AccueilACTUALITESEconomieÀ la découverte de la filière bois en Haut-Beaujolais

À la découverte de la filière bois en Haut-Beaujolais

Le Département du Rhône organise chaque année une journée en forêt, pour mieux connaître la filière bois surtout présente dans le nord du département, vitrine d’un secteur peu connu et soutenu par l’institution.
À la découverte de la filière bois en Haut-Beaujolais
crédit : Fabrice SCHIFF_CD69

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Mardi 13 septembre, après la visite d’un chantier d’exploitation de résineux et de feuillus conduit à Avenas par les équipes de l’ONF (Office national des forêts), les élus et en premier lieu Christophe Guilloteau, président du Département, et Christian Vivier-Merle, conseiller déléguée à la forêt, Colette Darphin, première vice-présidente et Patrice Verchère, tous deux conseillers départementaux, ont entendu des éléments de prospective apportés par Marie-Pauline Tachon, ingénieure responsable du CRPF Loire et Rhône, puis Douglas Martin, directeur de Fibois 69, sur les enjeux de la première transformation du bois sur le territoire et la dynamique actuelle du marché de la construction bois avant de conclure l’après-midi par la visite de la scierie Lacoque à Saint-Igny-de-Vers.

©Christine Gesse - Les deux ouvriers de la scierie Lacoque, Bernard Lacoque, Emmanuel et Dorian Achaintre.

Les scieries artisanales soumises à des réglementations lourdes

Cette scierie, Bernard Lacoque, le propriétaire, y travaille depuis l’âge de 17 ans. Il en a 62 aujourd’hui et a fait valoir en janvier ses droits à la retraite. Mais, depuis, il a dû retravailler plusieurs mois dans la scierie, tout d’abord en intérim, puis comme salarié … dans sa propre entreprise. La raison : les difficultés rencontrées pour avoir l’autorisation de vendre cette entreprise et pourtant l’acheteur est là et patiente depuis deux ans. Deux blocages majeurs à la vente lui étaient opposés : l’absence d’une réserve d’eau suffisamment remplie pour satisfaire aux règles de protection incendie et la nécessité de corriger la pollution des sols générée par le traitement des bois sciés. Deux réserves compréhensibles, mais qui furent longues et complexes à régler et nécessairement coûteuses pour le propriétaire, les règles sont sensiblement aussi exigeantes pour une TPE que pour une grosse entreprise. Mais, finalement, Emmanuel Achaintre et son fils Dorian, les acheteurs, seront bien à la fin du mois les nouveaux exploitants de cette scierie.

La famille Lacoque a installé la scierie là où elle est aujourd’hui, sur les flancs du Mont Saint-Rigaud, il y a 45 ans ; ses ancêtres avaient déjà une activité occasionnelle que la fabrication d’échelles et de bennes à vendanges à Saint-Igny-de-Vers avait favorisé. Aujourd’hui, avec deux ouvriers, elle travaille des bois locaux, douglas, mais surtout sapins, moins chers, des commandes venant surtout de clients locaux aussi, qui veulent des travaux spécifiques, rapidement réalisés, des charpentiers par exemple.

Une évolution freinée par des contraintes de court terme

©Christine Gesse - Christian Viver-Merle et René Thévenon, maire de Deux Grosnes, devant la scierie

Cette scierie rentre dans un des trois types de scieries actuellement actives, selon Douglas Martin, directeur de Fibois, à côté des scieries semi-industrielles comme celles que l’on trouve en Bourgogne ou dans les Alpes, et des scieries industrielles qui produisent des bois pour les distributeurs grand public. Il y a une dizaine de scieries actives dans le Rhône et toutes utilisent du bois local. Le problème de la filière vient de l’effondrement des marchés étrangers, et, aussi, de la saturation des fournisseurs de machines qui n’arrivent plus à fournir les équipements nécessaires aux scieries qui voudraient se diversifier, et, bien sûr de l’augmentation spectaculaire du coût de l’énergie. Pour Florian Pomarède, président de Fibois 69 et dirigeant de la scierie Boissif, "le coût annuel de l’énergie représente pour mon entreprise environ 100 000 € par an, il pourrait représenter l’an prochain 800 000 €, une somme qui représente 10 % du chiffre d’affaires quand elle représente aujourd’hui de 3 %. Ce n’est pas supportable".

Une des pistes d’évolution de la filière, pour Douglas Martin, tient au développement de la construction bois. "Il y a un engouement pour la construction bois, c’est la plus crédible des solutions biosourcées. Et on parle même de la maison bois comme norme en 2030". La production de bois dans le département fournit 83 % de bois d’œuvre, 7 % de bois énergie et 10 % de bois pour l’industrie. Le bois énergie, une filière d’avenir ? Pour l’instant, selon l’orateur, c’est un sous-produit mais l’augmentation du coût de l’énergie peut rebattre les cartes, Mais pour le produire … il faut de l’énergie. "80% du coût de production des granulés est celui de l’énergie", dit Frédéric Champalle, patron de l’entreprise Eau énergie, qui produit du bois déchiqueté. Aussi, la tension est aussi vive sur ce segment de marché, qui a du mal à fournir, les plus prévoyants de leurs clients ont fait des réserves inattendues. Une tension qui peut, peut-être, se réduire par l’exploitation des bois abîmés, mais qui s’achèteront alors à bas prix. Pour Florian Pomarède, les solutions existent, tant du côté de la production d’énergie autonome que des débouchés … mais pas à court terme.

Département : un plan stratégique de soutien à la filière bois

Les élus rhodaniens ont écouté des éléments forts, et aussi entendu quelques chiffres qui brossent le profil du département du Rhône : 23 % du territoire est boisé, représentant 75 000 ha, soit 3 % de la surface d'Auvergne Rhône-Alpes. Mais la production rhodanienne représente 8% de, un delta qui démontre une activité intense, surtout en Haut-Beaujolais. Et rentable : quand le chiffre d’affaires à l’hectare est de 80 € dans la Loire, il est … de 250 € dans le Rhône. L’intérêt pour le douglas, l’accessibilité des chantiers, l’expliquent pour l’essentiel, c’est une vraie richesse pour le département.

Le Département l’a bien compris, et vient de voter un programme d'actions stratégiques 2022-2027 pour la filière bois autour de 4 axes : connaître et gérer la forêt du Rhône, valoriser le matériau bois et dialoguer autour de la filière forêt - bois du Rhône. Ces 4 axes se déclinent en actions parmi lesquelles le conseil aux propriétaires forestiers pour améliorer la qualité des peuplements ou encore la promotion de la construction bois. La projection du budget pour la programmation 2022-2027 est de 3,8 millions d’euros.

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