AccueilACTUALITESFaits divers / JusticeAffaire Ducray : le récit choc d'Aline Rigaud, victime de harcèlement sexuel

Affaire Ducray : le récit choc d'Aline Rigaud, victime de harcèlement sexuel

Avant de devenir une affaire nationale, l'histoire a commencé à Villefranche-sur-Saône en 2009 suite à la plainte déposée par Aline Rigaud, stagiaire à la mairie de Villefranche, contre Gérard Ducray, adjoint à la sécurité.

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Condamné en 2010 en première instance comme en appel pour harcèlement sexuel, celui-ci avait déposé une question prioritaire de constitutionnalité soulevant le flou de la loi. Le Conseil constitutionnel avait décidé d'abroger la loi sur le harcèlement sexuel. Même si un nouveau texte a depuis été voté à l'assemblée, l'élu est aujourd'hui innocent aux yeux de la loi.
Aline Rigaud est habitée par un sentiment d'injustice. Mais elle a décidé d'aller plus loin en saisissant la Cour européenne des droits de l'homme.
"Il a fait de moi sa proie", ouvrage contenant de nouvelles révélations, revient en détail sur l'affaire.

Quelles sont les raisons qui ont motivé l'écriture de votre livre?? Est-ce la dernière étape de votre combat ?

"Ce sont les éditions Flammarion qui m'ont contactée pour écrire le livre avec la collaboration d'Adeline Fleury, journaliste au Journal du dimanche. Cela m'a permis de mettre à plat ce qui m'était arrivé, prendre de la distance et relayer mon message. Je souhaitais également mettre en avant le fait que c'est une histoire qui concerne une femme sur trois en France dans sa vie professionnelle et ce n'est pas parce qu'on n'est pas pénétrées et plaquées sur un bureau qu'on n'est pas harcelées. Le fait qu'un homme vous touche alors que vous ne le désirez pas est considéré comme du harcèlement sexuel. Ecrire ce livre c'est aussi une volonté de bien transmettre aux femmes qu'il existe une loi face à des gestes qui sont humiliants."

Dans votre livre vous relatez les faits et vous décrivez comment ces gestes ont pu vous humilier mais vous pensez également aux autres femmes qui ont subi le même sort ou qui pourraient le subir…

"Je me mets à la place de toutes ces femmes qui peuvent se faire toucher avec un entourage qui lui dira : "C'est pas si grave, il ne t'a pas sauté dessus". Eh bien oui c'est grave, c'est passible d'une peine et ce sont des faits qui peuvent aller au pénal. Les femmes ne doivent plus avoir honte, ce sont elles les victimes et il faut que les hommes harceleurs n'aient plus ce sentiment d'impunité."

Vous écrivez que du fait que ce soit un notable "bien implanté" dans la ville, vous aviez peur que votre combat soit perdu d’avance ?

"Notable ou n’importe qui, on n’a pas à me toucher sans mon consentement. Quand je suis allée au tribunal j’avais peur que les juges et le procureur ne me croient pas. Heureusement j’avais pour moi le fait que je n’ai jamais dévié dans mes déclarations, que je n’étais pas seule dans cette situation. Les juges ont bien compris qu’ils avaient en face d’eux un prédateur. J’avais vraiment peur d’être maltraitée par les juges et les médias car en effet c’est un notable. J’ai eu un énorme soulagement de voir que les gendarmes, puis les juges me croyaient, et qu’en appel c’était pareil."

Il y a un an jour pour jour que la loi concernant le harcèlement sexuel a été abrogée et vous écrivez dans votre livre "Une loi ne lui convient pas alors il ne reste plus qu’à la faire annuler", vous êtes sidérée…

"J’étais complètement anéantie car la décision avait un effet immédiat, cela me concernait mais aussi deux mille autres femmes qui étaient en procédure depuis des années. Tous les faits de harcèlement qui sont antérieurs à la nouvelle loi du 8 août 2012 ne peuvent pas être poursuivis en justice au pénal. C’est ubuesque ! Le conseil constitutionnel n’a pas pris la peine de motiver cette décision.
C'est à mes yeux un petit arrangement entre amis."

Vous avez saisi la Cour européenne des droits de l’Homme??

"Suite au documentaire de France 2, Pierre Mury, avocat, a tout fait pour trouver une parade pour que je puisse aller devant la Cour européenne des droits de l’Homme, représentée par Me?Pettiti. Que je puisse déposer une requête contre l’Etat français avec l'AVTF (l’Association contre les violences faites aux femmes au travail) pour mise en danger des citoyens. Il y a un vide juridique. L’Etat français se targue et se félicite d’avoir fait une nouvelle loi contre le harcèlement sexuel, mais quid de ces deux mille femmes et de leurs procédures au pénal qui sont tombées à la poubelle ?"

Comment se remet-on d’une histoire comme la vôtre ?

"On s’en remet par la parole, par l’écriture d’un livre, en intervenant dans les médias qui font un énorme travail de relais et j’en suis satisfaite ; et puis je m’en remettrai vraiment si je pouvais partir de cette région et quitter la France."

Il y a des répercussions sur votre vie professionnelle ?

"Ma reconversion professionnelle a été grillée. Aujourd’hui je suis de nouveau enseignante au lycée Claude Bernard."

Vous pensez être allée jusqu’au bout ?

"Ma seule capacité pour ne pas m’enfoncer c’est d’agir. Et je fais un livre et je dépose une requête… C’est cela mon fonctionnement, même si j’ai encore des crises de larmes. Il faut bien dire aux femmes que c’est dans l’action que l’on peut se reconstruire et pas en gardant les choses pour soi. Parce que dans l’action les hommes comprendront bien qu’ils ne sont plus dans l’impunité et que les femmes ne sont pas des saintes nitouches."

Quelles ont été les éclaircies pour vous dans cette affaire??

"Lorsque Ducray a démissionné du conseil municipal, quand la pétition a circulé, quand des commerçants de Villefranche m'ont vu à la télé et ont salué mon courage?; lorsque les éditions Flammarion m’ont appelée... Mes élèves me soutiennent, ils sont des fervents défenseurs de ma cause, ils ont créé une page Facebook."

Que souhaitez- vous??

"Qu’il y ait un débat dans "C dans l’air" sur ce vide juridique. J’aimerai bien aussi que l’Etat mette en place un système pour que les femmes qui sont victimes de harcèlement sexuel n’aient pas à payer des frais d’avocat, c’est le nerf de la guerre, les harceleurs le savent très bien. Si on doit payer des frais d’avocat équivalents à un mois de salaire, on ne va pas porter plainte !"

Propos recueillis par Laurence Chopart

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