en 2013 à l'occasion de la révision du PLU (plan local d'urbanisme) de l'agglo de Villefranche. Le dossier de révision mentionnait "l'aménagement paysager et le traitement du sol" dans le secteur comprenant le dépôt de cendres et de mâchefers. Des travaux à propos desquels le maire d'Arnas – Michel Romanet-Chancrin – expliquait toutefois en juillet 2013 ne disposer "d'aucune information". Le 14?août 2013, dans les conclusions du rapport d'enquête publique, le commissaire-enquêteur apportait un avis favorable tout en recommandant "d'apporter des réponses aux questions posées par la lettre de M. Andry relatives aux conditions de dépollution du site de dépôt de cendres et mâchefers d'Arnas".

Avec l'aménagement programmé de la zone de l'Ile Porte, près de 25 ans après les derniers apports de cendres, va-t-on enfin solder les comptes d'un passé écologique troublé ?

n Julien Verchère

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