AccueilACTUALITESFaits divers / JusticeAlcool et vitesse : une sortie de boîte mortelle face à la justice

Alcool et vitesse : une sortie de boîte mortelle face à la justice

Au départ, trois jeunes partis faire la fête, à l'arrivée trois vies cabossées, abîmées, détruites.

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Entre les deux, un dramatique accident de la route. C'est un dossier lourd sur le plan émotionnel mais malheureusement presque banal au regard des faits qu'a examiné mardi le tribunal correctionnel de Villefranche. Un jeune homme de 23?ans y était jugé pour homicide involontaire et blessures involontaires avec incapacité supérieure à trois mois.
Déjà anciens, les faits remontent au petit matin du 5 juin 2010. L'engrenage mortel débute dans la soirée précédente, lorsqu'un trio d'amis originaires de Villefranche (deux garçons et une fille âgés d'une vingtaine d'années) décident de partir faire la fête. Ils passent la soirée à l'Arc-en-ciel, boîte de nuit située à Quincié-en-Beaujolais. Whisky, vodka, tous trois s'alcoolisent fortement. Lucides sur leur état, ils font usage de l'éthylotest proposé aux clients de l'établissement. Aucun ne peut conduire.
Pour prévenir les accidents de la route, des gendarmes stationnent par ailleurs de façon préventive sur le parking de la discothèque. Les trois jeunes gens dialoguent avec eux, et décision est prise de dormir dans la voiture sur le parking.

Un coup de fil et tout bascule

C'est à ce moment qu'intervient le facteur déclenchant, sous la forme d'un coup de téléphone passé par le beau-frère d'un des deux jeunes hommes. Non seulement sa BMW 530 lui a été empruntée discrètement, mais manque de chance les clés de la boulangerie qu'il doit ouvrir sans tarder se trouvent dans la boîte à gants. Le jeune homme concerné demande alors à son ami de prendre le volant, mettant en avant un état alcoolique plus avancé. Celui-ci refuse… puis finit par accepter. Comme il accepte, pour gagner du temps, d'accélérer plus que de raison dans la montée qui suit la sortie du village de Cercié. Il franchit une ligne blanche, dépasse un véhicule à près de 160 km/h, avant de perdre le contrôle dans le virage qui suit. La BMW percute une buse de béton dans le fossé, avant de s'envoler, d'effectuer plusieurs tonneaux et enfin une glissade de plus de 70 mètres sur le toit. A l'intérieur, le passager avant est incarcéré, gravement blessé. Il décédera peu après l'arrivée des secours. La passagère arrière est grièvement blessée, présentant de nombreuses fractures, notamment aux vertèbres cervicales. Présente à l'audience dans un fauteuil roulant, elle a passé un an dans divers hôpitaux à la suite de l'accident.
Moins gravement touché, le conducteur fait l'objet sur place d'un dépistage sanguin qui laisse apparaître une alcoolémie supérieure à 2,30 g/l de sang.

"Je demande pardon"

"Je ne voulais pas ça, depuis trois ans j'ai du mal à vivre avec cette histoire. Je repense au choc et à ceux qui étaient avec moi. Je suis tellement désolé… Je n'aurais pas dû prendre le volant", a-t-il déclaré à l'audience, se tournant vers la jeune fille en fauteuil roulant et la famille du jeune homme décédé pour demander pardon.
A Béligny, le quartier caladois où il a grandi, "c'était le petit souvent aidé par les grands frères du quartier", a imagé son avocat, qui a souligné la fragilité psychologique de son client, désormais exilé dans le Sud de la France.
"Son comportement n'est pas excusable, cet accident pouvait être évité", a martelé le procureur lors de ses réquisitions, demandant une peine de prison ferme. Si le tribunal ne l'a pas totalement suivi, il a adressé au jeune homme une peine ayant valeur d'exemple : dix-huit mois avec sursis mise à l'épreuve pour une durée de deux ans, assortie d'obligations de soins et de travail. Le chauffard s'est également vu signifier une annulation de permis de conduire pour une durée de cinq ans. Depuis l'accident, il n'a de toute façon plus voulu retoucher le volant.

Julien Verchère

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