AccueilACTUALITESEconomieAdcom Industrie : "Où sont les travailleurs ?"

Adcom Industrie : "Où sont les travailleurs ?"

Face à une pénurie de candidats dans son secteur, la dirigeante de l'entreprise de métallurgie montmerloise, Estelle Garod, fait part de son désarroi.
De deux à trois candidatures spontanées chaque semaine auparavant, Adcom Industries n'en reçoit plus à présent.
©DR - De deux à trois candidatures spontanées chaque semaine auparavant, Adcom Industries n'en reçoit plus à présent.

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"Recrutons 04 74 66 41 41". En arrivant devant l'usine Adcom Industrie, dans la zone industrielle de Montmerle-sur-Saône, difficile de manquer cette banderole aux inscriptions bleues sur fond jaune qui s'étend le long de la grille d'entrée.

Depuis des semaines, elle symbolise le désespoir de cette société spécialisée dans la métallurgie et d'Estelle Garod, sa dirigeante depuis 2008. "On est passés par maintes crises depuis cette époque et des problèmes on en a connu, reconnait-elle, encadrée par des piles de documents. Mais par rapport à mes effectifs, on ne pourra pas surmonter ça seuls. Nous sommes à deux doigts de fermer."

L'entrepreneuse avait pris la suite de son propre père et subi de plein fouet les dégâts causés par les différents cracks boursiers et crises inflationnistes qui ont frappé le secteur industriel. "On avait déjà connu la délocalisation dans les années 90, mais à l'époque, la société et les mentalités étaient différentes, relativise Estelle Garod. Nous n'avions pas de problèmes de prix, d'approvisionnement et de main d'œuvre."

Cette dégradation dans le recrutement, elle l'observe depuis quelques années. De deux à trois candidatures spontanées chaque semaine auparavant, elle n'en reçoit plus à présent. "Mais quand on mettait une annonce, on avait des gens qui répondaient jusqu'en 2019, révèle-t-elle. On a eu de moins en moins de réponses et depuis le Covid, on ne trouve plus personne."

L'entreprise, créée en 1974, est pourtant connue auprès des écoles, des boîtes d'intérim et de sites web de recrutement ou institutionnels comme celui de la Région. "Avec la banderole à l'entrée et un de mes employés qui met qu'on recrute sur son véhicule, j'estime que j'ai fait le tour", déplore Estelle Garod.

Sur la corde raide

Les effectifs d'Adcom Industrie se sont réduits comme peau de chagrin. De 20 à 25 personnes en moyenne à la fin des années 2000, l'entreprise ne compte plus que sept employés.

Dix anciens sont partis en 2018 et n'ont pu être remplacés et d'autres ont quitté l'entreprise au compte-goutte, au gré des départs en retraite. "J'ai trois gars dans l'atelier. Si j'en ai un qui part, je peux fermer, c'est sûr", craint la dirigeante, qui doit compter sur l'investissement des équipes restantes en dépit des maladies des uns et des autres.

Cette situation de tension se ressent inévitablement sur l'activité d'Adcom Industrie. Refus de certaines affaires, commandes qui passent sous le nez, allongement des délais… la liste est longue et inquiète Estelle Garod.

D'autant que l'industrielle s'inquiète de voir cette problématique s'étendre à d'autres secteurs comme la restauration, les commerces ou les artisans. "Je veux tirer la sonnette d'alarme : où son les travailleurs ?", s'interroge-t-elle. Sur son écran d'ordinateur, elle montre les photos de pancartes de commerçants cherchant du personnel qui ont fleuri pendant l'été et qu'elle a pu prendre durant ses vacances.

"On n'avait jamais vu ça, mêmes nos anciens", s'étonne-t-elle. Interrogée sur les leviers qu'elle pourrait activer pour pallier cette pénurie, comme rendre les salaires plus attractifs, la dirigeante estime sa marge de manœuvre réduite : "Je demande seulement un bac pro chaudronnier sans responsabilité, je ne peux pas donner plus que ce que moi je gagne. J'estime que quelqu'un qui veut travailler peut au moins faire la démarche de venir nous rencontrer pour savoir. Si à ce moment, je vois que niveau salaire, ça n'intéresse pas, je me remettrai en question. Mais là, on n'a personne qui se présente".

La dirigeante n'exclue pas d'écrire à Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, pour alerter sur cette situation.

Recrutement dans l'industrie : des difficultés conjoncturelles

Le problème rencontré par Adcom Industrie n'est pas isolé. Selon les chiffres de l'Insee, en juillet 2022, la proportion d'entreprises industrielles déclarant des difficultés de recrutement a atteint 67 %. Un niveau qui n'a pas été observé depuis 1991. À titre de comparaison, la moyenne de longue période s'établit à 31 %.

Dans son baromètre annuel de la compétitivité française, Syntec Conseil explique que la disponibilité et la qualification de la main-d'œuvre apparaissent désormais comme le premier frein à la compétitivité pour 37 % des entreprises, y compris dans l'industrie, devant le coût de cette même main-d'œuvre et la fiscalité française. 84 % des dirigeants interrogés estiment aussi que ces problèmes de recrutement représentent un risque important pour leur entreprise. Leur troisième préoccupation après les coûts de l'énergie et des matières premières.

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