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Beaujolais nouveau : un phénomène à bout de souffle ?
Ce qui est rare a du prix" disait Platon. Mais ce qui est rare n'est pas toujours bien payé... C'est ce que doivent aujourd'hui se dire les producteurs de beaujolais nouveau, profondément déçus par le déroulement du marché des vins primeurs. Malgré un millésime 2009 exceptionnel sur le plan de la qualité (voir ci-dessous), négociants et distributeurs n'ont pas accepté de mettre la main à la poche. La moyenne de prix navigue entre 135 et 140 euros par hectolitre quand les instances viticoles en espéraient 20 euros de plus. En fin de semaine dernière, la moyenne des prix n'a pas dépassé 109 euros sur une journée. Quant aux volumes commercialisés, ils n'atteindront pas 300 000 hectolitres, sans doute en recul de 5 à 6 %.
En cumulé, ce sont donc plusieurs dizaines de millions d'euros qui n'iront pas dans la poche des viticulteurs du Beaujolais ! Le prix des bouteilles ne devant pas baisser pour le consommateur, à qui profite la situation ? Président de l'Organisme de défense et de gestion (ODG) beaujolais beaujolais-villages, Daniel Bulliat ne décolère pas : "On a une année qualitativement exceptionnelle, on reste sur deux années avec des faibles volumes de production, il n'y a plus de stocks et pourtant les prix ne décollent pas...".
Les caves coopératives dans le rouge
Alors la question mérite d'être posée : se dirige-t-on vers la fin du phénomène beaujolais nouveau ? Pour Dominique Capart, président d'Inter Beaujolais, on n'en est pas là. "Il y a encore quarante millions de bouteilles vendues dans le monde, cet événement ne peut pas disparaître ! Mais il faut faire évoluer cette fête, que le beaujolais nouveau ne soit plus uniquement le vin de quelques jours, mais celui d'une saison entière, jusqu'à Noël", estime M. Capart.
"Le beaujolais nouveau doit devenir une sorte d'avant-première des vins de garde", suggère le président d'Inter Beaujolais. Une piste d'avenir que Franck Brunel applique déjà sur son propre domaine. Viticulteur à Chiroubles et par ailleurs président de l'appellation qui accueillera la prochaine Fête des crus, le jeune vigneron utilise l'événement beaujolais nouveau comme une vitrine. "Le primeur représente seulement 5 % de ma production. Ce n'est pas là dessus que j'espère gagner de l'argent, mais c'est un produit d'appel pour vendre mes crus. C'est l'occasion de se rappeler au souvenir des clients, avance Franck Brunel. Mais force est de constater que ça intéresse de moins en moins de gens, à l'image des restaurateurs."
Dans les caves coopératives, qui assurent la majeure partie de la production de beaujolais nouveau, ce désintérêt se fait plus que jamais sentir. Et les signaux virent au rouge foncé. "On a bien du mal à entrevoir du positif. La plupart des caves n'ont pas tout vendu. Et encore, comment appeler cela vendu... Je savais que le marché du beaujolais nouveau serait délicat, mais décevant à ce point-là, je ne l'imaginais pas", soupire Jean-Luc Merle, président de la Fédération des caves coopératives du Beaujolais. "Cette campagne va mettre en difficultés des caves entières, puisque de nouveaux viticulteurs vont cesser leur activité, prédit-il. Le calcul est rapide, ceux qui vont rester devront payer pour les autres car les charges fixes ne baisseront pas." Si le beaujolais nouveau a encore un avenir, il est plus que temps de le réinventer.
Julien Verchère
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