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Le Patriote

Viticulture : Pourquoi France 2 flingue le beaujolais

Dans tout le Beaujolais, l'affaire fait grand bruit depuis une semaine. France 2 a diffusé jeudi dernier en ouverture du magazine d'information "Envoyé spécial" un reportage intitulé "Le vin est-il encore un produit naturel ?". Tentant de répondre à cette question, la journaliste Céline Destève a enquêté durant de longs mois dans plusieurs vignobles français. Problème, l'acteur principal, le Beaujolais, est présenté comme un modèle en terme de production de vins "industriels" ou "chimiques". Levures aromatiques, sulfites, sucre, tout y passe... Une authentique catastrophe médiatique en prime-time.
Dès les premières minutes du film et l'évocation de l'ajout de levures aromatiques dans les vins, les journalistes de France 2 prennent la route du Beaujolais pour partir à la rencontre "de ceux qui fabriquent ces produits". L'équipe a rendez-vous dans une "cave expérimentale", un "laboratoire secret" où Jean-Luc Berger (directeur de la Sicarex) "accepte de révéler les secrets de fabrication du vin industriel". Le ton est donné. Devant la caméra (un peu trop vite oubliée par les acteurs ?), on ajoute des poudres, on remue, on touille dans un hangar sombre... et ça fait du vin ! Mais ça ne donne pas vraiment envie aux consommateurs d'en acheter. Surtout pas du beaujolais.
D'autant plus que quelques secondes plus tard, en Alsace, on cueille le raisin sur un air vivaldien, "grain par grain" (c'est long...), dans un magnifique panorama. Le tout pour élaborer un vin naturel "qui ne fait pas mal à la tête".
Ce qui fend le crâne en deux, ce sont les sulfites. Pour les traquer, retour en Beaujolais pour le clou de la visite, Jean-Luc Berger tenant en main une bonbonne de gaz servant à injecter du soufre dans le vin. Un zoom habile sur la tête de mort collée sur le récipient et la peur naît chez le consommateur...
"Il y a de quoi
en pleurer"
Une musique angoissante surgit alors pour annoncer le pire : "Pour frauder, certains viticulteurs ont recours à un produit qu'on utilise d'habitude pour les sodas ou les confitures : le sucre". Suit une visite chez Daniel Bulliat, présenté à tort comme "le plus gros viticulteur du Beaujolais". Dominique Capart, président d'Inter Beaujolais, termine ses quelques phrases face caméra en évoquant les "faux-frères", ces cinquante-trois viticulteurs prévenus pour avoir surchaptalisés certaines cuvées entre 2004 et 2006. Des producteurs ensuite filmés au mois de janvier dernier dans la salle d'audience, visages floutés, avant que le reportage ne s'éloigne du sujet pour débusquer en caméra cachée le transporteur routier impliqué dans le trafic des six cents tonnes de sucre. L'homme charge les viticulteurs, sans états d'âme. Le film s'attaque alors au problème (réel) des pesticides et l'investigation se poursuit loin du Beaujolais. Ouf !
Depuis la diffusion du reportage, les viticulteurs ne décolèrent pas. Une rancœur qui s'exprime pleinement sur internet, particulièrement sur le forum de l'émission. Les vignerons que nous avons interrogés hésitent cependant à jeter de l'huile sur le feu. "Il vaut mieux ne pas trop en rajouter... Mais c'est vrai qu'on a été chargé à bloc. C'est catastrophique en terme d'image. Nous passons pour des pollueurs, des criminels, il y a de quoi en pleurer... Qu'est-ce qu'on a fait à France 2 pour mériter ça ?", questionne un viticulteur, désireux de garder l'anonymat.
Même tristesse chez un autre producteur de la région : "Quand j'ai vu ça, j'en avais le souffle coupé. J'ai l'impression qu'on est tombé dans le panneau. Fallait-il seulement répondre aux questions ?", s'interroge-t-il.
"Refuser de parler aurait pu avoir les mêmes conséquences", estime un autre vigneron.
La diffusion de ce reportage tombe en tout cas au plus mauvais moment de l'année, à quelques semaines seulement de la sortie du beaujolais nouveau.
Julien Verchère

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