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Affaire Cahuzac : les élus locaux sont-ils à l'abri de la tempête ?

Globalement que pensez-vous de l'affaire Cahuzac?? N'aura-t-elle pas eu le mérite de provoquer des débats, de révéler des informations, notamment sur les fichiers secrets des paradis fiscaux (Le Monde), de demander plus de transparence?? "C'est un cas d'école où se trouvent réunis tous les ingrédients qui caractérisent les abus de pouvoir et de fonction, aussi bien ceux des acteurs politiques que ceux des élites économiques.

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Globalement que pensez-vous de l'affaire Cahuzac?? N'aura-t-elle pas eu le mérite de provoquer des débats, de révéler des informations, notamment sur les fichiers secrets des paradis fiscaux (Le Monde), de demander plus de transparence??

"C’est un cas d’école où se trouvent réunis tous les ingrédients qui caractérisent les abus de pouvoir et de fonction, aussi bien ceux des acteurs politiques que ceux des élites économiques. Malheureusement, le phénomène est bien connu des historiens, un scandale chasse l’autre et les effets d’apprentissage sont, à ce jour, faibles. Que reste-t-il de l’affaire Woerth-Bettancourt ? Qui se souvient que durant l’été 2010 (il y a seulement trois ans..) trois ministres ont dû quitter le gouvernement pour des questions d’atteinte à la probité. Et qu’ils ont repris leur siège de député sans problème. Il faut toujours se méfier des grandes annonces faites sur la "moralisation" de la politique, de l’économie ou des mœurs. Ce ne sont que des affichages aussi fragiles que temporaires."

Ne faut-il pas que lors de l'exercice d'un mandat l'élu se coupe de toute activité qui pourrait être liée à des affaires d'intérêts privés ?

"Certainement, l’emprise des intérêts privés (économiques, professionnels, religieux, etc.) est depuis toujours un risque majeur pour la définition et la défense du bien public. Mais, ce qui pose souvent problème, c’est la persistance de liens avec des activités privées antérieures à la prise de responsabilité politique, l’appartenance à des réseaux, etc. Cela est plus difficile à réguler. Pour l’instant, les déclarations d’intérêts restent le moins mauvais des moyens, à condition qu’un organisme ait de véritables pouvoirs pour les contrôler. C’est rarement le cas, et pas du tout en France."

Pourquoi d'une façon générale les gens font-ils plus confiance à leurs élus locaux?? Est-ce que cela va durer?? Que doivent faire les élus pour qu'ils gagnent en permanence la confiance de leurs administrés??

"Le "bien commun", "l’intérêt général" sont des notions abstraites, mais elles se concrétisent aussi dans les décisions publiques. Celles qui sont prises au niveau local ou territorial sont tangibles, vérifiables. Un "plan local d’urbanisme" qui privilégie le bétonnage, ou un marché public passé avec l’entreprise du beau-frère, cela se voit et se dénonce. Il existe donc un contrôle de proximité, du moins une possibilité de…, qui génère de la confiance."

Sur les questions de lutte contre la fraude fiscale et les paradis fiscaux, quelles seraient les mesures à prendre qui soient vraiment efficaces??

"Je suis un universitaire, pas un vendeur de recettes. Si l’on veut parler "d’efficacité" des mesures, je dirai deux choses. Quel que soit le domaine d’action publique envisagé, il faut toujours concilier la recherche de résultats avec des mesures de justice (d’égalité de traitement entre citoyens) et aussi avec des mesures de transparence démocratique (permettant une vérification par tous). L’imposition en France est autant inégalitaire qu’obscure. Elle est de plus inefficace puisque l’évasion fiscale sous toutes ses formes, atteint un niveau record. Selon les sources elle est évaluée entre 30 et 600 milliards. Il manque aussi une pédagogie de l’impôt : à quoi servent-ils, que financent-ils ? Répondre à ces questions donne sens à l’impôt et le rend acceptable. Pour ma part, je suis favorable à une imposition de tous (sans aucune exception, y compris les bénéficiaires du RSA) en fonction des ressources. Allant d’une contribution symbolique de quelques euros (nous sommes tous utilisateurs des routes, des écoles, des hôpitaux), jusqu’à des taxations très élevées fixées par tranches."

Propos recueillis par Laurence Chopart

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