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Le Patriote

Expulsé de son logement, il dort dans sa voiture

J'ai juste besoin de quatre murs pour repartir de l'avant." Didier Croitoru aimerait apercevoir le bout du tunnel dans lequel il s'est engagé en compagnie de sa concubine Brigitte et de sa fille Jessica, 15 ans. La vie de la famille a été bouleversée depuis qu'elle a été expulsée il y a trois semaines pour impayés de loyers de l'appartement HLM qu'elle occupait au centre de Jassans-Riottier. Il a fallu déménager à la hâte sous la pression de l'huissier, déposer les meubles à droite et à gauche chez des amis, et tenter de s'inventer un futur pas vraiment écrit d'avance. Mère et fille ont temporairement trouvé refuge chez une habitante de Villefranche, lui dort dans sa voiture.
"On a prospecté dans les campings de la région, mais c'était trop cher. Et puis ils n'ouvrent que six mois par an. La seule solution qu'on nous proposait, c'était de nous séparer, chacun dans un foyer, et donc de placer Jessica. C'était impossible", explique Didier, repris par Brigitte. "Tant que nous sommes ensemble, tous les trois, on tient le coup. C'est comme une équipe."
Alors tous les soirs, Didier prend sa couette et ses oreillers et s'installe pour la nuit à l'arrière de sa vieille Renault 25. "Je dors sur le parking de la résidence où sont hébergées ma femme et ma fille. Je ne suis pas très grand, mais c'est inconfortable. Je dors seulement deux à trois heures par nuit. Ça ne peut pas durer, je vais finir par péter un plomb..."
Comment la famille en est-elle arrivée à cette extrémité ? Didier Croitoru ne cherche pas à se défausser. "Si nous sommes dans la galère aujourd'hui, c'est uniquement de ma faute", admet-il. Tout a dérapé à Noël 2008, quand il a voulu couvrir de cadeaux sa petite famille. Une petite folie qui s'est rapidement transformée en grosse galère. "J'ai pris deux mois de loyers de retard et ça a été l'engrenage", explique cet ancien chauffeur routier qui, en parallèle, a perdu son emploi. De près de 2 500 euros, le budget du foyer a rapidement chuté à 1 000 euros. Au fil des mois, la dette de loyers a grimpé, jusqu'à atteindre 9 160 euros. Sans compter l'impossibilité de rembourser d'autres crédits à la consommation.
"On nous a abandonnés"
S'il assume ses erreurs, Didier Croitoru estime ne pas avoir été assez écouté et aidé : "J'ai été voir le bailleur social en mai 2008 pour demander si je ne pouvais pas louer un appartement plus petit, au loyer moins élevé. J'ai tiré la sonnette d'alarme mais personne n'a bougé, tempête l'homme. On a rempli des tas de dossiers d'aides, mais rien n'a abouti. Nous avons un label "prioritaire" de la cellule logement de la préfecture de l'Ain, mais ça n'a toujours rien donné. J'ai le sentiment qu'on nous a abandonnés".
Jamais la famille n'aurait imaginé tomber si bas : "Je gagnais bien ma vie, j'avais un métier qui me plaisait. On se dit que ça n'arrive qu'aux autres... Désormais, on vit au jour le jour, en s'arrangeant pour que notre fille continue d'aller au collège et subisse le moins possible cette situation", grimace Didier. Tous trois sont dramatiquement suspendus à un hypothétique appel de la cellule logement de la préfecture... En attendant, Didier continue chaque soir à dormir sur la banquette arrière de sa voiture.
Julien Verchère

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