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Affaire Metaleurop, un suivi déficient ?

Est-ce parce qu'il est Ardennais d'origine que Jean-Pierre Andry adopte la tactique du sanglier ? Foncer tout droit sans se soucier des (nombreux) chasseurs qui rêveraient d'en faire un trophée.

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En 1999, cet habitant d'Arnas et écologiste indépendant a endossé le costume du lanceur d'alerte, à une époque où le terme n'était pas encore entré dans les codes de la vie publique.
Quinze ans après la découverte de ce que l'on a appelé "l'affaire Metaleurop" (lire par ailleurs), M.?Andry ne baisse pas la garde. En 2011, il avait fait remarquer que les nouvelles préconisations en matière d'exposition au plomb rehaussaient sensiblement le niveau du scandale sanitaire en Calade. En 2014, il dénonce les conditions dans lesquelles est conduit le suivi des terres polluées qui entourent l'ex-site Metaleurop (aujourd'hui occupé par Recylex). Dans le jargon administratif, on appelle cela le "suivi de la qualité des sols et des végétaux autour du site industriel de Recylex à Villefranche-sur-Saône".
Alors que les élus locaux ont cessé depuis longtemps de s'intéresser de près à cette affaire, ce document constitue le seul et unique fil reliant ce scandale du passé à un présent non dénué d'inquiétudes. Comme tous les métaux lourds, le plomb n'est pas du genre à s'envoler.

"Double casquette"

Jusqu'en mai 2014 et sa radiation, c'est la société privée GSC dirigée par René Prost qui a été chargée par Recylex de produire ce suivi annuel. "M. Prost s'est souvent présenté comme professeur de l'INRA, mais dans ce cas précis c'est bien en qualité de directeur de GSC, société privée mandatée par une entreprise privée, qu'il est intervenu", souligne Jean-Pierre Andry. L'homme pointe du doigt la confusion possible entre le statut de chercheur représentant un organe public et celui de patron d'une entreprise privée, "la double casquette en quelque sorte".
Autre point fortement contesté par l'habitant d'Arnas, la méthodologie des prélèvements opérés, dans des terres agricoles et jardins de la zone. "Dès juin 2000, dans ce dossier, l'INERIS indiquait ceci : "Le choix d'une terre à vocation agricole pour réaliser le suivi des retombées atmosphériques est inadapté (retournements, arrosages, utilisation d'engrais…)". Or, les chercheurs internationaux sont unanimes sur un point : pas mieux qu'un jardin pour représenter une terre agricole. Ce point discrédite à lui seul GSC et son suivi factice", argumente Jean-Pierre Andry. "Pas de protocole indiqué pour les prélèvements, les analyses, pas de fiche technique, pas de témoin de prélèvements indépendants, valeurs données par GSC en zone maraîchère quatre fois moindres que la moyenne des analyses de Metaleurop sur seize ans...", la liste des griefs est longue.
Entre autres questionnements, l'écologiste indépendant peine aussi à comprendre pourquoi le suivi ne comprend plus que cinq jardins et une terre maraîchère au lieu de douze sites étudiés en 2002. Pour Jean-Pierre Andry, excellent connaisseur du dossier depuis l'origine, la démonstration répétée annuellement dans ces dossiers n'est tout simplement pas crédible. "Pourquoi la DREAL actuelle, l'ARS et les services préfectoraux, les maires n'ont-ils pas réagi à la lecture des rapports annuels successifs ? L'ARS se base sur ces données issues d'une entreprise privée pour décider du suivi sanitaire. C'est sur la base d'un seul prélèvement en zone maraîchère qu'on décide de la consommation de légumes par des milliers de personnes. Par ailleurs, pourquoi le paramètre "poussières" est-il absent de la réflexion ?", interroge le riverain de l'ex-site Metaleurop, qui appelle "les représentants de toutes les forces vives de la Calade d'agir ostensiblement pour exiger une enquête épidémiologique d'envergure, d'un kilomètre de rayon".

Pour la DREAL, "rien de flou"

Du côté de la DREAL Rhône-Alpes (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), on estime le système opérationnel. "Ce suivi est lié au passif de ce site industriel, ainsi qu'à l'activité qui subsiste. Celle-ci reste émettrice, mais à des seuils dix fois inférieurs à ce que permet la réglementation actuelle. Concernant le changement de prestataire opérant le suivi, l'exploitant et M. Prost avaient averti de cette modification en amont. Recylex, qui a l'obligation d'assurer ce suivi, a confié cette mission à un nouveau bureau d'études, en l'occurrence EODD ingénieurs conseils (NDLR : ex-CDS Azur). Il n'y a rien de flou pour nous", indique Philippe Nicolet, de l'Unité territoriale Rhône-Saône. "Ce sont eux qui avaient procédé à l'évaluation des risques sanitaires au début des années 2000. Le rapport annuel 2014 ne devrait pas tarder à nous parvenir. Nous le communiquerons ensuite à l'ARS", poursuit-il. C'est donc bien sur la seule base des rapports déposés depuis 2002 par des acteurs privés que les pouvoirs publics ont été amenés à décider de la politique sanitaire à mener.
Quant au manque d'information dont ont fait part au Patriote plusieurs riverains, la DREAL n'y souscrit pas. "Le représentant du bureau d'études et le salarié de Recylex qui l'accompagne procèdent à une information directe auprès des exploitants de jardins où sont réalisés les prélèvements", explique M.?Nicolet, confirmant cependant qu'aucun rapport annuel ne leur est envoyé. Pas plus qu'aux élus des communes environnantes. "Mais s'ils en font la demande, nous leur faisons parvenir. L'une d'elle l'a d'ailleurs fait récemment", souligne Philippe Nicolet. "Il n'existe pas de date de fin de suivi. Pour l'instant, il continue afin de disposer de résultats opposables, ce qui est positif pour rassurer les gens." Une recette qui ne fait visiblement pas l'unanimité.

Julien Verchère

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