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Le Patriote

Le beaujolais a-t-il sa chance en Chine ?

Le chiffre fait rêver viticulteurs et négociants. 0,6 litre par an et par habitant : c'est le volume de vin que boivent actuellement les Chinois. Une goutte... d'eau comparés aux 43 litres par an et par habitant consommés en France, statistique pourtant en net recul qui oblige d'ailleurs les opérateurs beaujolais à tourner les yeux vers l'export. Et pourquoi pas vers la Chine ?
Ils sont encore peu nombreux parmi les viticulteurs à avoir sauté le pas. Mais les négociants sont déjà positionnés de longue date, tandis que les caves coopératives observent la place avec grande attention. Dans un pays à la croissance économique rapide, où la classe supérieure et une frange de la classe moyenne peut désormais se payer le luxe d'offrir une bouteille de vin français, le Beaujolais ne part pas avec les faveurs des pronostics. Certes, "avec le beaujolais nouveau, ce vignoble est l'un des plus connus du monde" avance Dominique Capart. Mais le président d'Inter Beaujolais ne peut cacher que les grands Bordeaux sont solidement ancrés en tête de liste pour la clientèle la plus aisée, tandis que les vins australiens, expédiés en vrac et embouteillés sur place, occupent le segment moins qualitatif. "Cela colle avec les goûts des Chinois, qui privilégient pour l'instant des vins puissants, taniques et très colorés", note un opérateur. Loin de la carte d'identité du vignoble beaujolais...
"Il faut aller sur place"
Beaucoup y croient cependant dur comme fer, à l'image de François Tournassus, producteur à Ville-sur-Jarnioux. "Tout est réuni pour réussir là-bas. Arriver avec un vin français, c'est déjà important en terme de réputation. Mais il faut se déplacer, passer du temps sur place et se faire accepter de ses interlocuteurs chinois", délivre-t-il.
"On a de l'avenir en Chine, car le beaujolais se marie très bien avec la cuisine chinoise", indique Guillaume de Castelnau, à la tête du château des Jacques à Moulin à Vent, propriété de la maison Jadot. "Ne faisons pas de complexe par rapport aux autres régions comme Bordeaux", invite pour sa part Jean-Luc Merle, président de la fédération des caves coopératives. "En se groupant, la coopération peut avoir son mot à dire sur ce grand marché d'avenir."
Mais il faudra sans doute du temps pour que le Beaujolais puisse tirer son épingle du jeu : attendre que le pouvoir d'achat des classes moyennes augmente encore, patienter aussi le temps d'éduquer les palais chinois aux subtilités des arômes et des couleurs. "Pour l'instant, la population a une parfaite méconnaissance du vin", expose Martin Glinel, directeur général du Savour-club, société caladoise, qui passe chaque année près de six mois en  Chine.
"Les Chinois avalent le vin, par petits verres, selon la tradition. Mais ils en sont friands, et le gouvernement les incite à en boire plutôt que de l'alcool blanc à 70 degrés. On dit que pour les femmes, il rend la peau douce", raconte Martin Glinel.
Durs en affaires...
 Quand bien même les vins beaujolais pourraient plaire dans un avenir plus ou moins proche, mieux vaut être vigilant pour éviter les mauvaises surprises dans un pays "à la culture des affaires très différente de la nôtre", résume en édulcorant Guillaume de Castelnau. "Il faut se faire payer d'avance, car les Chinois ont l'habitude de faire "rouler" l'argent d'une affaire à l'autre", précise Martin Glinel. Comme les tarifs douaniers très élevés, la barrière de la langue est aussi un frein pour les viticulteurs indépendants qui souhaitent se lancer. "La communication complique les affaires", avoue Jean-Marc Lafont, qui a vendu 40 000 bouteilles en Chine en 2008, soit 15 % de son chiffre d'affaires. Si le Beaujolais peut croire en ses chances sur le marché chinois, le chemin n'est pas tracé d'avance.
Julien Verchère

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