En kiosque aujourd’hui

La relaxe pour l'infirmière qui voulait mourir avec sa mère
C'est une affaire douloureuse, pathétique, qu'a eu à juger mardi le tribunal correctionnel. A la barre, une infirmière de 58 ans, habitant dans la région de Villefranche, poursuivie pour "administration de substances nocives sur un ascendant". Les faits ont été découverts suite à un signalement des urgences de l'hôpital de Villefranche, où les deux femmes avaient été admises en même temps un dimanche d'avril 2007 pour des surdoses médicamenteuses. La fille a alors avoué aux enquêteurs avoir volontairement donné des médicaments à sa mère avant de lui injecter de l'air dans une veine de la main, avec le risque que celle-ci succombe d'une embolie. Elle a alors pris à son tour un cocktail de psychotropes.
Une information judiciaire pour tentative d'assassinat a d'abord été ouverte, avant que les faits ne soient requalifiés au fil de l'instruction. "Elle ne méritait pas les assises", a d'ailleurs clairement affirmé le procureur mardi. A-t-elle d'ailleurs réellement voulu donner la mort à sa mère ? Ou s'agit-il d'un acte maîtrisé par cette professionnelle de santé, en forme d'appel au secours ? Tout l'enjeu de l'audience de mardi était de faire la lumière sur ces questions.
Au fil des débats, on a compris que la fille a éprouvé les pires difficultés à prendre en charge soudainement une mère tous les jours un peu plus dépendante, une mère avec laquelle elle entretenait de surcroît depuis longtemps une relation fusionnelle. Elle s'est retrouvé bien seule pour gérer une situation inextricable (voir ci-dessous). Alors, elle n'a trouvé d'autre issue que de commettre une série de gestes qui n'ont finalement pas été mortels. Avant cela, elle avait pris soin d'envoyer quatre lettres d'explication à des proches et à son notaire.
"Je voulais qu'elle s'apaise"
"Qu'est-ce-qui vous est passé par la tête", a interrogé avec tact la présidente Saillofest, "pourquoi avoir injecté de l'air à une dose inférieure au seuil léthal ?", a-t-elle poursuivi. "J'avais envie que ma mère s'apaise, qu'elle soit mieux. Et puis j'étais seule et fatiguée."
Dans ses réquisitions mesurées, le procureur a relevé la "nécessité de sanctionner, car l'infraction existe. Après on pourra débattre longtemps sur l'intention de tuer ou simplement d'appeler à l'aide." Constatant l'absence d'éléments matériels indiquant une volonté de donner réellement la mort, il s'est prononcé en faveur d'une peine de principe, demandant un an d'emprisonnement avec sursis.
Prenant la parole pour la défense, Me Forestier a pu s'appuyer sur ce réquisitoire très modéré. "Ce dossier est celui d'une détresse extrême, où flotte l'odeur de la mort de celui qu'on aime. Au moment du passage à l'acte, la vie a été plus forte que la mort. Il lui suffisait d'injecter un peu plus d'air. En tant qu'infirmière, elle savait que son geste ne serait pas fatal", a-t-il plaidé. Une heure plus tard, à l'issue d'un délibéré clément en forme de relaxe, l'avocat avait la nette impression d'avoir été entendu.
Julien Verchère
Toute reproduction, modification, publication, totale ou partielle du site ou de son contenu est interdite.





